Dette : « Nous approchons à grand pas d’un accident financier majeur », alerte Bruno Le Maire

Invité de la matinale de Public Sénat, l’ancien ministre de l’Economie a tiré la sonnette d’alarme sur la situation financière de la France. Bruno Le Maire met sur la table plusieurs mesures d’économies sur les retraités et les fonctionnaires - tout en proposant une réforme institutionnelle profonde de la procédure budgétaire, réduisant notamment le droit d’amendement des parlementaires.
Louis Mollier-Sabet

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Alors que les taux d’intérêt flambent partout dans le monde et particulièrement en France, l’ancien ministre de l’Economie et des finances ne mâche pas ses mots : « Nous approchons à grand pas d’un accident financier majeur. » Défendant par ailleurs son bilan, Bruno Le Maire rappelle que les taux d’intérêt moyens auxquels empruntait la France étaient de 1 % quand il occupait Bercy, alors qu’ils vont aujourd’hui « bientôt dépasser les 5 %. » Cet « accident financier majeur » prendrait d’après lui la forme d’une tutelle de la BCE. « Je veux éviter à la France ce qu’il s’est passé en Grèce, au Portugal ou en Espagne et que la BCE nous dise ce qu’il faut faire. C’est une question de souveraineté », détaille-t-il.

Pour « rétablir » les finances publiques, Bruno Le Maire propose la désindexation d’un point des pensions de retraite en dehors du minimum vieillesse, la suppression de l’abattement de 10 % sur l’impôt sur le revenu des retraités, ainsi que geler le point d’indice et l’avancement des fonctionnaires. Plus inattendu, l’ancien ministre propose d’obtenir un rabais de 5 milliards sur la contribution de la France au budget de l’Union européenne. « Un rattrapage était nécessaire il y a 15 ou 20 ans, mais ce n’est plus le cas. Nous avons un niveau de vie médian inférieur à la zone euro, il faut donc que la France arrête de financer la construction d’autoroute en Espagne ou en Pologne. La situation financière de la France fragilise la zone euro, tout le monde y a intérêt », a-t-il développé.

« Des réformes ne suffiront pas : notre modèle est complètement à bout de souffle »

Bruno Le Maire met aussi sur la table de nombreuses propositions institutionnelles et de réforme de la procédure budgétaire (voir notre article). L’ancien ministre de l’Economie défend notamment une restriction du droit d’amendement des parlementaires dans la procédure budgétaire. « Cela fait plus de cinquante ans que notre pays n’a pas eu un budget à l’équilibre. Notre méthode doit changer, il faut revoir complètement la procédure budgétaire », a-t-il affirmé. Dans un manifeste publié sur son site internet, celui qui a fait passer les sept premiers budgets propose en effet que les choix budgétaires « appartiennent de plein droit à l’exécutif. » « Le pouvoir d’amendement sur le budget sera limité par le gouvernement, pour éviter la multiplication des propositions de dépenses. À chacun des sept budgets que j’ai eu à défendre, les oppositions ont présenté des amendements représentant de 50 à 70 milliards de dépenses supplémentaires par an, non financées. Ce rite irresponsable de l’amendement le plus démagogique, de la dépense la plus spectaculaire, doit cesser », se justifie-t-il dans le même texte.

Au sein même de l’exécutif, l’ancien locataire de Bercy défend aussi un « droit de véto » du ministre de l’Economie sur les propositions de dépenses des autres ministres, avec une architecture gouvernementale recentrée autour d’une dizaine de ministres, avec des périmètres définis dans la Constitution. Autant de changements qui supposent de revoir l’architecture constitutionnelle de la Ve République, une rupture assumée par Bruno Le Maire : « Des réformes ne suffiront pas. Notre modèle est complètement à bout de souffle : il redistribue des richesses avant d’en produire, il n’y a plus d’autorité de l’Etat, les Etats européens sont divisés… Nous sommes arrivés au bout du modèle construit en 1958. La situation est aussi dramatique, la refondation doit donc être aussi profonde. » Dans cette « nouvelle Ve République », Bruno Le Maire propose notamment de mettre en place « une grande demande du peuple français », pour « apaiser la colère populaire », le référendum d’initiative citoyenne (RIC).

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