Belloubet veut un seuil d’irresponsabilité pénale à 13 ans, critiques à droite
La ministre de la Justice Nicole Belloubet a annoncé jeudi sa volonté d'établir un seuil d'irresponsabilité pénale à 13 ans, un ...

Belloubet veut un seuil d’irresponsabilité pénale à 13 ans, critiques à droite

La ministre de la Justice Nicole Belloubet a annoncé jeudi sa volonté d'établir un seuil d'irresponsabilité pénale à 13 ans, un ...
Public Sénat

Par Anne-Sophie LASSERRE et Caroline TAIX

Temps de lecture :

4 min

Publié le

La ministre de la Justice Nicole Belloubet a annoncé jeudi sa volonté d'établir un seuil d'irresponsabilité pénale à 13 ans, un "progrès" salué par les syndicats de magistrats mais immédiatement critiqué par la droite.

"Je propose de ne plus poursuivre les délinquants de moins de 13 ans en instaurant, en deçà de cet âge, une +présomption d'irresponsabilité+", a indiqué la ministre au quotidien La Croix, présentant les grandes lignes de son projet de réforme par ordonnance de la justice des mineurs.

La fixation de ce seuil vise à en finir avec "une singularité" française, alors que plusieurs conventions internationales signées par la France, dont la Convention internationale des droits de l'enfant, exigent que soit retenu un âge butoir, a également rappelé Mme Belloubet sur France Inter.

L'âge de 13 ans correspond aussi à celui à partir duquel un mineur peut être enfermé en France.

"La France était vraiment en retard, ce seuil est un progrès", a réagi auprès de l'AFP Florent Boitard, secrétaire général adjoint de l'USM, syndicat majoritaire chez les magistrats. Une avancée "plutôt intéressante" mais qui n'est qu'une "mise en conformité avec les normes internationales", a nuancé Lucille Rouet, juge des enfants et secrétaire nationale du Syndicat de la magistrature (SM), classé à gauche.

La droite est en revanche tout de suite montée au créneau, la présidente (ex-LR) de la région Ile-de-France Valérie Pécresse fustigeant une "décision gravissime", un "déni des réalités". "Les plus grands vont pervertir les enfants pour faire le sale boulot", a-t-elle averti.

Pour l'ex-garde des Sceaux Rachida Dati (LR), cela "va à l'encontre de la réalité de terrain, c'est de l'impunité pour les mineurs délinquants".

"Tous les gamins de 11 ans ne doivent pas aller en prison tout de même, ça je le revendique. En revanche, il n'est pas question qu'un enfant de 11 ans n'ait pas une réponse par rapport à l'acte qu'il a commis", a répliqué Nicole Belloubet.

- Diminuer les délais de jugement -

Les victimes pourront être indemnisées au civil alors que les enfants concernés "seront pris en charge dans le cadre d'une procédure d'assistance éducative judiciaire", a souligné la ministre dans La Croix.

Elle a précisé cependant que ce seuil de 13 ans "ne doit pas être rigide pour que les magistrats puissent toujours apprécier la situation au cas par cas".

"Ce seuil va amener de la clarté, ce sera plus pratique pour les magistrats car actuellement on a un gros flou", selon Florent Boitard, qui a longtemps été substitut du procureur chargé des mineurs.

"Il faut que ce soit un seuil sans condition, car dans certains départements la sévérité est plus importante qu'ailleurs", a prévenu l'avocate Dominique Attias, militante des droits des femmes et des enfants.

"Ca n'est pas laxiste de fixer cette présomption de non discernement. Ce n'est pas rien d'être suivi en assistance éducative quand on a moins de 13 ans", pointe Lucille Rouet. Elle a renouvelé les critiques du Syndicat de la magistrature d'une "réforme en urgence" et "sans concertation".

L'annonce surprise en novembre d'une réforme par ordonnance du texte fondateur de l'enfance délinquante, amendé 39 fois depuis sa création à la Libération, avait provoqué une levée de boucliers des professionnels.

Nicole Belloubet doit leur soumettre son avant-projet d'ordonnance "dans les prochains jours". Puis il sera examiné au Conseil d'Etat et présenté en conseil des ministres autour du 15 septembre. "Il n'entrera en vigueur qu'après un délai d'un an pour laisser le temps du débat au parlement", a promis la ministre.

Outre la présomption d'irresponsabilité pénale à 13 ans, le texte prévoit d'instaurer "une nouvelle procédure en deux temps", avec une première audience devant statuer sur la culpabilité et une seconde pour le prononcé de la sanction ou de mesures éducatives.

Cette "césure" du procès pénal, l'une des mesures phares du projet de réforme avorté de l'ex ministre socialiste Christiane Taubira, doit répondre de "manière plus adaptée et rapide" à la délinquance des mineurs et "réduire de moitié" les délais de jugement, qui sont de près de 18 mois actuellement, rappelle Mme Belloubet.

Partager cet article

Dans la même thématique

Paris: Deputes dans la salle des quatre colonnes
7min

Politique

Sénatoriales dans les Bouches-du-Rhône : dénonçant sa place sur la liste de Renaud Muselier, Valérie Boyer se lance de son côté

La sénatrice LR sortante, qui avait obtenu l’investiture à la troisième place d’une liste d’union UDI-Renaissance-LR, demandait la première place. Après avoir dénoncé un accord déséquilibré et se sentant « en décalage politique », Valérie Boyer décide de lancer sa liste dissidente. Renaud Muselier « regrette qu’elle ait cassé l’accord ». De quoi amener une dose d’incertitude de plus dans le scrutin.

Le

Tribute to Edgar Morin
7min

Politique

Présidentielle 2027 : « La candidature de Bernard Cazeneuve traduit la difficulté de notre personnel politique à se renouveler », selon Bruno Cautrès

Bernard Cazeneuve s'avance un peu plus sur le chemin déjà bien embouteillé de la présidentielle. Sans se déclarer officiellement candidat, l'ancien Premier ministre vient de publier une « Lettre aux Français » aux allures de programme, couplée à une interview dans Le Parisien dans laquelle il réaffirme son positionnement social-démocrate. Un espace déjà convoité par François Hollande et Raphaël Glucksmann.

Le

Montrouge: Entretiens politiques sur l energie avec Terra Nova
9min

Politique

Présidentielle : devant ses amis réunis à la questure du Sénat, François Hollande se prépare et met en garde contre les « candidatures de témoignage »

L’ancien chef de l’Etat, qui aspire à la redevenir, a réuni ses fidèles mercredi soir à la questure du Sénat. François Hollande, qui sortira un livre début septembre, planche sur « quelques grandes idées ». S’il n’est pas encore déclaré, il espère être en situation pour pouvoir se lancer. Mais pour lui, l’éventuel retour à l’Elysée ne passera pas par la case primaire.

Le

Paris: Questions au Gouvernement Assemblee nationale
8min

Politique

Interdiction du voile : en envisageant la piste d'un référendum, Marine Le Pen met la pression sur le Conseil constitutionnel

Mesure phare du programme de Marine Le Pen depuis de nombreuses années, l'interdiction du voile dans l'espace public nourrit quelques divisions au sein du RN. Selon les informations du Monde, la candidate à la présidentielle privilégierait désormais la piste du référendum pour faire passer cette réforme qui, sur le principe, serait contraire à la Constitution. Une voie qui permettrait d'éviter une censure a posteriori du Conseil constitutionnel. Le rôle des Sages serait toutefois déterminant en amont de la consultation des citoyens. Explications

Le