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Credit : NICOLAS MESSYASZ

IA : la France débloque 655 millions d’euros pour accélérer sa souveraineté numérique

À la veille de l’ouverture du salon VivaTech à Paris, le Premier ministre Sébastien Lecornu a annoncé un investissement supplémentaire de 655 millions d’euros dans l’intelligence artificielle. Au-delà du soutien à la recherche et aux infrastructures, le gouvernement entend faire de l’IA un levier de modernisation de l’État tout en renforçant l’indépendance technologique de la France face aux géants américains.
Emma Bador-Fritche

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« Nous pouvons subir cette révolution. Ou nous pouvons la conduire. » Par cette formule, Sébastien Lecornu a donné le ton de la nouvelle stratégie française en matière d’intelligence artificielle. Mardi 16 juin, le Premier ministre a annoncé dans une vidéo publiée sur les réseaux sociaux un investissement public supplémentaire de 655 millions d’euros via le programme France 2030 afin d’accélérer le développement de l’IA en France.

Un nouvel effort financier pour bâtir une filière française de l’IA

Ces nouveaux crédits doivent permettre de soutenir les infrastructures technologiques, les capacités de calcul, la recherche, les entreprises innovantes ainsi que les filières industrielles stratégiques. L’objectif affiché est double : faire de la France un acteur majeur de l’intelligence artificielle tout en garantissant une maîtrise nationale des technologies les plus sensibles. « Comme l’électricité hier ou Internet il y a trente ans, l’intelligence artificielle change déjà nos vies », a souligné le chef du gouvernement. Pour l’exécutif, cette révolution technologique doit bénéficier directement aux citoyens, renforcer les services publics et préserver la souveraineté numérique du pays.

Cette annonce intervient à la veille de l’ouverture de VivaTech, le plus grand salon européen consacré aux nouvelles technologies, où les questions d’intelligence artificielle, de robotique et d’autonomie technologique seront au cœur des débats.

Rupture avec Palantir : la souveraineté numérique comme priorité

L’une des annonces les plus symboliques concerne la Direction générale de la sécurité intérieure (DGSI), qui met fin à son partenariat avec le géant américain de l’analyse de données Palantir. Pour remplacer cette technologie étrangère, la DGSI a choisi l’entreprise française ChapsVision. Une décision présentée comme un choix stratégique dans un contexte international marqué par une concurrence croissante autour de l’intelligence artificielle.

« Nous ne pouvons pas accepter de nouvelles dépendances stratégiques dans le numérique », a justifié Sébastien Lecornu. Le gouvernement entend ainsi construire une autonomie technologique durable afin d’éviter que l’accès à certaines technologies critiques puisse être remis en cause par des décisions prises à l’étranger. Cette préoccupation a été renforcée récemment par la décision de l’administration américaine de restreindre l’accès à certains modèles avancés d’intelligence artificielle pour les ressortissants étrangers, au nom de la sécurité nationale.

L’intelligence artificielle au service des agents publics

Le gouvernement veut également accélérer l’adoption de l’IA dans l’administration. Un assistant conversationnel souverain sera progressivement déployé auprès d’environ un million d’agents de la fonction publique de l’État. Développé à partir des modèles de la start-up française Mistral, cet outil doit aider les fonctionnaires dans leurs tâches quotidiennes : rédaction de documents, recherche d’informations, traitement administratif ou encore accompagnement des procédures complexes.

Après une phase d’expérimentation menée auprès de 10 000 agents, sa généralisation devrait coûter environ 700 000 euros. Selon l’exécutif, cet assistant doit permettre de réduire les tâches répétitives afin que les agents puissent se concentrer davantage sur les missions à forte valeur ajoutée. Le gouvernement prévoit également de déployer dès cet été Diplo IA, un outil de traduction développé par le ministère de l’Europe et des Affaires étrangères.

Les ministères appelés à prouver leur efficacité grâce à l’IA

L’utilisation de l’intelligence artificielle deviendra désormais un critère dans les arbitrages budgétaires de l’État. Chaque ministère devra démontrer sa capacité à mobiliser ces technologies pour simplifier les démarches administratives, améliorer le service rendu aux usagers et réduire les coûts de fonctionnement. Pour l’exécutif, l’IA représente un moyen de moderniser l’action publique tout en réalisant des économies sans dégrader la qualité des services.

Cette orientation s’inscrit dans une vision plus large défendue par le ministre de l’Action et des Comptes publics, David Amiel. Dans un document de présentation, il affirme que l’État doit désormais dépasser la phase d’expérimentation et éviter l’émergence d’une « IA clandestine », utilisée sans cadre ni contrôle par les administrations.

Santé, données publiques : de nouveaux services pour les citoyens

Les Français devraient également voir apparaître de nouveaux services alimentés par l’intelligence artificielle. Le site Ameli de l’Assurance maladie sera doté d’un « assistant santé public » destiné à mieux orienter les patients. Le gouvernement insiste sur le fait que les données de santé resteront gérées par une plateforme publique française et non par des entreprises étrangères.

Parallèlement, une nouvelle plateforme nationale dédiée à l’intelligence artificielle facilitera l’accès aux données publiques démographiques, économiques, géographiques et administratives afin de soutenir la recherche et l’innovation.

Une stratégie fondée sur une IA « utile, humaine et souveraine »

À travers ce plan, l’exécutif affiche une ambition précise : faire de l’intelligence artificielle un outil de modernisation de l’État tout en renforçant l’indépendance technologique du pays. « Une IA utile, humaine et souveraine », telle est la ligne directrice revendiquée par le gouvernement.

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