Débats passionnés sur les cantines à l’Assemblée, discorde sur la viande et le plastique
Plus de bio dans les cantines d'ici 2022: l'Assemblée a voté samedi cet objectif du projet de loi agriculture, contesté par LR,...

Débats passionnés sur les cantines à l’Assemblée, discorde sur la viande et le plastique

Plus de bio dans les cantines d'ici 2022: l'Assemblée a voté samedi cet objectif du projet de loi agriculture, contesté par LR,...
Public Sénat

Par Charlotte HILL

Temps de lecture :

4 min

Publié le

Mis à jour le

Plus de bio dans les cantines d'ici 2022: l'Assemblée a voté samedi cet objectif du projet de loi agriculture, contesté par LR, sur fond d'échanges à couteaux tirés, notamment dans la majorité, sur les menus végétariens ou les contenants en plastique.

Après de longs débats entamés vendredi soir, les députés ont adopté, à main levée, l'article 11 répondant à "un engagement présidentiel ambitieux", selon le ministre Stéphane Travert. Il prévoit pour la restauration collective au moins 50% de produits bio ou intégrant la préservation environnementale.

Objectif trop ambitieux pour la droite, qui a proposé de le repousser à 2025, ou pointé par la voix de son chef de file Christian Jacob le risque de "renchérir le coût du repas en collectivité". Selon le ministre, les mesures anti-gaspillage alimentaire permettront "un balayage" du surcoût, estimé à 68 centimes.

La proposition d'introduire une part de menus végétariens dans les cantines, portée par des LREM, MoDem, LFI ou UAI, a alimenté d'autres échanges passionnés, ses partisans invoquant un "mouvement de société très fort".

Mais le rapporteur Jean-Baptiste Moreau (LREM) a jugé cette contrainte "pas opportune". Cet éleveur a souligné que le texte prévoyait un plan de diversification de protéines incluant des alternatives à base de protéines végétales, arguant aussi que la consommation de viande était "une nécessité pour la croissance".

Le ministre, qui a aussi mis en avant une alimentation "diversifiée", a notamment jugé que cela ne relevait pas de la loi.

Dénonçant des amendement "inspirés d'une idéologie qui relève du diktat", Vincent Descoeur (LR) s'est insurgé qu'on "rabaisse la viande au niveau de produit dangereux".

"Je ne comprends pas qu'on cherche à imposer un style de vie à l'ensemble de nos concitoyens!", a lancé Grégory Besson-Moreau (LREM).

- "Manger de l'herbe" -

"Ce que j'entends sur ces bancs me révolte" a rétorqué Barbara Pompili (LREM), présidente de la Commission du développement durable. L'ex-secrétaire d'Etat issue des rangs écologistes a jugé "honteux" de dire qu'il faut de la viande pour manger équilibré, qu'"on doit pouvoir avoir le choix" et regretté que beaucoup pensent encore qu'un menu végétarien est "un menu où on mange de l'herbe".

Rapporteur et ministre ont assuré "respecter totalement les végétariens", réfutant avoir dit qu'un repas végétarien n'était pas équilibré.

Chef de file MoDem, Marc Fesneau a argué que, dans sa commune, il n'avait pas eu "besoin de la loi pour mettre du quinoa", le président LREM de la commission des Affaires économiques Roland Lescure affirmant qu'au Canada, où "il y a des menus végétariens partout", ce n'est "pas dans la loi".

Après le rejet des amendements, Greenpeace a dénoncé par communiqué un "blocage (...) totalement archaïque".

Les contenants en plastique, qu'Insoumis et LREM ont cherché à interdire dans les cantines au nom du principe de précaution face aux perturbateurs endocriniens, ont également agité l'hémicycle.

Plaidant pour supprimer ces contenants au plus tard en 2025 (2028 pour les petites collectivités), la "marcheuse" Laurianne Rossi a pointé un "enjeu sanitaire et environnemental majeur", Mme Pompili déclarant avoir "froid dans le dos" à l'idée qu'on reproche aux élus de n'avoir rien fait alors qu'ils savaient.

M. Besson-Moreau (LREM) s'est dit, lui, inquiet d'un amendement "dont on ne maîtrise pas le résultat", grinçant qu'il y aurait "un petit peu d'ambiance en cuisine" s'il faut mettre de l'inox dans les micro-ondes.

Se défendant de vouloir "semer la zizanie" chez les marcheurs, François Ruffin (LFI) a déploré "la domination de l'économique sur l'écologique", M. Lescure rétorquant que les relations étaient "excellentes" entre les deux commissions et "tous" conscients des enjeux.

Défavorable aux amendements, le ministre a estimé être "allé suffisamment loin pour permettre l'expérimentation" dans les collectivités demandeuses, ajoutant que "le sujet n'est pas clos".

L'amendement LREM a été rejeté par 54 voix contre 27.

Contre l'avis du gouvernement, les députés ont en revanche interdit (via des amendements LREM et LR adoptés par 71 voix contre 6) l'utilisation d'eau plate en bouteilles plastique dans les cantines scolaires en 2020 (avec dérogations possibles si l'eau du robinet n'est pas potable). Le "marcheur" Matthieu Orphelin, qui a vanté un intérêt écologique et économique, a reconnu dans un sourire avoir "cédé à un lobby" sur ce sujet..., celui des élèves de CM1 et CM2 d'une école de Plougasnou (Bretagne).

Partager cet article

Dans la même thématique

Gérald Darmanin au Sénat
1min

Politique

[Info Public Sénat] Affaire Lyhanna : le Sénat met en place une commission d’enquête sur le « pilotage de la politique pénale et la prévention de ses dysfonctionnements »

La commission des lois du Sénat va se doter ce mercredi des prérogatives d’une commission d’enquête afin de faire la lumière sur les dysfonctionnements révélés par l’affaire Lyhanna conformément à la proposition de la présidente de la commission, Muriel Jourda. Ses travaux démarreront dans les prochains jours et reprendront après la coupure parlementaire en octobre.

Le

Paris. Nationwide protest following the murder of Lyhanna
4min

Politique

Lutte contre les violences sexuelles : pourquoi l'Espagne est devenue un modèle

Depuis l'affaire Lyhanna, plusieurs propositions sont mises sur la table pour mieux prendre en compte la parole des enfants. Une proposition de loi transpartisane, dite « loi intégrale » ou loi-cadre, est actuellement sur la table du bureau de l’Assemblée nationale, et propose notamment de s’inspirer du modèle espagnol en matière de lutte contre les violences faites aux femmes. Mais que recouvre exactement cette référence ?

Le

PARIS, Affaire Lyhanna, Manifestation interdite place Vendome.
7min

Politique

Affaire Lyhanna : vers une commission d’enquête au Sénat sur les « dysfonctionnements de la justice » ?

La commission des lois du Sénat pourrait prochainement se doter des prérogatives d’une commission d’enquête afin de faire la lumière sur les dysfonctionnements révélés par l’affaire Lyhanna. Selon les informations recueillies par Public Sénat, la présidente de la commission, Muriel Jourda, devrait proposer dès mercredi 10 juin à ses collègues d’engager cette démarche

Le

PARIS: Conference de presse de Gerald Darmanin Gardes des Sceaux Ministre de la Justice
6min

Politique

Affaire Lyhanna : l’idée de Gérald Darmanin de redonner à la Chancellerie un pouvoir d’instruction dans les affaires individuelles, « hasardeuse et contreproductive », selon les juristes

Auditionné par la commission des lois du Sénat, sur les défaillances qui ont conduit à l’affaire Lyhanna, Gérald Darmanin a évoqué l’idée de revenir sur l’interdiction pour le garde des Sceaux de donner des instructions dans les affaires individuelles. Une possibilité qui existait jusqu’en 2013, avant la réforme sur l’indépendance du parquet.

Le