Macron en chef de guerre pour frapper le régime syrien
Emmanuel Macron a pour la première fois ordonné une opération militaire d'envergure en décidant de mener des frappes, avec Washington et Londres...

Macron en chef de guerre pour frapper le régime syrien

Emmanuel Macron a pour la première fois ordonné une opération militaire d'envergure en décidant de mener des frappes, avec Washington et Londres...
Public Sénat

Par Jérôme RIVET, Daphné BENOIT

Temps de lecture :

5 min

Publié le

Mis à jour le

Emmanuel Macron a pour la première fois ordonné une opération militaire d'envergure en décidant de mener des frappes, avec Washington et Londres, contre le régime syrien de Bachar al-Assad, responsable selon lui d'une attaque à l'arme chimique le 7 avril.

"Nous ne pouvons tolérer la banalisation de l'emploi d'armes chimiques", a annoncé le chef de l'Etat peu avant 03H30, une demi-heure après l'annonce de fortes explosions dans la capitale syrienne Damas.

Ces derniers jours, le président de la République avait déployé une intense activité diplomatique, multipliant les entretiens téléphoniques, notamment avec ses homologues américain Donald Trump et russe Vladimir Poutine.

Pour le chef de l'Etat, "les faits et la responsabilité du régime syrien ne font aucun doute" concernant la mort "de dizaines d'hommes, de femmes et d'enfants" dans une attaque "à l'arme chimique" le 7 avril à Douma.

Photo de la réunion d'Emmanuel Macron avec ses principaux conseillers diplomatiques et militaires au PC Jupiter de l'Elysée, le 14 avril 2018, obtenue sur le compte twitter de l'Elysée
Photo de la réunion d'Emmanuel Macron avec ses principaux conseillers diplomatiques et militaires au PC Jupiter de l'Elysée, le 14 avril 2018, obtenue sur le compte twitter de l'Elysée
French Presidency/AFP

"La ligne rouge fixée par la France en mai 2017 a été franchie. J'ai donc ordonné aux forces armées françaises d'intervenir cette nuit, dans le cadre d'une opération internationale (...) dirigée contre l'arsenal chimique clandestin du régime syrien", précise-t-il dans un communiqué diffusé dans la nuit.

Le président a ensuite publié sur Twitter des messages en français, anglais et arabe avec une photo le montrant en train de présider une réunion dans le PC Jupiter, le poste de commandement de l'Elysée. Il est entouré de la ministre des Armées Florence Parly et de ses principaux conseillers diplomatiques et militaires.

Emmanuel Macron aura l'opportunité d'expliquer sa décision au cours de l'interview programmé dimanche soir sur BFMTV, RMC et Mediapart.

En attendant, c'est le chef de la diplomatie Jean-Yves Le Drian qui a fait une déclaration pour justifier une opération "légitime", "proportionnée et ciblée".

S'exprimant à ses côtés, Mme Parly a indiqué que la France avait mobilisé à la fois des frégates multimissions en Méditerranée et des avions de chasse pour frapper. Ces appareils - cinq Rafale, quatre Mirage 2000, deux Awacs et cinq avions ravitailleurs - ont décollé de plusieurs bases aériennes de l'Hexagone.

Les 12 missiles tirés par la frégate engagée et les avions ont visé un site de production et un site de stockage d'armes chimiques dans la région de Homs, selon l'Elysée.

- Le Parlement informé -

Près d'un an après son élection, Emmanuel Macron endosse ainsi pour la première fois ses habits de chef de guerre pour ordonner une opération, après avoir hérité de celles contre les jihadistes au Levant (Chammal) et au Sahel (Barkhane).

Il n'avait guère laisser planer de doutes sur ses intentions de réagir militairement après l'attaque du 7 avril qui correspondait, selon lui, à la "ligne rouge" qu'il avait fixée, à savoir une attaque chimique présentant un caractère "létal" et pour laquelle la responsabilité du régime était "avérée".

Frappes en Syrie
Localisation des frappes de samedi en Syrie
AFP

Après une précédente attaque chimique attribuée au régime en septembre 2013, la France, sous la présidence de François Hollande, avait déjà souhaité intervenir en Syrie avant de renoncer en raison d'une volte-face du président américain Barack Obama.

Dans son communiqué, Emmanuel Macron souligne que les priorités de la France restent inchangées en Syrie, à savoir "terminer la lutte contre Daech (acronyme arabe de l'organisation Etat islamique, ndlr), permettre l'accès de l'aide humanitaire aux populations civiles et enclencher une dynamique collective pour parvenir à un règlement politique du conflit". "Je poursuivrai ces priorités avec détermination dans les jours et les semaines à venir", assure-t-il.

M. Macron doit se rendre dans les prochaines semaines aux Etats-Unis, puis en Russie.

Le chef de l'Etat annonce aussi que, conformément à la Constitution, "le Parlement sera informé et un débat parlementaire sera organisé, suite à cette décision d'intervention de nos forces armées à l'étranger". Edouard Philippe a informé dans la nuit les présidents des deux chambres du Parlement.

Bruno Retailleau, chef de file des sénateurs LR, s'est déclaré "inquiet" des frappes, car "ajouter la guerre à la guerre n'a jamais fait avancer la paix". "Cette démonstration de force ponctuelle risque d'alimenter le terrorisme", craint-il.

Marine Le Pen, présidente du FN, a estimé qu'avec les frappes, la France perdait "une occasion d'apparaître sur la scène internationale comme une puissance indépendante".

"Les frappes contre la Syrie se font sans preuve, sans mandat de l'ONU et contre elle, sans accord européen et sans vote du Parlement français", s'est emporté Jean-Luc Mélenchon, chef de file de La France Insoumise.

Mais pour Christophe Castaner, patron de LREM, "la France ne pouvait se tenir aveugle et muette face à cette barbarie".

Jean-Christophe Lagarde, président de l'UDI, et Olivier Faure, Premier secrétaire du PS, ont également apporté leur soutien à cette opération.

Partager cet article

Dans la même thématique

NANTES:Franco-German summit in Nantes
8min

Politique

« Une épouvantable tragédie » : le tandem Chirac-Jospin face au 11 septembre 2001

Vingt-cinq ans après, les images sont restées intactes. Le 11 septembre 2001, alors que les Etats-Unis étaient frappés par les attentats d’Al-Qaida, Jacques Chirac se trouvait à Rennes et Lionel Jospin à Matignon. A sept mois de l’élection présidentielle, et dans un contexte de cohabitation, les deux têtes de l’exécutif français ont dû organiser, dans l’urgence, la réponse d’un pays qui n’était pas directement attaqué mais qui avait déjà été confronté à plusieurs vagues d’attentats sur son propre territoire.

Le

FRA – AN – ASSEMBLEE – COMMISSION AUDITION AURORE BERGE
6min

Politique

« Grand remplacement » : une théorie « raciste », rappellent les historiens à Aurore Bergé

La ministre chargée de la Lutte contre les discriminations, Aurore Bergé, a suscité la polémique au sein même de son propre camp, en refusant de qualifier de « raciste » la théorie du grand remplacement conceptualisée par l'essayiste d'extrême droite Renaud Camus. La ministre a néanmoins qualifié la théorie de « mensongère », a affirmé qu'elle entendait la combattre, et estimé que le débat sur ce sujet « faisait partie de la liberté d'expression ». Une position intenable pour l'historien de la colonisation Nicolas Bancel, qui rappelle que « la composante raciale » est au cœur de cette théorie.

Le

Paris : Présidentielle 2027 Bruno Retailleau
2min

Politique

Sénatoriales dans les Bouches-du-Rhône : « Coup de poignard », rien ne va plus entre Bruno Retailleau et ses alliés centristes

En choisissant de soutenir Valérie Boyer (LR), candidate à sa réélection dans les Bouches-du-Rhône, le président des Républicains, Bruno Retailleau, s'est attiré les foudres de ses alliés centristes au Sénat qui lui rappellent que la sénatrice Brigitte Devésa conduit une liste d'union de la droite et du centre dans le département. Le choix de Bruno Retailleau est qualifié de « coup de poignard » par le compte X des sénateurs centristes.

Le

Le Sénat
16min

Politique

Recul des LR, arrivée d’un groupe RN et la gauche qui veut limiter la casse : les enjeux des sénatoriales

Le Sénat ne devrait pas connaître de grand bouleversement après les élections sénatoriales du 27 septembre, avec le maintien d’une majorité de droite et du centre pour Gérard Larcher, où le groupe Union centriste pourrait cependant voir son poids renforcé. Mais les sénateurs se préparent à une petite révolution : l’arrivée possible du premier groupe RN. A gauche, PS et Écologistes espèrent limiter la casse par des accords « gagnant-gagnant ».

Le