Grand débat : les garants demandent « aux membres de l’exécutif de se mettre en retrait »
Les garants du grand débat pointent les « interférences » et « l’influence » de l’exécutif, notamment par les interventions « répétées » d’Emmanuel Macron. Ils reconnaissent aussi des « difficultés » pour trouver des Français tirés au sort qui acceptent de participer aux conférences régionales.

Grand débat : les garants demandent « aux membres de l’exécutif de se mettre en retrait »

Les garants du grand débat pointent les « interférences » et « l’influence » de l’exécutif, notamment par les interventions « répétées » d’Emmanuel Macron. Ils reconnaissent aussi des « difficultés » pour trouver des Français tirés au sort qui acceptent de participer aux conférences régionales.
Public Sénat

Temps de lecture :

4 min

Publié le

Mis à jour le

La phase 1 du grand débat touche à sa fin. Environ 10.000 réunions publiques locales, 1,4 million de contributions sur le site et 16.000 cahiers de doléances. Pour les garants de cette grande consultation, c’est l’heure d’un premier bilan de l’organisation.

Globalement, le grand débat s’est révélé être une réussite. « Il y a eu un véritable moment particulier, avec un foisonnement, un moment de prise de parole citoyenne » salue le politologue Pascal Perrineau. Mais les garants ne cachent pas leurs critiques. La première vise directement le pouvoir.

« Distinguer ce qui relève de la communication gouvernementale »

« Le collège des garants, depuis le début du processus, depuis le 15 janvier, a noté qu’il était certes peut-être utile d’avoir une communication gouvernementale importante au début du processus pour faire rentrer (les Français) dans le processus », « mais ensuite, la communication gouvernementale et présidentielle s’est prolongée tout au long des débats ». Or cela pouvait « avoir un impact. Celui d’introduire un doute chez les citoyens, (...) en disant au fond, le processus du grand débat n’est pas suffisamment neutre ». « Au nom de la neutralité », le garant a appelé à « bien distinguer ce qui relevait de la communication gouvernementale d’un côté, et de l‘autre du processus de consultation » explique Pascal Perrineau, garant nommé par le président LR du Sénat, Gérard Larcher (voir la vidéo). Et d’insister sur la « nécessité pour les membres de l’exécutif de se mettre en retrait du grand débat », « il y a eu des interférences pas toujours positives »…

Critique formulée également par Guy Canivet, ancien membre du Conseil constitutionnel, nommé garant par le président LREM de l’Assemblée nationale, Richard Ferrand. Il pointe « le risque d’influence des interventions répétées des pouvoirs publics. Je fais référence aux interventions répétées du Président ». Emmanuel Macron a en effet multiplié les interventions, largement relayées par les chaînes d’information en continu.

Timing serré

Autre limite : le timing très serré. Point relevé aussi lundi par des corps intermédiaires qui ont participé à la conférence nationale « démocratie et citoyenneté » (voir notre article). « Le calendrier est contraint » souligne Pascal Perrineau, qui reconnaît que la « fenêtre de tir » était étroite en raison des élections européennes, le 26 mai. Sur l’absence de certaines associations spécialisées, lors de cette conférence, relevée par publicsenat.fr, Nadia Bellaoui, secrétaire générale de la Ligue de l'enseignement et autre garante, estime que « la liste était certainement partiale ou partielle. Il aurait fallu que ce soit élargi ».

Seulement la moitié des restitutions transmise

Autre grief que soulève Pascal Perrineau : des questions « parfois orientées » posées dans les documents par le gouvernement (voir notre article), ou encore un problème de restitution des comptes rendus des débats locaux avec « 4.600 restitutions pour 10.000 réunions ». Et même « parfois des réunions sans compte rendu, mais c’est marginal ».

« Il y a des régions où il y a de fortes difficultés pour recruter des citoyens »

Dernier problème, en cours : des « difficultés » pour trouver des Français tirés au sort acceptant de participer aux conférences régionales, prévues les deux week-ends prochains. « On avait fixé au départ 70 à 100 citoyens. On sera peut-être en dessous de cette fourchette. Il y a des régions où il y a de fortes difficultés pour les recruter, notamment en Corse » reconnaît Pascal Perrineau. L’institut Harris interactive, chargé du recrutement, multiplie les coups de fil pour arriver au moins autour de « 50 à 70 citoyens par conférence citoyenne ». Ce qui ne change rien à la représentativité, souligne le politologue : « Même sur 100 citoyens, vous n’arrivez pas à un échantillon représentatif au sens statistique. Mais vous avez un échantillon suffisamment diversifié au regard du genre, de l’âge et zones d’habitat ». Il y aura au moins des débats avec un peu plus de jeunes. Ils les ont séchés jusqu’ici.

Open data

Quant à l’analyse des milliers de contributions, Isabelle Falque-Pierrotin, présidente de la CNIL et quatrième garante, précise que « le gouvernement n’a pas le monopole de la restitution ». Tout sera en open data. Autrement dit, « tout personne pourra extraire les données et les analyser », avec à la clef « d’autres restitutions et analyses ».

Partager cet article

Dans la même thématique

Grand débat : les garants demandent « aux membres de l’exécutif de se mettre en retrait »
2min

Politique

PMA : « pour un projet on ne peut plus intime on ne devrait pas avoir à traverser des frontières », déplore cette lyonnaise après neuf tentatives

C’est historique. Pour la première fois depuis la seconde guerre mondiale, le nombre de décès en France a dépassé celui des naissances en 2025. Mais à rebours de cette tendance démographique, certains couples se battent pour avoir des enfants. C’est le cas d’Eugénie, originaire de Lyon, qui a été contrainte de partir à l’étranger pour bénéficier d’un parcours de PMA plus rapide. Interrogée par Quentin Calmet, elle témoignage de ses obstacles et difficultés dans l’émission Dialogue Citoyen.

Le

Paris : Vote on the 2026 budget bill at the Senate
8min

Politique

[Série 4/4] Macron et le Sénat, 10 ans de relations : du « Sénat bashing » à « une forme d’aura » retrouvée

Le Sénat et Emmanuel Macron. Bientôt 10 ans d’une relation tumultueuse, faite de moments électriques, de réchauffement, de pragmatisme et d’attaques. Une décennie de vie politique et parlementaire, sur laquelle publicsenat.fr revient cet été. Dix ans de macronisme auront finalement permis au Sénat, souvent critiqué, de redorer son blason. Rôle de contre-pouvoir renforcé avec les commissions d’enquête, travail législatif mis en lumière, hémicycle apaisé et constructif par rapport à l’Assemblée : c’est la recette qui a permis à la Haute assemblée de réaffirmer son rôle institutionnel.

Le

Grand débat : les garants demandent « aux membres de l’exécutif de se mettre en retrait »
3min

Politique

« Il peut y avoir des moments festifs sans pour autant être obligé de boire » juge la sénatrice communiste Cathy Apourceau-Poly

En ce début d’année, un million de Français ont choisi de ranger leurs verres pour relever le défi du « dry january » ou « janvier sobre ». Une pause bienvenue dans un pays où l’alcool est omniprésent dans la vie sociale et reste responsable de milliers de morts chaque année. Souvent taboue et parfois accentuée par la pression sociale, l’addiction à l’alcool constitue un enjeu de santé publique majeur. Comment réduire les risques ? l’addictologue Delphine Moisan et la sénatrice communiste Cathy Apourceau-Poly sont les invitées de l’émission Et la santé ça va ? pour en débattre.

Le

francois-patriat-en-septembre-dernier-photo-sipa-jeanne-accorsini-1680805422
6min

Politique

« Adieu Fanfan » : le sénateur François Patriat, ancien socialiste, fidèle d'Emmanuel Macron est mort à l'âge de 83 ans 

Le sénateur de Côte-d’Or est décédé à l’âge de 83 ans. En 2016, François Patriat avait été parmi les premiers soutiens d’Emmanuel Macron, au moment où il se lançait dans la campagne présidentielle. Jusqu’en 2026, le Bourguignon restera l’un des plus proches soutiens du président de la République. Le dernier acte d’une très longue carrière de parlementaire entamée dans les années 80.

Le