« Il y a un énorme danger de poujadisme numérique » selon Denis Olivennes
Invité de l’émission « On va plus loin », Denis Olivennes, président de Lagardère Active, dénonce l’idéologie de la transparence et la façon dont tout le monde s’y engouffre, même involontairement.

« Il y a un énorme danger de poujadisme numérique » selon Denis Olivennes

Invité de l’émission « On va plus loin », Denis Olivennes, président de Lagardère Active, dénonce l’idéologie de la transparence et la façon dont tout le monde s’y engouffre, même involontairement.
Public Sénat

Temps de lecture :

4 min

Publié le

Mis à jour le

« On est les moteurs de notre propre servitude » regrette le président de Lagardère Active, Denis Olivennes, qui vient de coécrire avec  Mathias Chichportich, le livre « Mortelle transparence » (éditions Albin Michel).

Il déroule son raisonnement : « On est les victimes (…) de la rencontre entre une idéologie de la transparence, qui s’est développée principalement aux États-Unis (…) et qui dit que si vous n’avez rien à vous reprocher, alors vous devez vous montrez nu devant Dieu et devant vos semblables, et  (…) la technologie  du numérique (…), qui nous apporte bien des choses mais qui, aussi, rentre dans nos vies (…) Donc la rencontre de ces deux phénomènes, une idéologie et une technologie, bouleverse radicalement notre conception de la vie privée (…) Il n’y a pas eu un coup d’État, Google et Facebook n’ont pas renversé nos gouvernements ».

Ce serait de notre fait. La raison ? : » Il y a tant de bienfaits de ce numérique, que l’on voit la phase de lumière mais on ne voit pas l’ombre » assure-t-il.

Mais pour Denis Olivennes, qui se dit optimiste, le scandale contrôle,  [qui a dévoilé des failles sur la protection des données de millions d’utilisateurs de Facebook – NDLR] va permettre aux internautes une prise de conscience de ces dangers. D’autant plus que « cette révolution numérique n’est pas si ancienne » : « Elle a 15 ans, 20 ans. À l’échelle de nos vies, c’est beaucoup mais à l’échelle de l’histoire de l’humanité, ce n’est pas énorme ». Donc une reprise en main, par chacun, est encore possible. « La société doit prendre conscience de ce qui se produit (…) Et à partir de là, peut-être que l’on va réfléchir à la manière de bénéficier de cette révolution qui est géniale, sans en avoir les inconvénients » estime-t-il.

« Il faut former à l’usage de ces technologies »

Un des moyens de reprendre la main est l’éducation : « On ne peut pas laisser le monde organisé par les mathématiques. Donc il faut qu’on tire le meilleur parti de ça mais il faut aussi qu’on sache contrôler ce qui se passe collectivement. Et ça passe d’abord par l’éducation (…) Il faut que l’on apprenne à nos enfants, à l’école, au collège, au lycée, ce que c’est que cet outil (…) Il faut former à l’usage de ces technologies » assure le président de Lagardère Active.

Denis Olivennes est aussi très remonté contre le « tribunal du buzz », qu’il voit comme « un autre versant de ce risque de  la transparence excessive » : « Les réseaux sociaux (…) sont devenus un gigantesque tribunal à ciel ouvert, sans avocat, sans juge, sans droit de la défense, sans principes contradictoires (…) Notre voisin demain va nous dénoncer. Ou des enfants vont se dénoncer entre eux. Et comme en plus, il n’y a pas de droit à l’oubli sur Internet, c'est-à-dire qu’une chose qui a été postée sur vous va vous poursuivre toute votre existence, il y a un énorme danger de poujadisme numérique (…) Cela atteint (…) la présomption d’innocence. On est tous désormais présumés coupables. C'est-à-dire que [vous pouvez] être attaqué demain sur les réseaux sociaux et pour arriver à faire valoir votre point de vue, il vous faudra beaucoup d’énergie, si vous y parvenez. »

C’est pourquoi, en plus d’un débat collectif, Denis Olivennes souhaite que la société mette en place une régulation, « des formes souples de lois (…), adaptables ».

Et il conclut : « Les États-Unis et nous, n’avons pas du tout le même regard sur ce qu’est la vie privée, ce qu’est la loi. Or, ce monde est planétaire, donc il y a un enjeu de dialogue transatlantique (…) fantastique devant nous. Et la France peut en prendre l’initiative. »

 

Vous pouvez voir et revoir l’entretien avec Denis Olivennes, en intégralité :

OVPL : entretien avec Denis Olivennes, en intégralité
09:26

Partager cet article

Dans la même thématique

Photo illustration police nationale en service
5min

Société

Sécurité : accord des parlementaires sur le projet de loi Ripost

Députés et sénateurs se sont entendus ce lundi après-midi sur une version commune du projet de loi Ripost visant à réprimer plusieurs troubles à l’ordre public comme les rodéos urbains, l’organisation de rave parties et la consommation de protoxyde d’azote. L’essentiel du texte fait consensus entre les deux chambres du Parlement.

Le

« On se sera battu jusqu’au bout » : la droite sénatoriale prépare ses recours au Conseil constitutionnel contre la loi sur la fin de vie
6min

Société

 « On se sera battu jusqu’au bout » : la droite sénatoriale prépare ses recours au Conseil constitutionnel contre la loi sur la fin de vie

Sur le projet de loi relatif à la fin de vie, qui devrait être définitivement adopté le 15 juillet, Gérard Larcher va déposer un recours pour vérifier la constitutionnalité des dispositions. Une procédure rare. Les sénateurs de la majorité sénatoriale de droite et du centre feront eux aussi leur propre saisine.

Le

French L1 football match between Olympique Lyonnais (OL) and Le Havre AC
4min

Société

Droits TV, LFP, rémunération des dirigeants : le Sénat et l’Assemblée tombent d’accord sur le texte encadrant le sport professionnel

La commission mixte paritaire sur la proposition de loi encadrant le sport professionnel qui s’est tenue ce mercredi a été conclusive. Députés et sénateurs se sont mis d’accord sur le plafonnement des rémunérations des dirigeants du foot français, avec des dérogations, ainsi que sur plusieurs mesures de régulation du secteur. L’interdiction de la multipropriété adoptée à l’Assemblée nationale a en revanche été écartée.

Le

« Il y a un énorme danger de poujadisme numérique » selon Denis Olivennes
9min

Société

Affaire Lyhanna : la commission d’enquête du Sénat se penche sur les défaillances de la procédure qui visait déjà Jérôme Barella

Les auteurs du pré-rapport d’inspection commandé après la mort de Lyhanna ont été auditionnés ce mercredi 8 juillet par la commission d’enquête du Sénat sur la mise en œuvre des politiques pénales. Ils sont revenus en détail sur les défaillances autour du traitement de la plainte pour viol qui visait déjà Jérôme Barella, le meurtrier présumé de la collégienne. Malgré cette procédure, ce dernier ne faisait l’objet d’aucune mesure d’instruction particulière.

Le