Antoine Buéno : « Le futur est à chercher entre l’effondrement et le transhumanisme »
Antoine Buéno est écrivain et conseiller au Sénat. Il suit notamment les travaux portant sur les questions de développement durable. Des extraterrestres au climat, en passant par la politique, les religions ou le sexe, son nouveau livre passe en revue tous les grands enjeux d’avenir. Futur : notre avenir de A à Z (Flammarion, 2020), prend la forme d’un dictionnaire de 672 pages.

Antoine Buéno : « Le futur est à chercher entre l’effondrement et le transhumanisme »

Antoine Buéno est écrivain et conseiller au Sénat. Il suit notamment les travaux portant sur les questions de développement durable. Des extraterrestres au climat, en passant par la politique, les religions ou le sexe, son nouveau livre passe en revue tous les grands enjeux d’avenir. Futur : notre avenir de A à Z (Flammarion, 2020), prend la forme d’un dictionnaire de 672 pages.
Public Sénat

Par Pierre Maurer

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Comment vient-on à s’intéresser au futur ?

Je m’intéresse au futur depuis que je suis enfant. Ce qui me passionnait c’était les robots, l’espace et les dinosaures. C’est toujours vrai mais désormais je m’y intéresse différemment. Depuis que je suis adulte, je me rends compte que dans notre monde, nous sommes obligés de nous projeter, d’essayer d’anticiper.

Qu’est-ce que la prospective ?

Le travail de la prospective est double : à la fois essayer d’imaginer ce qui va être plus tard, mais sans prétention à l’exactitude. Au contraire, c’est toute la différence entre un prospectiviste et un prophète : le prophète vous dit ce qu’il sera d’une manière certaine alors que le prospectiviste vous explique qu’il a toutes les chances de se tromper. Mais s’il arrive à anticiper quelques tendances, il n’est déjà pas si mauvais. Et puis l’autre intérêt des projections prospectives, c’est d’être des alertes et de faire des projections dont on espère qu’elles ne se réaliseront pas. Un excellent prospectiviste peut être quelqu’un qui a suffisamment alerté le monde pour éviter que telle ou telle tendance n’aille pas jusqu’au bout.

Pourquoi consacrer un dictionnaire à notre avenir ?

Je me suis aperçu que ça n’existait pas. Il est extrêmement difficile de trouver des réponses à des questions importantes qui se posent tous les jours comme celles du développement durable. N’est-ce pas antithétique de parler de développement durable ? Et pourtant la question est fondamentale. Mais il est très difficile de trouver une réponse à cette question, et c’est vrai pour tous les grands enjeux du futur. L’envie d’essayer de trouver les questions me tenaillait. Je ne les avais jamais vues toutes rassemblées dans un même ouvrage et c’est de là qu’est née l’idée d’en faire un dictionnaire du futur. Cela a l’avantage de permettre à chacun d’aller puiser ce qu’il ou elle cherche parmi les 40 notions qui sont traitées. Cela va de l’agriculture à l’alimentation, en passant par le virtuel, la génétique, le transhumanisme etc. C’est très pratique et ça n’interdit pas non plus de créer un cadre d’analyse général des scénarios possibles de notre avenir.

Un fil conducteur traverse-t-il l’ouvrage ?

Oui, c’est le constat que la parole sur l’avenir est aujourd’hui confisquée par deux discours un peu extrémistes qui sont ceux du transhumanisme et de l’effondrement, la collapsologie. D’un côté le transhumanisme nous explique que, très rapidement, la science et la technologie vont faire de nous des véritables dieux et vont régler tous nos problèmes, de manière un peu magique. Et de l’autre côté, les collapsologues, les effondristes nous expliquent que notre environnement ne sera pas durable et que notre civilisation thermo-industrielle va s’effondrer. C’est un peu « No future ». Ces discours sont aujourd’hui dominants mais je me suis aperçu qu’ils n’étaient pour autant pas des plus crédibles.

Comment envisagez-vous notre avenir ?

Le plus probable est au contraire un discours modéré, intermédiaire entre les deux. Par exemple, ça donnerait un discours qui expliquerait que la crise environnementale est un immense danger, peut être le plus grand défi qu’il va nous falloir relever dans les décennies à venir, mais que l’effondrement n’est pas forcément inéluctable. Et d’un autre côté, ce serait un discours qui défende que la science et la technologie sont en train de révolutionner nos vies, mais que les grandes révolutions ne sont pas pour demain. D’ici là, on vivra donc dans un monde intermédiaire : entre effondrement, qui ne sera pas totalement un effondrement, et singularités, c’est-à-dire une explosion technologique, mais pas tout à fait non plus.

En somme c’est ramener beaucoup de nuances, sans rejeter ces deux discours. C’est le fait de pousser le discours trop loin que je remets en cause. Pas le fondement même de chacun de ces discours. Je remets en cause aussi leurs contradictions : je pense que l’on peut être écolo et technophile. J’essaye de porter un discours qui permette de réconcilier prise de conscience environnementale et confiance dans la révolution technologique. Aujourd’hui, il faut nécessairement revoir en profondeur notre rapport à l’environnement, sinon tout est foutu, mais d’un autre côté on ne fera pas sans la science et la technologie.

Le monde actuel va être balayé par la crise environnementale et la révolution technologique. Par l’une plus que l’autre peut-être et c’est tout l’intérêt de la prospective. Le futur reste ouvert et à écrire.

Faut-il impulser plus de politiques de prospective ?

Le Sénat a une délégation à la prospective peu active, c’est dommage. Mais c’est déjà remarquable d’avoir une telle instance. Elles sont très rares dans le monde. Je pense qu’on ne peut pas se priver de développer une réflexion prospective tournée vers l’action. Si on ne le fait pas, nous serons dépassés dans tous les domaines. Nous sommes obligés d’avoir une réflexion qui ne soit pas uniquement court-termiste et dictée par l’actualité pour arriver à se mouvoir dans ce monde de plus en plus interdépendant et de plus en plus complexe.

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