Aquarius : « L’esprit d’ouverture » en France « n’est pas mort », pour Rony Brauman
Rony Brauman, ancien président de Médecins Sans Frontières (MSF), veut porter une parole apaisée sur la question migratoire, dans un contexte d’ « hystérie ». Il prône une « organisation à l’échelon global » des « mouvements de population ».

Aquarius : « L’esprit d’ouverture » en France « n’est pas mort », pour Rony Brauman

Rony Brauman, ancien président de Médecins Sans Frontières (MSF), veut porter une parole apaisée sur la question migratoire, dans un contexte d’ « hystérie ». Il prône une « organisation à l’échelon global » des « mouvements de population ».
Public Sénat

Temps de lecture :

3 min

Publié le

Mis à jour le

C’est aujourd’hui la journée mondiale des réfugiés. Une journée qui se déroule dans un contexte de crise migratoire aiguë en Europe et dans le reste du monde.

 « Ce n’est pas en construisant des forteresses que l’on va durer longtemps dans cette situation » prévient Rony Brauman, ancien président de Médecins Sans Frontières (MSF). «  L’enjeu primordial (…) c’est d’organiser à l’échelon global (…) les mouvements de population. Ceux-ci durent depuis que l’humanité existe, ils ne vont pas s’arrêter (…) Sachant que la plus grande partie, plus de 90 / 95% de la mobilité, se fait à l’échelon local. Ce sont des gens qui se déplacent dans leur pays ou dans les pays frontaliers autour d’eux. Et une toute petite partie, d’ailleurs généralement des gens (…) plus éduqués (…), cherche à gagner un autre pays (…) Cette mobilité-là, il faut l’organiser. Elle est possible à organiser, des pistes existent, des cadres de travail ont déjà été fixés. Mais l’ambiance du moment, l’hystérie avec laquelle cette question est traitée, rendent pour l’instant cet enjeu tout à fait inaudible. »

Interrogé sur le fait que l’opinion publique française semble majoritairement réfractaire à l’idée d’accueillir les réfugiés de l’Aquarius, Rony Brauman répond : « Je vois que la société est partagée. Elle l’a toujours été (…) Le sondage dont il a été question, montre qu’il y a (…) entre 40 et 50% de gens qui sont plutôt favorables ou franchement favorables à l’accueil des migrants. Cela veut dire quelque chose tout de même ! Cela veut dire que l’esprit d’ouverture, l’idée qu’un pays ne peut pas vivre entièrement replié sur lui-même, mais doit être accueillant, n’est pas mort. »

Pour l’ancien président de Médecins Sans Frontières, face au repli et aux peurs d’une partie de la population, les dirigeants se doivent de « rassurer » et de « donner des axes » : « La question de la migration et donc l’enjeu de la mobilité à l’échelle mondiale, est un enjeu absolument primordial. Il est d’ordre économique, d’ordre social, d’ordre culturel. C’est d’une certaine manière, une partie de notre avenir à tous, qui se joue là. Prendre cette question par le petit bout de la rétraction purement défensive, c’est à mon avis, se tromper. » 

 Interrogé également sur le projet de loi asile et immigration, discuté en ce moment au Sénat, Rony Brauman déclare : « Dans son esprit général, il est répressif, il est défensif. Il ne manifeste pas les signes d’ouverture, qui sont des signes d’ouverture politique. Je ne parle pas simplement d’ouverture humanitaire. Quoi que, cela compte ! Parce que (…) la valeur d’une société  se juge aussi à la manière dont elle traite les plus faibles, les plus vulnérables de ses membres ou de ceux qui arrivent. Qu’il s’agisse des prisons (…) des handicapés (…) des gens qui ont peu les moyens de se défendre. C’est un indicateur extrêmement sensible de la façon dont s’organise une société. Et lorsque l’on devient plus offensif, plus dur, avec certaines populations vulnérables, c’est l’ensemble de ceux qui sont vulnérables qui finissent par en payer le prix. »

 

 Vous pouvez voir et revoir l’entretien avec Rony Brauman, en intégralité :

OVPL : interview de Rony Brauman, ancien président de MSF (en intégralité)
09:09

Partager cet article

Dans la même thématique

Photo illustration d un titre de voyage pour refugie
6min

Politique

Droit d’asile : un rapport sénatorial alerte sur son coût et son utilisation détournée en « voie d’immigration comme les autres »

Dans un rapport présenté le 9 juillet, la sénatrice LR Marie-Carole Ciuntu chiffre à près de 2 milliards le coût annuel de la politique française de droit d’asile. Dénonçant un dispositif « dévoyé », détourné pour s’installer durablement sur le territoire, elle appelle à mieux suivre les déboutés de l’asile et à réduire de plus de moitié la durée de validité des titres des réfugiés.

Le

Explosions in Tehran March 8
10min

Politique

Frappes en Iran : «  Les différentes lignes du régime sont aujourd'hui en train d'entrer en collision »

Ce mercredi, les Etats-Unis ont achevé une quatrième vague de bombardements visant les côtes iraniennes, alors que le régime islamique a de nouveau verrouillé le détroit d’Ormuz en promettant qu’il resterait fermé jusqu’à la fin des « agressions américaines ». Pour David Rigoulet-Roze, chercheur à l’Institut Français d’Analyse Stratégique (IFAS), chercheur associé à l'EISMENA et rédacteur en chef de la revue Orients stratégiques, Washington mise désormais sur un effondrement du régime depuis l’intérieur.

Le

French Prime Minister Sébastien Lecornu Chairs Crisis Cell in Marseille Over Heatwave
6min

Politique

« La chaleur monte encore d’un cran » : la canicule inquiète l’exécutif, entre feux de forêt record et passages aux urgences en hausse

Pour la première fois, le gouvernement a déployé ce vendredi le plan Orsec de lutte contre les catastrophes et accidents pour faire face aux chaleurs extrêmes dans les départements en vigilance rouge canicule. Les températures vont encore grimper ce week-end, renforçant les inquiétudes sur les fronts de l’hôpital et des feux de forêt.

Le

FRA – ASSEMBLEE – QUESTIONS AU GOUVERNEMENT
9min

Politique

Présidentielle 2027 : le PS enterre la primaire ouverte et fragilise Olivier Faure

Après avoir été mis en minorité par les députés socialistes sur la stratégie à adopter lors de la motion de censure déposée par les Écologistes en pleine canicule, Olivier Faure a essuyé un deuxième revers, cette fois devant les militants de son propre parti. En rejetant sa proposition de primaire ouverte, le PS fragilise son premier secrétaire et ouvre une nouvelle phase de la course à la présidentielle. Au centre de toutes les interrogations désormais, la place que choisira d’occuper Raphaël Glucksmann.

Le