Déradicalisation: le gouvernement dévoile un dispositif expérimental testé en secret
Un mois avant l'annonce d'un "plan national" de lutte contre la radicalisation, la ministre de la Justice a dévoilé jeudi le...

Déradicalisation: le gouvernement dévoile un dispositif expérimental testé en secret

Un mois avant l'annonce d'un "plan national" de lutte contre la radicalisation, la ministre de la Justice a dévoilé jeudi le...
Public Sénat

Par Sofia BOUDERBALA

Temps de lecture :

4 min

Publié le

Mis à jour le

Un mois avant l'annonce d'un "plan national" de lutte contre la radicalisation, la ministre de la Justice a dévoilé jeudi le dispositif Rive, pour "Recherche et intervention sur les violences extrémistes", un programme expérimental en milieu ouvert lancé il y a un an dans le plus grand secret.

"Nous avons autour de 500 détenus très radicalisés et 1.500 personnes en voie de radicalisation. Donc il faut agir", a résumé Nicole Belloubet, en expliquant son choix de communiquer sur ce dispositif qui reste à "évaluer dans le temps". La France, confrontée à une vague d'attaques jihadistes depuis 2015, cherche tous azimuts à endiguer le phénomène de radicalisation.

"On a un véritable défi devant nous qui est de travailler avec des personnes engagées dans un processus de radicalisation violente. Le processus mis en place ici est extrêmement intéressant", a-t-elle déclaré, à l'issue d'une rencontre avec l'équipe de Rive en région parisienne.

La particularité du dispositif est qu'il prend en charge en milieu ouvert, à la demande d'un juge, des personnes déjà condamnées ou en attente de leur jugement, pour une infraction en lien avec une entreprise terroriste ou du fait d'un signalement pour radicalisation violente.

Il est piloté, pour un contrat renouvelable de deux ans, par une association, Apcars, spécialisée dans le suivi socio-judiciaire.

Quatorze personnes - huit hommes et six femmes - sont actuellement suivies (50 à terme), au minimum pour un an, par une équipe d'éducateurs, psychologue, référent religieux ou psychiatre. Le suivi est individuel, à raison d'au moins six heures par semaine les premiers mois, mêlant entretiens et aide à la réinsertion. Le lien est établi avec la famille, la personne est accompagnée dans ses démarches administratives, vers "l'autonomie".

C'est l'exact contre-pied de précédentes expériences, qui consistaient à regrouper les détenus impliqués dans des dossiers jihadistes, soit pour les évaluer, soit pour les isoler au sein de quartiers dédiés.

L'unique centre de déradicalisation en France, ouvert en septembre 2016 à Pontourny (Indre-et-Loire), a fermé cet été faute de résultats; les "aires dédiées" ont fait place à des "quartiers d'évaluation", à partir desquels les détenus sont ventilés dans les prisons du pays.

- 'Désengagement de la violence' -

"Nous avons des approches différentes selon les types de publics. Il y a des détenus radicalisés extrêmement violents qui sont en détention et qui y restent", a tenu à rassurer la ministre.

Dix des personnes suivies par Rive sont condamnées ou poursuivies pour association de malfaiteurs à visée terroriste, avec des profils extrêmement divers qui vont d'un individu de retour de Syrie à une personne poursuivie pour apologie du terrorisme. L'un est assigné à résidence, l'autre sous bracelet électronique.

"L'objectif, a expliqué Samantha Enderlin, directrice de Rive, c'est le désengagement de la violence extrémiste. Pour cela, nous favorisons le mentorat, la mise en place d'une relation de confiance dans une prise en charge sur mesure, en complément de l'action des services de probation et d'insertion (SPIP)".

L'offre est ciselée: une journée de bénévolat pour favoriser l'estime de soi pour l'un, une visite programmée à Verdun, jusqu'au carré des musulmans, pour entrer dans l'histoire collective pour l'autre, un entretien avec un spécialiste de l'islam pour un troisième. L'équipe est joignable du lundi au samedi, de 9H à 19H.

Et pour l'instant, les retours sont "très positifs", a ajouté Mme Enderlin, se refusant à donner le moindre détail, pour ne pas compromettre la mission.

"Nous mettons l'accent sur la réinsertion de personnes qui n'ont pas vocation à rester en prison, qui vont de toutes les façons sortir et qu'il faut accompagner le mieux possible", a expliqué Géraldine Blin, qui pilote la lutte contre la radicalisation violente à la Direction de l'administration pénitentiaire.

Des arguments qui semblent convaincre Nicole Belloubet, alors que le processus est en phase d'évaluation. La ministre n'est "pas favorable au regroupement" des radicalisés et salue comme "très positive" l'individualisation de la prise en charge, car "c'est la volonté et la dignité de la République de chercher à remettre dans une vie citoyenne l'ensemble des personnes qui composent notre société".

Partager cet article

Dans la même thématique

francois-patriat-en-septembre-dernier-photo-sipa-jeanne-accorsini-1680805422
6min

Politique

« Adieu Fanfan » : le sénateur François Patriat, ancien socialiste, fidèle d'Emmanuel Macron est mort à l'âge de 83 ans 

Le sénateur de Côte-d’Or est décédé à l’âge de 83 ans. En 2016, François Patriat avait été parmi les premiers soutiens d’Emmanuel Macron, au moment où il se lançait dans la campagne présidentielle. Jusqu’en 2026, le Bourguignon restera l’un des plus proches soutiens du président de la République. Le dernier acte d’une très longue carrière de parlementaire entamée dans les années 80.

Le

Macron Sénat 3 ok
14min

Politique

[Série 3/4] Macron et le Sénat, 10 ans de relations : lors du second quinquennat, « le Sénat est un peu le roi du pétrole »

Le Sénat et Emmanuel Macron. Bientôt 10 ans d’une relation tumultueuse, faite de moments électriques, de réchauffements, de pragmatisme et d’attaques. Une décennie de vie politique et parlementaire, sur laquelle publicsenat.fr revient cet été. Après sa réélection historique en 2022, Emmanuel Macron n’a qu’une majorité relative, l’obligeant à composer avec les LR pour obtenir des majorités. Le Sénat y trouvera son intérêt et un pouvoir d’influence. Après la dissolution manquée en 2024, la droite entre au gouvernement et fait partie de la majorité. L’opposant d’hier se retrouve aux côtés des macronistes, tout en gardant ses distances.

Le

France Politics
9min

Politique

[Série 2/4] Macron et le Sénat, 10 ans de relations : avec l’affaire Benalla, le temps du contre-pouvoir

Le Sénat et Emmanuel Macron. 10 ans d’une relation tumultueuse, faite de moments électriques, de réchauffement, de pragmatisme et d’attaques. Une décennie de vie politique et parlementaire, sur laquelle publicsenat.fr revient cet été. Avec l’affaire Benalla, le Sénat s’érige en contre-pouvoir du macronisme triomphant. Une forme de revanche, qui va créer des moments de fortes tensions entre l’exécutif et la majorité sénatoriale. Le Sénat va jouer à fond son rôle de contrôle, avec une conception plus anglo-saxonne des commissions d’enquête.

Le

Heat wave at Ehpad in Bordeaux
3min

Politique

Ehpad : « Ça s’est un peu amélioré, mais on est loin du compte. » alerte la sénatrice Anne Souryis

Le placement de personnes âgées en Ephad est toujours une étape redoutée par les familles. Les principaux intéressés ne veulent pas quitter leur domicile et l’entourage craint toujours une mauvaise prise en charge. Des craintes amplifiées depuis l’enquête de Victor Castanet dans son livre « Les Fossoyeurs » en 2022 qui a révélé un système privilégiant le rendement au détriment du bien être des patients. Depuis, les politiques se sont emparés du sujet, mais les moyens déployés sont-ils suffisants ? La prise en charge s’est-elle améliorée ? Et quelles sont les alternatives ? La sénatrice écologiste Anne Souyris et le gériatre Jean-Pierre Aquino en débattent dans l’émission Et la santé, ça va ? présentée par Axel de Tarlé.

Le