Mélenchon dans la course au second tour ? À moins d’un an de l’élection présidentielle de 2027, la rentrée politique s’annonce déjà sous le signe des sondages. Pendant que les Français prolongent encore, pour certains, les vacances et que les partis organisent leurs traditionnelles universités d’été, les prétendants à l’Élysée scrutent les premières tendances. Et le dernier sondage Toluna Harris Interactive pour M6 et RTL, publié ce lundi 24 août, fait émerger un scénario : Jean-Luc Mélenchon pourrait accéder au second tour face à Marine Le Pen.
Selon les configurations testées, Jean-Luc Mélenchon recueille 16 ou 17 % des intentions de vote, suffisamment pour se hisser au second tour dans trois scénarios sur cinq. Dans l’hypothèse où Raphaël Glucksmann, Édouard Philippe et Gabriel Attal sont tous candidats, le leader de LFI obtient 16 %, devant Édouard Philippe (14 %), Gabriel Attal (11 %) et Raphaël Glucksmann (10 %). Il atteint 17 % dans deux autres scénarios, devant Gabriel Attal (15 % puis 14 %) et Raphaël Glucksmann (11 %) ou François Hollande (8 %). Une dynamique qui donne du crédit à la stratégie de Jean-Luc Mélenchon, qui affirmait dimanche aux Amfis (Universités d’été de la France insoumise) que « la victoire est possible ». Mais les politologues se montrent plus prudents.
Pour Bruno Cautrès, chercheur au CNRS et au CEVIPOF, Mélenchon « conforte une bonne assise ». Le politologue estime que sa qualification « fait partie des scénarios plausibles ». Il nuance toutefois l’idée d’une véritable « remontada », la comparaison avec la précédente enquête montre davantage « la stabilité » qu’une forte progression.
Marine Le Pen conserve une avance spectaculaire
La principale donnée du sondage reste toutefois la domination de Marine Le Pen. La candidate du RN recueille entre 35 et 38 % selon les scénarios, soit près de 20 points de plus que ses principaux poursuivants. Un écart « impressionnant », selon Bruno Cautrès, « Il est rare d’avoir dans des enquêtes d’intention de vote un écart de 20 points de pourcentage. »
La condamnation de Marine Le Pen dans l’affaire des assistants parlementaires européens et l’incertitude sur son éligibilité ne semblent, pour l’heure, pas entamer son socle électoral. « Son électorat n’en tient pas compte », constate Bruno Cautrès, qui y voit le signe d’une aspiration à « un changement important dans le pays ». Marine Le Pen bénéficie par ailleurs d’un socle électoral déjà éprouvé par les urnes. Elle avait obtenu 41,45 % des suffrages au second tour de la présidentielle de 2022. Jean Chiche, chercheur au CEVIPOF, invite cependant à regarder d’abord les résultats électoraux : « Il y a un parti qui a le vent en poupe et c’est le RN qui consolide son socle. »
Edouard Philippe pénalisé par la dispersion
Le sondage révèle également une fragilisation d’Édouard Philippe. L’ancien Premier ministre reste proche de Mélenchon dans plusieurs configurations et se retrouve même à égalité avec lui à 17 % lorsque Gabriel Attal n’est pas candidat. Il peut toutefois monter à 19 % dans un scénario plus favorable, avec le retrait de Gabriel Attal et Raphaël Glucksmann.
Cette dispersion préoccupe l’ancien Premier ministre, qui appelle la droite et le centre à se rassembler. Pour Jean Chiche, Édouard Philippe connaît néanmoins « quelques mois » de baisse dans les enquêtes. Bruno Cautrès relève lui aussi une légère érosion, tout en soulignant qu’elle ne profite pas automatiquement à Gabriel Attal. Les deux candidats pourraient disposer de réservoirs électoraux différents.
Des sondages encore très fragiles
Les spécialistes refusent toutefois d’y voir une photographie fiable de mai 2027. L’offre électorale est encore très éclatée et plusieurs candidatures restent incertaines. « Les gens ne sont pas dans le mood politique, mais plus dans la préparation de la rentrée scolaire », rappelle Jean Chiche. Selon lui, les vacances peuvent également modifier temporairement l’humeur des Français, comme le montrent certains baromètres de confiance. Surtout, l’offre électorale est encore loin d’être stabilisée. « Sondage politique, ça n’a pas de sens à tant de mois de l’échéance alors qu’on n’a pas d’offre électorale précise », juge-t-il.
Jean Chiche rappelle qu’une trentaine de candidatures sont aujourd’hui évoquées ou recensées. Une fragmentation qui pourrait mécaniquement modifier les équilibres. « Ça a un effet arithmétique », explique-t-il, rappelant que la présidentielle de 2002, avec ses 16 candidats, avait déjà été marquée par une dispersion importante des voix et la qualification surprise de Jean-Marie Le Pen. Jean Chiche estime ainsi qu’un sondage réalisé à ce stade « n’a pas de sens » tant que « l’offre électorale » n’est pas stabilisée. Il souligne également l’effet mécanique de la multiplication des candidats, plus ils sont nombreux, plus les voix se dispersent.
Bruno Cautrès partage cette prudence et appelle à « attendre le casting final ». Les prochains mois devraient provoquer un « écrémage des candidatures » et modifier sensiblement les rapports de force.
Le duel Le Pen-Mélenchon devient plausible
À ce stade, une conclusion se dessine néanmoins, le duel entre Marine Le Pen et Jean-Luc Mélenchon n’est plus une hypothèse théorique. Le sondage ne permet évidemment pas de prédire le résultat de mai 2027. Il montre en revanche que, dans un paysage politique éclaté, Jean-Luc Mélenchon dispose aujourd’hui d’un niveau de soutien qui lui permet d’envisager la qualification.
Mais Marine Le Pen reste, de très loin, la mieux placée. Et derrière elle, la bataille pour la deuxième place est loin d’être jouée. Édouard Philippe, Gabriel Attal, Raphaël Glucksmann, Bruno Retailleau et les autres prétendants doivent encore transformer leurs candidatures en dynamiques électorales. À gauche, l’absence de candidat commun entretient la dispersion. Au centre et à droite, la multiplication des candidatures pourrait également coûter cher. « Il faut avoir du recul », conclut Bruno Cautrès.