Beyrouth une ville meurtrie, qui a l’attention des politiques français
Le Liban s’enfonce dans l'abîme, une abîme accélérée par l’incurie politique, la négligence, et l’explosion du 4 août 2020.

Beyrouth une ville meurtrie, qui a l’attention des politiques français

Le Liban s’enfonce dans l'abîme, une abîme accélérée par l’incurie politique, la négligence, et l’explosion du 4 août 2020.
Public Sénat

Par Clotilde Bigot

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C’était il y a un an, le 4 août 2020. Entre deux confinements, pour permettre aux commerces de respirer, tout était ouvert. Les Beyrouthins étaient de sortie, profitant de cette journée de liberté. Mais à 18h07, la troisième plus grande explosion que le monde ait jamais connue a arraché la vie à plus de 215 personnes, blessée plus de 6500, et rendu plus de 300.000 personnes sans domicile.

Alors que le Liban s’enfonçait déjà dans une crise économique sans précédent, couplée d’une crise sanitaire d’un réseau hospitalier fatigué, devant faire face à l’épidémie de covid-19, l’explosion du port a tout accéléré. Emmanuel Macron, sur place dès le 6 août au matin, a ainsi promis à cette jeunesse, descendue nettoyer les rues de la capitale, que la France serait à ses côtés. Qu’elle allait faire son possible pour changer la classe politique, et répondre aux demandes de la rue.

Un an plus tard, le Liban n’a toujours pas de gouvernement, et les mêmes hommes politiques sont au pouvoir et se partagent le gâteau d’un pays qui manque de tout.

Vers des élections ?

Le groupe interparlementaire d’amitié au Liban, présidé par Christine Lavarde, sénatrice LR des Hauts-de-Seine, s’est rendu plusieurs fois au Liban, pour discuter tour à tour avec les personnes au pouvoir, les partis d’opposition, ainsi que la « société civile » libanaise, constituée d’associations et de partis politiques nouveaux, souhaitant changer le paysage politique libanais.

« Tous nous ont dit l’importance que les élections législatives se tiennent l’année prochaine comme prévu », explique Christine Lavarde, malgré la volonté de certains partis au pouvoir de les repousser. Pour que ces élections aient lieu, les groupes d’opposition et de société civile insistent sur « la surveillance internationale » afin d’être certain de leur tenue dans les règles. En janvier, lors de visioconférences, le groupe a pu s’entretenir avec les principales forces politiques. Puis, fin juillet, cinq sénateurs et sénatrices sont venus, afin de rencontrer une nouvelle fois toutes les forces politiques, entendre les revendications, et les rapporter à Emmanuel Macron. « Nous avons eu des voix dissonantes entre la société civile et les personnes au pouvoir. La société civile pousse pour des réformes le plus vite possible ». De son côté, le pouvoir reste sourd. « Gebran Bassil, président du Courant Patriotique Libre, qui est visé par plusieurs sanctions américaines pour cause de corruption nous a dit qu’il souhaitait plus de sanctions pour les hommes politiques corrompus ». Des propos que la sénatrice Christine Lavarde a du mal à comprendre, mais qui reflète le paysage politique libanais, où chacun se renvoie la balle.

Une conférence de donateurs

A court terme, la solution proposée par Emmanuel Macron est une conférence de donateurs au peuple libanais. Après avoir dénoncé les hommes politiques libanais qui ont fait le « pari du pourrissement » de leur pays, Emmanuel Macron a donc récolté 370 millions de dollars de la part de plusieurs pays amis du Liban. Une aide qui portera sur l’éducation, l’agriculture, mais aussi l’assainissement de l’eau ou les besoins alimentaires. « A chaque fois, on s’insurge, puis on pleure, puis on organise une conférence de donateurs, mais entre tout cela, la structure, elle, ne change pas » souligne la sénatrice UDI Nathalie Goulet, qui se rend souvent au Liban. « Il faut revenir à la constitution initiale et laïque du pays, celle de 1946, car le Liban est actuellement ruiné par le confessionnalisme. »

Une critique pourtant soutenue par de nombreux Libanais qui ne souhaitent pas être aidés financièrement par la France. « Nous sommes un peuple éduqué, fier, laissez-nous nous sortir de là », explique un manifestant lors des commémorations du 4 août. « Le système est à bout de souffle et l’Etat a disparu, explique Nathalie Goulet. J’aime beaucoup le Liban, j’espère que le nouveau premier ministre désigné saura faire la différence mais je ne pense pas. Le Liban a besoin de quelqu’un de neuf, qui sorte du sérail politique ».

Une crise économique sans précédent

Le nom qui revient souvent est celui de Nagib Mikati, un homme d’affaires connu au Liban. Ce milliardaire est appelé pour former un gouvernement, et a déjà été deux fois premier ministre. Mais c’est aussi un homme englué dans plusieurs affaires de corruption, qui est très mal vu dans sa ville d’origine, Tripoli, une des villes les plus pauvres du Liban, que le premier ministre désigné n’a que très peu aidé, malgré son immense fortune. « Mikati ne nous aide qu’à l’approche des élections, lui, les autres riches de Tripoli, ils sont tous pareils, lâchait un manifestant Tripolitain en janvier, lors de heurts dans la ville. Ils paient pour que certains accrochent leurs portraits sur les murs de leurs immeubles, mais c’est tout ce qu’ils font pour la ville. »

Aujourd’hui, le Liban s’effondre et traverse une crise économique sans précédent. Les prix des denrées alimentaires ont quadruplé en l’espace de deux ans. A cela s’ajoute, une crise sanitaire. Le Liban doit faire face à une pénurie de médicaments, qui chaque jour, tue des dizaines de personnes faute de soins. Malgré les initiatives françaises, la chute du Liban semble inexorable.

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