Macron en Algérie pour « une nouvelle relation » apurée du passé
Emmanuel Macron effectue mercredi une visite sensible en Algérie, où il va réaffirmer "la relation particulière" entre Paris et...

Macron en Algérie pour « une nouvelle relation » apurée du passé

Emmanuel Macron effectue mercredi une visite sensible en Algérie, où il va réaffirmer "la relation particulière" entre Paris et...
Public Sénat

Par Jérôme RIVET avec le bureau d'Alger

Temps de lecture :

4 min

Publié le

Emmanuel Macron effectue mercredi une visite sensible en Algérie, où il va réaffirmer "la relation particulière" entre Paris et Alger tout en essayant de dépasser les contentieux de la colonisation, comme il l'a fait la semaine dernière en Afrique.

Cette "visite d'amitié et de travail", et non "d’État", durera une douzaine d'heures et sera marquée par une rencontre avec le président Abdelaziz Bouteflika, 80 ans, dans sa résidence médicalisée de Zéralda, dans la banlieue ouest d'Alger.

Affaibli par les séquelles d'un AVC survenu en 2013, qui a affecté sa mobilité et son élocution, le président Bouteflika, au pouvoir depuis 1999, reçoit peu de dignitaires étrangers.

Comme il en a l'habitude dans ses déplacements, Emmanuel Macron ira aussi à la rencontre de la population lors d'une "déambulation" dans le centre d'Alger.

Il "bénéficie d'une très bonne image en Algérie", croit savoir l’Élysée, en précisant que le chef de l’État s'y est rendu à plusieurs reprises lorsqu'il était ministre de l’Économie.

"Les visites en Algérie des présidents français sont une tradition" en début de mandat et "y déroger paraît impensable" car "la symbolique continue de jouer un rôle important dans le rapprochement entre les deux pays", souligne Mansour Kedidir, chercheur algérien en sciences politiques.

Mais, en raison de sa brièveté, ce déplacement présente surtout, selon le quotidien francophone El Watan, "tous les attributs d’une visite de bienséance politique" qui permettra à Emmanuel Macron "de solder sa dette envers l’Algérie qui a mal vécu le fait qu'il ait privilégié le Maroc à l’Algérie pour sa première visite officielle dans la région".

La dernière visite de M. Macron à Alger, durant la campagne présidentielle, reste dans les mémoires puisqu'il y avait qualifié la colonisation française (1830-1962) de "crime contre l'Humanité".

Ces propos avaient été bien accueillis en Algérie mais fortement critiqués en France par la droite et l'extrême droite.

"La question de la mémoire" sera abordée lors de la visite, indique l’Élysée, mais "autant Paris qu'Alger avancent prudemment sur ce dossier", a résumé dimanche le quotidien algérien Liberté.

Il s'agit surtout pour Emmanuel Macron, premier président de la Ve République né après la Guerre d'Algérie, de "tourner la page" et de "construire une nouvelle relation", selon l’Élysée.

Face à la colonisation, "ni déni, ni repentance. On ne peut pas rester piégé dans le passé", a-t-il proclamé la semaine dernière lors de sa tournée en Afrique de l'ouest.

- "Difficultés" économiques -

Les Algériens attendent cependant un geste, comme celui du retour de crânes de résistants algériens tués dans les années 1850 qui sont conservés au Musée de l’Homme à Paris ou de celui d'un canon qui défendait le port d'Alger et trône à l'arsenal de Brest.

En 2012, la reconnaissance par François Hollande des "souffrances" infligées par "la colonisation française" avait permis de réchauffer les relations entre Paris et Alger, qui restent cependant compliquées et passionnelles.

Pour Paris, l'une des priorités est de redynamiser les échanges économiques alors que la France a laissé sa place de premier fournisseur de l'Algérie à la Chine, très offensive en Afrique, et que des entreprises espagnoles, italiennes ou turques prennent des parts de marché.

"L'Algérie représente un potentiel économique considérable dans tous les domaines", souligne l’Élysée, tout en reconnaissant des "difficultés liées notamment au climat des affaires". Les secteurs de l'automobile, avec l'ouverture d'une usine PSA à Oran, de la pharmacie et de l'agroalimentaire sont jugés prioritaires.

La France reste cependant le premier investisseur hors hydrocarbures et le premier employeur étranger en Algérie, avec 40.000 emplois directs et 100.000 emplois indirects pour environ 500 entreprises.

Mais le contexte budgétaire est actuellement délicat, le pays subissant de plein fouet depuis 2014 la chute des prix du brut, qui assure 95% de ses recettes extérieures.

La sécurité régionale et internationale figurera également au menu des discussions, avec notamment les crises libyennes et au Sahel ainsi que la lutte contre le terrorisme.

Après avoir rencontré le Premier ministre Ahmed Ouyahia, des représentants de la société civile et la communauté française, M. Macron s'envolera en fin de soirée pour le Qatar, où il est attendu jeudi pour une visite officielle de quelques heures.

Partager cet article

Dans la même thématique

France Politics
9min

Politique

[Série 2/4] Macron et le Sénat, 10 ans de relations : avec l’affaire Benalla, le temps du contre-pouvoir

Le Sénat et Emmanuel Macron. 10 ans d’une relation tumultueuse, faite de moments électriques, de réchauffement, de pragmatisme et d’attaques. Une décennie de vie politique et parlementaire, sur laquelle publicsenat.fr revient cet été. Avec l’affaire Benalla, le Sénat s’érige en contre-pouvoir du macronisme triomphant. Une forme de revanche, qui va créer des moments de fortes tensions entre l’exécutif et la majorité sénatoriale. Le Sénat va jouer à fond son rôle de contrôle, avec une conception plus anglo-saxonne des commissions d’enquête.

Le

Heat wave at Ehpad in Bordeaux
3min

Politique

Ehpad : « Ça s’est un peu amélioré, mais on est loin du compte. » alerte la sénatrice Anne Souryis

Le placement de personnes âgées en Ephad est toujours une étape redoutée par les familles. Les principaux intéressés ne veulent pas quitter leur domicile et l’entourage craint toujours une mauvaise prise en charge. Des craintes amplifiées depuis l’enquête de Victor Castanet dans son livre « Les Fossoyeurs » en 2022 qui a révélé un système privilégiant le rendement au détriment du bien être des patients. Depuis, les politiques se sont emparés du sujet, mais les moyens déployés sont-ils suffisants ? La prise en charge s’est-elle améliorée ? Et quelles sont les alternatives ? La sénatrice écologiste Anne Souyris et le gériatre Jean-Pierre Aquino en débattent dans l’émission Et la santé, ça va ? présentée par Axel de Tarlé.

Le

Macron en Algérie pour « une nouvelle relation » apurée du passé
5min

Politique

Ingérences étrangères : « Depuis les années 2010, aucun rendez-vous électoral n’a été épargné »

A l’heure de la manipulation des algorithmes et du recours croissant à l’intelligence artificielle sur les plateformes numériques, des experts alertent le Sénat sur la multiplication d’ingérences d’origine étrangères en Europe. Avec pour objectif de déstabiliser les périodes électorales, à coups de désinformation et d‘altération de la confiance envers les institutions.

Le

Macron Sénat 1 ok
9min

Politique

[Série 1/4] Macron et le Sénat, 10 ans de relations : un début constructif, avant la montée des tensions

Le Sénat et Emmanuel Macron. Bientôt 10 ans d’une relation tumultueuse, faite de moments électriques, de réchauffement, de pragmatisme et d’attaques. Une décennie de vie politique et parlementaire, sur laquelle publicsenat.fr revient cet été. Après des débuts plutôt bienveillants, la relation va vite se tendre sur les collectivités, avant qu’elle ne se dégrade sur le projet de réforme constitutionnelle, qui finira enterré.

Le