Pour les enfants, c’est bientôt la rentrée des classes. Pour la classe politique, la rentrée a déjà commencé, en particulier à gauche. Pour elle, ce week-end a été intense. Avec la présidentielle en ligne de mire, les Ecologistes et la France insoumise ont tenu leurs universités d’été et Raphaël Glucksmann a annoncé sa candidature à l’élection suprême, mettant fin à un faux suspense. Pour vous remettre à niveau après l’été, nous vous proposons un récapitulatif de l’état des candidatures à gauche à l’élection présidentielle.
Raphaël Glucksmann met fin au faux suspense sur sa candidature
Celui qui a fait parler de lui le plus récemment est Raphaël Glucksmann. Le député européen, fondateur du parti Place publique, cherchait le bon moment pour se déclarer candidat à l’élection présidentielle depuis plusieurs mois. Il l’a fait dimanche 23 août au 20 heures de TF1. S’il se présente, l’homme accepte pourtant de se plier au jeu de la primaire proposée par son parti et par le Parti socialiste.
Les socialistes passent par la case primaire
Les modalités de celle-ci sont encore à graver dans le marbre. Elles ont fait l’objet d’âpres négociations : entre Place publique et le PS, mais aussi au sein du parti à la rose lui-même. Ce week-end, les membres du parti de Raphaël Glucksmann regrettaient que les négociateurs socialistes refusent d’inscrire dans la charte encadrant la primaire le principe de non-alliance avec la France Insoumise. « C’est un truc de stratégie, qui permet à Raphaël Glucksmann d’apparaître comme l’anti-Mélenchon de la campagne », balaie un socialiste proche d’Olivier Faure, « nous, nous serons les candidats de l’union, sans soutenir Jean-Luc Mélenchon ».
Vers une primaire à 15 € ?
Il demeure que les modalités sont presque fixées : un accord aurait été trouvé entre toutes les composantes du PS, d’après une source socialiste. Le Conseil national du PS doit le valider demain soir. Un seul point restait source de tensions et aurait été tranché, d’après notre source : le prix. Alors que les opposants internes à Olivier Faure proposaient un prix de 15 € aux non-militants pour participer, le premier secrétaire plaidait pour un tarif plus faible. Pour rappel, en 2017, les non-adhérents devaient payer 2 € pour participer à la primaire. Pour ceux qui plaident pour un prix élevé, l’idée est de limiter les votants, pour rester sur la base électorale du PS et de Place publique, et pour éviter au maximum que des membres de LFI ne détournent le scrutin à leur avantage. Ces derniers auraient eu gain de cause, d’après nos informations.
La primaire devrait avoir lieu les 9-10 et les 16-17 octobre. Se sont pour l’instant annoncés candidats le député socialiste de l’Essonne Jérôme Guedj, l’ancienne candidate à l’élection présidentielle Ségolène Royal, le député socialiste de l’Eure Philippe Brun, et Raphaël Glucksmann. Olivier Faure, bien qu’il ne se soit pas encore officiellement déclaré, devrait également se présenter. « Ce n’est pas certain que tous participent », nuance un cadre socialiste, « il y aura des critères pour être candidat, qui ne sont pas encore arrêtés, sous forme de parrainages : environ 15 membres du Conseil national du PS, ou alors soutien de maires ou de parlementaires ». Réponse ce mardi 25 septembre.
François Hollande, en embuscade de Raphaël Glucksmann
Les candidats à la primaire ne sont pas les seuls socio-démocrates potentiels sur la ligne de départ pour l’élection présidentielle. L’ancien président François Hollande, qui a plusieurs fois affirmé ne pas souhaiter participer à cette initiative, se « prépare ». Selon son entourage, il soutiendra Raphaël Glucksmann, mais il est prêt à prendre sa relève s’il ne décolle pas dans les sondages pour concurrencer Jean-Luc Mélenchon avant Noël. Son ancien Premier ministre, Bernard Cazeneuve, a lui aussi exprimé un intérêt pour l’élection reine, sans pour autant accepter de passer par la case primaire.
Les Ecologistes tiraillés entre trois stratégies
Du côté des Ecologistes, la situation n’est pas plus simple. Alors que la secrétaire nationale Marine Tondelier est la candidate de son camp et veut parler avec toute la gauche, elle est contestée en interne, notamment par la députée de Paris Sandrine Rousseau. Cette dernière œuvre, au sein du parti, pour un rapprochement avec la France Insoumise, et souhaite que la stratégie du parti pour la présidentielle soit soumise au vote des militants. De l’autre côté de l’échiquier écologiste, Yannick Jadot, candidat du parti en 2022, a officialisé ce lundi matin son soutien à Raphaël Glucksmann.
Les Ecologistes et leur électorat occupent depuis plusieurs scrutins une place pivot à gauche : historiquement alliés du Parti socialiste, une partie de leurs membres et de leurs électeurs sont proches de LFI et très en faveur de l’union de la gauche. Ainsi, les appels du pied dans leur direction émergent des deux côtés : de Raphaël Glucksmann qui affirme au 20 heures que « les Ecologistes ont eu raison avant tout le monde », à Jean-Luc Mélenchon avec son projet d’éco-régions. Posture difficile du faiseur de roi, que le parti va devoir trancher.
Jean-Luc Mélenchon caracole dans les sondages à gauche
A la gauche de la gauche, Jean-Luc Mélenchon et sa machine insoumise sont entrés en campagne en juin dernier et caracolent en haut des sondages, parmi les candidats de leur camp. Adepte d’un ton moins polémique que par le passé, le candidat insoumis veut croire en ses chances d’atteindre le second tour, en réitérant sa stratégie de vote utile à gauche, qui lui avait permis d’atteindre la troisième position en 2022.
François Ruffin, à la tête de son petit parti Debout !, candidat à une éphémère idée de primaire de toute la gauche hors-LFI, est toujours sur la ligne de départ. Le député-reporter fera sa rentrée politique le 2 septembre, lord d’un débat avec Dominique de Villepin, organisé par Libération à l’Académie du climat à Paris.
Les communistes, quant à eux, ont validé en juillet dernier le principe d’une candidature autonome. Sans surprise, c’est Fabien Roussel, le secrétaire national du parti, qui se présente pour la porter. Les communistes voteront sur la candidature de ce dernier du 3 au 6 septembre prochain, quelques jours avant la Fête de l’Humanité, rendez-vous politique de la rentrée à gauche.
Si vous avez les idées claires après ça, bravo, vous êtes équipés pour suivre la campagne présidentielle à gauche. Elle s’annonce, comme souvent, complexe et pleine de rebondissements.