Paris : Press conference and signature during the Summit of the Coalition of the Willing
Credit : Jeanne Accorsini

« Les frappes ukrainiennes font mal parce qu’elles touchent le tissu économique russe » 

Ce lundi, les Etats membres de la "Coalition des volontaires" se réunissent à Kiev dans un contexte d'intensification de la guerre contre la Russie, quatre ans et demi après son déclenchement en 2022. Alors que l'Ukraine cherche à acquérir davantage d'armes pour frapper loin en Russie, le Général Jérôme Pellistrandi, rédacteur en chef de la revue Défense nationale, fait un point sur l’état des forces en présence.
Steve Jourdin

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Quel est aujourd’hui le rôle de la coalition des volontaires qui se retrouve ce lundi, alors qu’elle avait d’abord été imaginée pour préparer un éventuel cessez-le-feu ? 

On est dans une situation complexe. Vladimir Poutine n’est pas dans un esprit d’apaisement : il est toujours dans la volonté de faire capituler l’Ukraine. Sur le terrain, la Russie ne parvient pas à enfoncer les lignes de défense ukrainiennes, mais Poutine punit la population.  

Les frappes vont maintenant s’intensifier, notamment contre les infrastructures énergétiques, alors que l’hiver arrive. Cette réunion est donc importante pour montrer que la coalition des volontaires est toujours là malgré le retrait progressif des Américains.  

Précisément, alors que Washington réduit son engagement, les Européens peuvent-ils réellement se substituer aux États-Unis dans le soutien militaire à l’Ukraine ? 

C’est compliqué à affirmer, notamment parce que les États-Unis continuent de fournir du renseignement. Aujourd’hui, la problématique centrale est celle de la défense antimissile. Les Ukrainiens ont des capacités antidrones, mais face aux missiles balistiques russes, ils sont dans une forme d’impasse temporaire. C’est particulièrement important alors que Zelensky estime qu’il ne recevra que 264 missiles Patriot en 2026 et en réclame au moins 300 supplémentaires pour l’hiver. Il s’agit des missiles américains, mais l’aide des Européens est aujourd’hui indispensable. Certaines sources affirment que la Russie est capable de produire 100 nouveaux missiles balistiques par mois, ce qui est considérable.  

Pourquoi l’Europe n’est-elle toujours pas capable, après quatre ans et demi de guerre, d’assurer seule la défense de l’Ukraine contre les missiles balistiques russes ? 

Parce qu’abattre un missile balistique est extrêmement complexe : ce sont des technologies de très haut niveau. La défense antibalistique est d’ailleurs devenue un nouvel enjeu pour nous aussi, Européens, dans l’éventualité d’une confrontation de haute intensité contre la Russie. Mais il faut mesurer le chemin parcouru depuis le début de la guerre : on est passé de la fourniture de casques à celle de missiles, dans un environnement militaire très imprévisible. 

La France promet de nouveaux intercepteurs à Kiev : peut-elle aller plus loin sans affaiblir ses propres stocks ? 

L’objectif est de permettre d’augmenter le nombre de missiles envoyés à l’Ukraine. Il y a aujourd’hui une accélération de la production de missiles en France, notamment pour reconstituer nos stocks. Mais faut-il aller plus loin ? Nous ne connaissons pas officiellement l’état exact de nos stocks, il n’y aura pas de communication là-dessus, donc nous ne pouvons que spéculer.  

Ce qu’il faut noter c’est qu’on donne désormais aux Ukrainiens la possibilité de fabriquer sur leur propre sol des missiles à haute valeur ajoutée. Cela prend du temps : il faut recruter du personnel, le former et mettre en place les chaînes d’assemblage. Les choses se mettent doucement en place. Militairement, cela témoigne d’une évolution très rapide de l’industrie ukrainienne. 

L’Ukraine multiplie les frappes en profondeur contre les infrastructures économiques et logistiques situées en Russie. Pour quelle efficacité ? 

Les dernières frappes ukrainiennes sont beaucoup plus fortes que par le passé. Elles font mal parce qu’elles touchent le tissu économique russe, même si Kiev fait des efforts pour éviter les pertes collatérales côté russe. Ces attaques affaiblissent le potentiel économique de la Russie, mais elles fragilisent aussi le discours de Poutine : les Russes voient désormais directement sur leur territoire les conséquences de la guerre. 

La coalition avait au départ été pensée dans la perspective d’un cessez-le-feu : son évolution actuelle signifie-t-elle que les Européens ne croient plus à une négociation rapide ? 

Nous sommes clairement dans l’enlisement, et l’hiver arrive ce qui va encore figer les positions. La problématique est aujourd’hui du côté de la Russie. Zelensky est prêt à faire des concessions, notamment à geler la ligne de front, mais Poutine reste dans une logique de capitulation de l’Ukraine. Le rôle des Européens est donc de continuer à soutenir l’Ukraine face à cette situation. On peut parier que l’Ukraine et la Russie seront au cœur de la prochaine élection présidentielle en France, autour de deux questions : quelle Europe veut-on, et quelle défense de l’Europe veut-on ?  

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