Le pays aura à peine eu le temps de souffler. Depuis plusieurs jours, la France est entrée dans sa troisième canicule de l’année et elle est loin d’être finie. Les chaleurs vont s’intensifier avec des températures extrêmes qui devraient perdurer au moins jusqu’au milieu de la semaine prochaine. Samedi, 25 départements du quart nord-ouest de la France, du Morbihan à la région parisienne, seront placés en vigilance rouge canicule. Quasiment tout le pays se trouvera au moins en vigilance orange. L’épisode est moins intense que fin juin – jusqu’à 72 départements avait atteint la vigilance rouge, mais inquiète justement par sa proximité avec les précédentes vagues.
Le pays aura à peine eu le temps de souffler. « La chaleur monte encore d’un cran, a prévenu ce vendredi la PDG de Météo-France Virginie Schwarz. Après cette petite baisse samedi, les températures remontent dimanche et vont dépasser les 40 °C par endroits. La canicule va persister jusqu’au 14 juillet au moins, en s’étendant vers l’est, avant une baisse progressive des températures depuis l’Ouest. » Auditionnée cette semaine par les sénateurs, la dirigeante de l’opérateur public rappelait que depuis 2015, pas une année n’est passée sans alerte canicule.
Ses prévisions pour les jours à venir viennent confirmer celles de Monique Barbut. Invitée de la matinale de France Inter le 24 juin, en pleine torpeur caniculaire, la discrète ministre de la Transition écologique évoquait déjà les « fortes probabilités » d’un nouvel épisode, craignant « des chaleurs extrêmes qui pourraient nous amener jusqu’au 14 juillet ». Avant de se faire rappeler à l’ordre par le gouvernement, qui invitait à la prudence.
Un nouveau plan préparé le 2 juillet
Cette fois, l’exécutif veut éviter les procès en impréparation. Il a ainsi annoncé ce vendredi le déclenchement d’un plan Orsec « chaleurs extrêmes », une première dans un contexte caniculaire pour ce dispositif utilisé d’ordinaire pour lutter contre diverses catastrophes et sinistres. Cette version « chaleur extrême » a été élaborée le 2 juillet lors d’une réunion interministérielle organisée dans la foulée de la crise de juin.
« L’objectif qui n’existait pas par le passé, c’est de tenir compte du retour d’expérience des dernières vagues », notamment du fait que « les personnes les plus vulnérables, celles qui sont seules, souvent en ville, souvent âgées, subissent davantage de surmortalité que le reste de la population », a expliqué la porte-parole du gouvernement Maud Bregeon sur TF1.
Le dispositif se concentre sur les départements en vigilance rouge et concernera donc dès demain 22 millions de Français. Dans ces territoires, le plan prévoit l’ouverture de « centres dédiés, des centres de protection, des centres de rafraîchissement » à destination des « personnes vulnérables », en particulier les personnes âgées mais aussi, selon Maud Bregeon, « les sans-abri ». Les préfectures pourront s’appuyer sur les registres de personnes vulnérables qu’elles doivent tenir et mettre à jour en coordination avec les mairies, les services sociaux et les Caisses d’allocations familiales.
6 000 climatiseurs livrés
« De tels centres avaient déjà été ouverts, ou en tout cas ont été mis à disposition la journée, notamment dans les mairies, pour que les gens puissent venir se rafraîchir, a précisé la ministre de l’Énergie. Là, on va deux, voire trois crans plus loin, en ciblant d’abord les personnes les plus vulnérables, avec un meilleur croisement des fichiers. »
Le gouvernement a aussi annoncé les premiers résultats des livraisons d’urgence de climatiseurs dans les services hospitaliers. Sur les 30 000 promis, 6 000 sont déjà arrivés, assure-t-on. L’exécutif se sait très attendu sur ce point, alors que les services d’urgence sont sortis exsangues de la vague de juin, devant accueillir un surplus de patients dans des conditions inadaptées à ces pics de température, notamment dans l’ouest du pays.
Bains glacés, courants d’air, couvertures de survie achetées dans la précipitation, ventilateurs installés en catastrophe… À défaut de climatisation généralisée, le système D a souvent prévalu. « C’est de l’impréparation politique et on en paye les conséquences. Je me suis mis en colère pour le Covid et pour la canicule de 2003, et là on est au même niveau » s’agaçait auprès de Public Sénat Wilfried Sammut, urgentiste à Versailles et porte-parole de l’Association des médecins urgentistes de France.
Passages aux urgences de nouveau en hausse
Le nombre de patients a reflué depuis, mais les premiers signes d’un rebond sont perceptibles. « Les indicateurs d’activité hospitalière et le volume d’appels au Samu sont en légère hausse en cette fin de semaine et de premiers signaux d’impact sont perceptibles localement », a alerté Didier Lepelletier, à la tête de la Direction générale de la Santé (DGS), à l’issue de la réunion de crise interministérielle ce vendredi. Le nombre de passages aux urgences est en « légère augmentation », tout comme les consultations SOS médecins liées à la chaleur.
Ce, alors que les premières données de Santé publique France dessinent une hausse de la mortalité comprise entre 30 % et 35 % lors de la canicule de fin juin. Au moins 2 000 décès supplémentaires ont été recensés par rapport à une période normale, principalement chez des personnes âgées. Un bilan qui devrait s’alourdir au fil de la reconstitution des données et des effets différés de la chaleur sur les organismes.
25 000 hectares brûlés
Mais un autre front inquiète l’exécutif, celui des feux des forêts, particulièrement précoces cette année. Le directeur général de la Sécurité civile, Julien Marion, l’a annoncé ce vendredi, plus de 25 000 hectares ont brûlé depuis le début de l’année, un record si tôt dans l’année. Les Pyrénées-Orientales (4 900 hectares parcourus), la Drôme (3 700 ha) et l’Indre (900 ha). Dans le sud, le week-end devrait être plus calme sur ce point, d’après Météo-France, mais l’assèchement des sols fait craindre un été sans répit pour les pompiers et la sécurité civile.