Violences sexuelles dans le périscolaire : que retenir de l’audition de Patrick Bloche au Sénat ?

L'ancien premier adjoint chargé de l'éducation, de la petite enfance et des familles à la mairie de Paris entre 2017 et 2024 puis premier adjoint, Patrick Bloche, est entendu ce mardi par la commission d'enquête sénatoriale sur le périscolaire en France, après son ancienne maire Anne Hidalgo. L'actuel édile de la capitale, Emmanuel Grégoire, doit à son tour être auditionné mercredi 16 septembre.
Emma Bador-Fritche

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Les animateurs ne sont plus les seuls visés dans le dossier des violences sexuelles survenues dans le périscolaire parisien. Fin août, trois familles ont porté plainte contre Anne Hidalgo et Patrick Bloche pour non-assistance à personne en danger, notamment à l’égard de mineurs de moins de 15 ans. La plainte met également en cause plusieurs cadres, actuels ou anciens, de la Ville de Paris, ainsi qu’Emmanuel Grégoire, adjoint aux ressources humaines de 2014 à 2017, puis premier adjoint de 2018 à 2024 pour mise en danger délibérée de la vie d’autrui, non-dénonciation d’atteintes sur mineurs et non-assistance à personne en danger.

L’audition est à suivre en direct ici, sur le canal 8 de la TNT et sur nos réseaux sociaux.

13h03

Patrick Bloche exprime des « regrets immenses »

Comme Anne Hidalgo avant lui, Patrick Bloche a terminé son audition en exprimant « des regrets immenses » sur les défaillances de l’encadrement du périscolaire parisien dont il a pu mesurer l’ampleur l’année dernière. « 6 mois après la fin de mon mandat de premier adjoint, je reste profondément affecté par ce qu’il s’est passé. C’est une douleur qui est profondément ancrée dans ma tête et dans mon corps », a-t-il confessé.

12h38

Patrick Bloche reconnaît un « dysfonctionnement » 

Interpellé par Agnès Evren, qui s’étonne qu’il ne soit « pas en capacité, à un instant T, de donner le nom des agents qui ont été au contact des enfants », l’adjoint à la Mairie de Paris Patrick Bloche assume : « J’assume mes responsabilités, vous le savez, c’est une vraie difficulté. » Il explique que dès qu’un signalement est fait et qu’un animateur est suspendu dans la journée, la Ville se heurte à une double contrainte : le respect du secret de l’instruction d’une part, et la rétention d’informations par la brigade de protection des mineurs d’autre part. « De là est né le sentiment des parents qu’on ne faisait pas grand-chose », reconnaît-il, ajoutant que les règles de mise en œuvre peuvent être appliquées différemment d’une caisse des écoles à une autre, selon la chaîne hiérarchique : DASCO, chef de CASPE, mairie d’arrondissement, école.
Agnès Evren dénonce des conséquences « gravissimes » : « Ce défaut de suivi a des conséquences gravissimes sur les enfants. Comment protéger ses enfants quand on n’est pas formé aux signaux faibles ? » Patrick Bloche tient toutefois à corriger un point : « Il n’y a pas eu de maintien en poste d’un animateur qui aurait été suspecté d’agression sexuelle. Aucun agent suspecté d’agression sexuelle n’a été maintenu en poste puisqu’il était suspendu. En l’occurrence, vous avez raison de pointer un dysfonctionnement, auquel il a été demandé de mettre fin. »
Sur la question de l’intimité des enfants, la rapporteure interroge : qui est habilité, pour des raisons d’hygiène, à accompagner un enfant aux toilettes, et quelle formation existe sur ce sujet ?  Patrick Bloche répond que dans les maternelles, un niveau élevé d’ATSEM assiste les enseignants sur le temps scolaire, notamment pour le change des enfants de petite section, et rappelle la règle générale : « Jamais un adulte ne doit être seul avec un enfant. »
12h30

«  Le parquet ne nous a jamais interpellé pour multiplier les plaintes via l’article 40 

« Contrairement à ce que la ville de Paris avait dit, il n’y a eu, entre 2021 et 2025, d’article 40 systématique transmis au procureur de la République : « Confirmez-vous cela ? », questionne la rapporteure LR, Agnès Evren. Patrick Bloche, ancien Premier Adjoint à la mairie de Paris, répond : « Je n’ai jamais communiqué sur le fait qu’il y avait un recours systématique à l’article 40. Mais oui, je vous confirme qu’il y a eu un changement de doctrine à partir du moment où la maire de Paris a souhaité qu’il y ait un recours systématique à l’article 40. »

Toutefois, « Le parquet ne nous a jamais dit qu’il faudrait que la ville de Paris dépose une plainte. Le parquet ne nous a jamais interpellés pour multiplier les plaintes via l’article 40 », nuance-t-il. Mais « je pense que le plus important dans ce travail ici est de prendre en compte que tout signalement, qu’il passe via les parents ou la maire de Paris ou l’Education nationale, informe le parquet dans tous les cas. »

D’après les rapports, « la règle de deux adultes par groupe ne semblait pas être une règle catégorique de la DASCO ( Direction des Affaires scolaires), comment expliquez-vous ce manque de procédure ? », poursuit la rapporteure. L’ancien Premier Adjoint de la mairie de Paris rétorque : « Cette règle a été établie par la DASCO avant même mon entrée en fonction. Elle a été édictée et rappelée à chaque rentrée lors des réunions qui rassemblent tous les animateurs ».

La rapporteure questionne ensuite Patrick Bloche sur les sanctions sur les agents qui n’ont pas fait de signalement et qui ont essayé de régler cela en interne : « Y avait-il une procédure écrite présentant des sanctions envers les cadres et agents qui auraient tenté de cacher des crimes ou délits et qui n’auraient pas fait de signalement ? » Selon lui, « oui, j’ai demandé qu’il y ait des sanctions à tous les niveaux », affirme-t-il. « C’est une priorité de faire remonter les infos ».

Enfin, des sanctions contre les agents qui n’auraient pas fait remonter un signalement ont été mises en œuvre selon Patrick Bloche : « la ville de Paris voulait que toutes les structures qui accueillent des enfants soient des ASM, Actuel Collectif des Mineurs. La ville de Paris a donc fait le choix de se placer sous le contrôle de l’Etat, ce qui n’est pas le cas de toutes les collectivités territoriales, ainsi que du SDJES ( Service départemental à la jeunesse, à l’engagement et au sport). Et le SDJES a été amené à faire des contrôles, dont le nombre a d’ailleurs augmenté. Et parallèlement les REV, Responsables Educatives Villes, sont placées sous l’autorité des CTA qui font des contrôles inopinés dans les écoles. Il y a eu effectivement des contrôles. »

12h26

Les agents publics avaient « obligation de recourir à l’article 40 », rappelle Patrick Bloche

« À chaque fois, ce sont les enfants qui ont parlé et les parents qui ont déposé plainte », relève la rapporteure LR Agnès Evren, s’étonnant qu’aucun signalement n’ait jamais été fait par des membres du personnel des écoles. « Jamais un animateur n’a rien vu en fait, parce qu’ils n’étaient pas formés à la détection de ces signaux faibles, à savoir que quand un enfant se remet à être agressif, en colère, se remet à faire pipi, ce sont des signaux faibles qui peuvent alerter », déplore la sénatrice.

Patrick Bloche rappelle que depuis 2016, les agents publics avaient pourtant « obligation de recourir à l’article 40 du Code pénal, via une adresse mail générique », pour signaler les comportements délictuels. « L’école en France, c’est quand même l’Education nationale et si vous voulez, dans une école, il n’y a pas que des personnels de la ville de Paris, il y a aussi des personnels de l’Education nationale. Je veux dire par là que tout signalement, toute détection des signes faibles peut être aussi bien faite par un personnel de la ville que par un personnel de l’Education nationale », a également défendu l’ancien adjoint.

Anne Hidalgo a reconnu, un peu plus tôt dans la matinée, lors de sa propre audition devant la commission d’enquête, avoir appris qu’entre 2020 et 2025, en dépit de ses recommandations, l’administration de la ville n’a pas procédé à des signalements systématiques au titre de l’article 40 auprès du procureur, dès lors qu’une plainte avait déjà été déposée par les parents. Patrick Bloche invoque une volonté de ne pas doublonner les procédures. « Le parquet ne nous a jamais dit qu’il était bien que la ville dépose plainte, en plus des parents », explique-t-il.

12h06

Patrick Bloche situe à 2025, sa prise de conscience d’un problème « systémique » dans le périscolaire

Au début de l’audition, Agnès Evren a souhaité revenir sur la chronologie des faits. Patrick Bloche a pris ses fonctions de premier adjoint chargé de l’éducation, de la petite enfance et des familles à la mairie de Paris en 2017 et a été reconduit en 2020. La sénatrice a donc souhaité savoir à quelle date avait-il pris connaissance du rapport de l’inspection générale de la mairie de Paris de 2015, qui dressait déjà un diagnostic sur les risques d’infractions sexuelles commises par des agents municipaux et a formulé des recommandations de prévention.

Patrick Bloche affirme avoir pris connaissance de ce rapport dès son entrée en fonction « d’autant plus qu’une de ses recommandations était justement dans les tuyaux » […] à savoir la création de l’école des métiers de la DASCO ». « Nous l’avons inauguré avec la maire de Paris en janvier 2018 », ajoute-t-il.

Agnès Evren lui rappelle alors un rendez-vous avec l’association « SOS périscolaire » au début de l’année 2022 et au cours de laquelle « vous semblez avoir dit votre extraordinaire étonnement en apprenant qu’il y avait ces problèmes d’abus sexuels dans certains arrondissements ». « Quel plan d’action avez-vous mis en place immédiatement après ? ».

Patrick Bloche reconnaît avoir été frappé par les faits d’une extraordinaire gravité que lui a rapportés l’association, qui n’avait, toutefois pas souhaité lui transmettre les coordonnées des parents victimes ni le nom des établissements scolaires concernés. « Donc je ne pouvais pas agir », justifie-t-il.

Agnès Evren se fait plus précise : « A quel moment avez-vous pris conscience, en fait, qu’il s’agissait de violences à caractère systémique ? » […] C’est un tiers des écoles maternelles qui sont aujourd’hui concernées à Paris par des enquêtes », rappelle-t-elle

« Incontestablement, à partir du printemps en 2025 », répond Patrick Bloche qui revient sur la définition du terme systémique. « Ça veut dire que toute l’organisation du périscolaire à Paris fait ou génère des violences verbales, physiques ou sexuelles. Je pense que les auditions que vous avez faites de maires la semaine dernière témoignent, et vous l’avez dit vous-même dans votre propos ou introductif du fait que c’était un problème national ».

12h00

« Chaque signalement est un signalement de trop » témoigne Patrick Bloche devant les sénateurs sur la crise du périscolaire parisien

L’ancien premier adjoint à la maire de Paris chargé de l’éducation et ancien premier adjoint a ouvert son audition devant la commission d’enquête sénatoriale en confiant que la crise secouant le périscolaire parisien depuis un an et demi est un « bouleversement profond », ajoutant que « chaque signalement d’une violence commise sur un enfant est un signalement de trop ».
Rappelant l’organisation décentralisée de la Ville : 620 écoles et 114 collèges répartis en dix circonscriptions, il est revenu sur le plan de lutte contre les violences faites aux enfants, adopté « à l’unanimité » par le Conseil de Paris en juin 2021, puis sur la vague de signalements ayant frappé « principalement » le 11ᵉ arrondissement au printemps 2025. Il a précisé que « 88 suspensions » avaient eu lieu depuis 2023, « dont 52 pour des faits à caractère sexuel ».
Il a également cité la décision de la maire de Paris, réaffirmée le 2 octobre 2025, d’« écarter tout agent mis en cause » d’un poste au contact des enfants, avant de détailler le nouveau plan d’action présenté le 14 novembre 2025 « budgété à hauteur de 12 millions d’euros » prévoyant la création d’un « défenseur des enfants » et une « formation obligatoire de deux jours » pour tout animateur vacataire avant sa prise de poste.

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