C’est la dernière ligne droite avant les sénatoriales. Le dimanche 27 septembre, les grands électeurs sont appelés à élire 178 sénateurs sur les 348 que compte le Sénat. La Haute assemblée est en effet renouvelée tous les trois ans, par moitié (voir la liste des départements concernés). Les sénateurs sont élus pour un mandat de six ans.
Composés à 95 % des conseillers municipaux et de leurs délégués, les grands électeurs sont au nombre de 93.469 exactement pour cette série. Dans ce scrutin au suffrage universel indirect, on comprend pourquoi les dernières municipales de mars dernier préfigurent les grands rapports de force au Palais de Marie de Médicis.
Mais la couleur politique ne fait pas tout. Car dans les 36.000 communes de France, beaucoup d’élus sont non encartés, donnant une part d’incertitude, comme dans toute élection. Dans ce scrutin un peu à part, la dimension personnelle joue plus que jamais. Les candidats, souvent eux-mêmes élus locaux et bien implantés, ont une connaissance souvent intime de leurs électeurs. Ils passent le mois de septembre sur les routes de leurs départements, pour aller la rencontre de tous les maires, ou presque.
Si l’élection se joue parfois à quelques voix, donnant quelques surprises, chaque groupe politique fait ses calculs et projections, avant le scrutin. Et si les choses bougent toujours doucement aux sénatoriales – le mode de scrutin et une surreprésentation des territoires plus ruraux, où la droite est mieux implantée, tempère les tendances politiques nationales – des changements sont attendues. Les rapports de force devraient un peu évoluer. On fait le point.
-
Pour le groupe LR, la perte de quelques sièges pourrait faire évoluer les rapports de force au sein de la majorité sénatoriale
Premier groupe du Sénat et cœur de la majorité sénatoriale du président de la Haute assemblée, Gérard Larcher, les LR abordent le scrutin avec une double conviction : ils resteront le premier groupe de la Haute assemblée, mais ils risquent aussi, très certainement, de perdre quelques sièges. La faute aux municipales, où LR et ses alliés locaux ont perdu Nice, Menton, Nîmes. Dans le Sud, LR recule, au profit du RN ou de l’UDR d’Eric Ciotti. Mais Toulon n’est pas passé dans les mains du RN. Si bien qu’après les municipales, les LR espéraient limiter la casse.
« En début d’année, on avait fait une projection avec une réduction du groupe LR de 9 ou 10 sièges », nous expliquait fin mars le sénateur Roger Karoutchi, président de la commission nationale d’investiture LR. Mais ça, c’était avant des municipales où la droite a tenu dans les villes moyennes. « On est plutôt maintenant sur 3 ou 5 sièges perdus », soutenait le sénateur LR des Hauts-de-Seine. Avec actuellement 131 membres, le groupe voit 77 sièges renouvelés, soit plus de la moitié (59 %).
Mais comme à chaque scrutin, la difficulté pour la droite vient de ses propres rangs, avec la division. C’est le lot de toutes les sénatoriales et le cru 2026 n’y coupe pas. Les listes dissidentes risquent de faire perdre des sièges aux LR, même si la division est aussi parfois organisée pour mieux assurer le renouvellement des sortants.
La droite part ainsi divisée dans le Rhône, où on compte deux listes officielles, une liste LR dissidente, une liste Nouvelle énergie, sans oublier une liste de centre droit. Dans les Bouches-du-Rhône, après un faible score des LR à Marseille, on compte une liste UDI/Renaissance (avec Renaud Muselier)/LR, mais aussi deux listes dissidentes LR, dont celle de la sortante Valérie Boyer, qui a cependant finalement reçu le soutien de Bruno Retailleau… En Haute-Garonne, le soutien officiel de LR à la liste menée par le sortant Horizons, Pierre Médevielle, n’a pas plu à l’ex-responsable LR du département, Christine Gennaro-Saint, qui a lancé sa propre liste.
Derrière, c’est le rapport de force de la majorité sénatoriale qui se joue. Car si l’Union centriste, l’autre pilier de la majorité, augmente pendant que la droite baisse, ce qui est possible, les LR perdront en poids et influence, tout en restant le premier groupe. Ce qui pourrait les pousser à élargir la majorité en se tournant vers le groupe Les Indépendants, à majorité Horizons…
-
PS : entre léger recul et « stabilité », les socialistes espèrent tenir leur rang
C’est le premier groupe de gauche et second groupe, en taille, de la Haute assemblée. Mais comme les LR, les socialistes sont confrontés à un risque de légères pertes. Composé aujourd’hui de 64 membres, le groupe socialiste, écologiste et républicain compte 31 sénateurs renouvelables, soit 47 % du groupe concerné.
Début avril, le patron des sénateurs PS, Patrick Kanner, pariait au mieux sur « la stabilité » du groupe, sur un recul de « 5 sièges » en cas de scénario noir qui se traduirait par une « perte sensible », ou un scénario intermédiaire, qui se situerait quelque part au « milieu ».
Comme à chaque scrutin, le PS s’est tourné vers ses alliés habituels, communistes et surtout Ecologistes. Mais l’accord global, qui ne vaut pas pour tous les départements, a failli voler en éclat au dernier moment. Car la seconde place, éligible, réservée en Seine-Maritime aux écolos, après un socialiste, a failli être refusée par les socialistes locaux, autour du maire de Rouen, Nicolas Mayer Rossignol, opposant interne d’Olivier Faure. Les Ecologistes menaçaient eux d’éjecter dans le Rhône Hélène Geoffroy, tenante d’une ligne très sociale-démocrate au PS. L’affaire est finalement rentrée dans l’ordre, sauvant l’accord, qui se veut gagnant-gagnant, entre socialistes et écologistes.
De quoi permettre de se maintenir à plus de 60 sénateurs ? L’enjeu n’est pas mince. C’est le nombre de sénateurs requis pour pouvoir déposer un recours devant le Conseil constitutionnel. A 60 ou plus, les socialistes pourront encore le faire seul. Autre enjeu, plus symbolique : rester le deuxième groupe du Sénat, devant les centristes, qui talonnent de près le parti à la rose, avec 59 sénateurs…
Au groupe PS, une élection peut en cacher une autre. Car à peine le 27 septembre passé, les sénateurs auront face à eux un autre scrutin, interne celui-là, pour la présidence du groupe. Face au sortant Patrick Kanner, à la tête du groupe depuis 8 ans, le sénateur PS du Val-d’Oise, Rachid Temal, a annoncé être candidat. Et avant la pause estivale, un troisième larron, avec le sénateur de Moselle, Michaël Weber, nous confiait qu’il « n’exclu(ait) rien »…
-
Vers un premier groupe du RN au Sénat ?
Ce sera sûrement le principal changement, s’il se confirme, de ces sénatoriales. Le Rassemblement national espère créer un groupe politique. Avec seulement 3 sénateurs, le RN part de très loin. La faute à un manque criant d’implantation locale, à l’opposé de ses gros scores au niveau national. Mais petit à petit, l’extrême droite s’implante aussi. Le RN espère tripler son nombre de sénateurs pour ce scrutin, et avec l’appui de l’allié de l’UDR d’Eric Ciotti, pouvoir atteindre le seuil fatidique de 10 sénateurs, nombre nécessaire pour faire un groupe au Sénat.
L’ambition de créer un groupe remonte à il y a un an. « L’objectif a été donné par le bureau exécutif », confiait un député RN en vue à publicsenat.fr, en septembre dernier. « Obtenir un groupe au Sénat serait aussi un rééquilibrage démocratique. Il est anormal que le premier parti de France ne soit toujours pas dignement représenté à la chambre haute », avançait fin mai devant la presse Ludovic Pajot, directeur de campagne. Avant l’été, un parlementaire RN pensait que le parti aurait « entre 9 et 13 sièges. A priori, on fait le groupe ». A noter que dans la Sarthe, Marie-Caroline Le Pen, sœur aînée de Marine Le Pen, est candidate, même si ses chances semblent faibles. Elle compte sur sa liste Virginie de Gaulle, qui est l’arrière-petite-nièce du général de Gaulle.
Un groupe RN au Sénat, ce serait un petit tremblement de terre, dans ce palais davantage habitué aux batailles plus feutrées et aux changements progressifs. Pour Marine Le Pen, ce serait aussi un symbole et un signal forcément à son avantage, à sept mois de la présidentielle.
Mais si la surprise… était qu’il n’y en ait pas ? Autrement dit, le RN peut-il échouer, peut-être de peu, à constituer un groupe ? C’est aussi une possibilité. Car pour remporter les sièges qui lui manquent sur le papier, après les municipales, le RN compte sur le vote caché d’une part des grands électeurs, de plus en plus nombreux à aller voter pour lui, au-delà des étiquettes. C’est grâce à ce vote caché qu’Aymeric Durox a eu la surprise d’être élu, en 2023, en Seine-et-Marne.
Cette fois, pour faire la différence, le RN est allé chercher quelques députés, comme Edwige Diaz, en Gironde. C’est l’exemple type. Théoriquement, elle ne peut être élue avec les grands électeurs encartés RN. Il faut donc compter sur son image pour gagner le siège. Une stratégie de fait incertaine. Si les planètes ne s’alignent pas, le RN pourrait avoir quelques déconvenues, et louper le groupe de peu…
-
L’Union centriste pourrait devenir le deuxième groupe du Sénat devant les socialistes et voir son poids renforcé
« Ma petite entreprise, ne connaît pas la crise ». Tel pourrait être le slogan du groupe Union centriste, présidé par l’influent président de l’UDI, Hervé Marseille, qui gère ce groupe charnière en bon père d’une famille centriste plurielle. C’est un peu toute la galaxie centriste qui se retrouve dans le groupe : UDI, Modem, Les Centristes (d’Hervé Morin), ainsi que des membres du bloc central, avec plusieurs sénateurs Horizons et même une Renaissance.
Scrutin après scrutin, la famille s’agrandit et gagne des parts de marché, soit des sénateurs. 7 gagnés en 2017, 3 en 2020, pour atteindre les 54, avant de passer à 57 avant le scrutin de 2023. Après les dernières sénatoriales, perte d’un petit siège pour redescendre à 56, mais le groupe a ensuite gagné des membres durant les trois dernières années, pour atteindre le chiffre de 59 sénateurs.
Au point aujourd’hui de talonner le groupe PS, qui en compte 64. Si bien qu’en cas de recul du groupe PS et de quelques gains pour l’UC, les centristes pourraient prendre la deuxième place, en nombre de sénateurs. Un symbole, qui aurait surtout des conséquences sur les équilibres interne à la majorité sénatoriale. « Quand la gauche perd des sièges et LR perd des sièges, mécaniquement, ça donne plus de présence au groupe central et aux groupes centraux », nous expliquait Hervé Marseille, qui espère que son groupe « pèsera davantage » si ce cas de figure se confirme. Ce qui n’est pas neutre dans la répartition des postes à responsabilité (présidence de commission, délégations) avec les LR, et pour le poids politique des centristes dans les débats parlementaires.
-
« Ressoudé » après le décès de François Patriat, le groupe RDPI devra trouver sa place dans l’après Macron
Pour le groupe Rassemblement des démocrates, progressistes et indépendants (RDPI) du Sénat, c’est une élection pas comme les autres. Car François Patriat, président du groupe macroniste depuis sa création en 2017, est mort au mois d’août. Il avait annoncé ne pas se représenter. Sa disparition a marqué toute la Haute assemblée.
Pour le groupe de 19 membres, qui mêle sénateurs Renaissance et 9 sénateurs des Outre-Mer, il s’agit maintenant de gérer l’après. L’après François Patriat, comme l’après Macron. Car le groupe devra trouver sa place, au moment où le chef de l’Etat va quitter l’Elysée. Alors que certains disaient le groupe menacé, il pourrait trouver une nouvelle force dans l’adversité. « La disparition de François nous ressoude encore plus. Il y a un devoir de mémoire très important », nous expliquait le sénateur Renaissance Martin Lévrier.
Pour prendre la tête du groupe, plusieurs noms circulent : Xavier Iacovelli, sénateur des Hauts-de-Seine et vice-président du Sénat, le sénateur de l’Yonne et ancien ministre, Jean-Baptiste Lemoyne, ainsi que le sénateur de Mayotte, Thani Mohamed Soilihi, lui aussi ancien ministre. « Je n’ai jamais caché mes ambitions », nous confirme Xavier Iacovelli, qui voudrait renommer le groupe, s’il est élu, pour clairement montrer sa « dimension ultramarine ».
-
Espérant « gagner des sièges », Les Indépendants, groupe de Claude Malhuret, pourraient se rapprocher de la majorité de Gérard Larcher
Derrière ce nom, Les Indépendants – République et Territoires, se cache le groupe qui réunit les sénateurs Horizons. Du moins une partie, avec 11 sénateurs du parti d’Edouard Philippe. Les 7 autres sont surtout au groupe centriste.
Pour ce scrutin, le groupe présidé par Claude Malhuret, connu pour ses discours au scalpel où il dépeint sa vision de la classe politique ou internationale, devrait bien s’en sortir, avec 9 sièges renouvelables sur un total de 20. Le sénateur de l’Allier espère même « gagner des sièges ». Avant de faire partie intégrante de la majorité sénatoriale ? Car si Les Indépendants votent pour Gérard Larcher pour le Plateau, soit la présidence du Sénat, ils ne font pas pleinement partie de l’accord qui lie LR et UC pour former la majorité sénatoriale, qui inclut une répartition des postes.
Si les choses changent, elles dépendront des rapports de force au Sénat et de la présidentielle. Si les LR et l’UC n’ont plus la majorité absolue, LIRT pourrait trouver sa place. A moins que la recomposition, qui reprend dans le cadre de la présidentielle, fasse bouger les choses à la Haute assemblée. Du moins dans un second temps. Si Edouard Philippe arrivait à être élu à l’Elysée, on pourrait imaginer les LR se rapprocher davantage d’Horizons. Avant ces scénarios hypothétiques, les mouvements d’Edouard Philippe et de Bruno Retailleau ont déjà opéré l’union pour les sénatoriales, notamment dans leurs départements respectifs. En Seine-Maritime, Horizons est avec LR, tout comme en Vendée, où Bruno Retailleau, candidat à son renouvellement aux sénatoriales, compte sur sa liste la sortante UDI Annick Billon et une suppléante Horizons…
-
Malgré des tensions, Les Ecologistes trouvent un deal avec le PS et espèrent rester stables
Si le PS pourrait perdre quelques plumes, tout en espérant rester stable, le groupe des Ecologistes est logé à la même enseigne pour les sénatoriales. Après la perte de Bordeaux et de Strasbourg, lors des dernières municipales, le groupe écologiste du Sénat craint de perdre « 2 à 3 sièges », en Gironde, dans le Bas-Rhin et peut-être dans le Rhône, nous expliquait son président, Guillaume Gontard. Mais grâce à des « accords intelligents », avec les partenaires de gauche, notamment le PS, ils espèrent compenser.
Un accord a été conclu. Mais tout a failli partir dans le décor. Les tensions sont venues de la Seine-Maritime, où les socialistes locaux, autour du maire de Rouen, Nicolas Mayer Rossignol, n’ont pas voulu concéder la seconde place de la liste aux Ecologistes, comme conclu. Conséquence : les écolos ont menacé de suspendre l’accord, notamment dans le Rhône, avec la seconde place réservée à la socialiste Hélène Geoffroy, derrière le sortant écolo, Thomas Dossus. Après plusieurs réunions de la fédé’ PS de Seine-Maritime, tout est finalement rentré dans l’ordre. « L’accord permet de maintenir le groupe au même nombre et de compenser les trois pertes potentielles », explique Thomas Dossus, qui gère le scrutin pour le parti. Les Ecologistes visent ainsi un siège en Seine-Maritime, en Savoie et en Haute-Garonne.
-
Pour le groupe communiste, un scrutin sans grande difficulté
Avec seulement 4 sénateurs renouvelables sur 18, le groupe CRCE-K (communiste) du Sénat aborde les élections sénatoriales de septembre prochain avec une certaine sérénité. Il espère conserver les sièges de ses quatre sortants, qui sont Jérémy Bacchi, dans les Bouches-du-Rhône, Gérard Lahellec, dans les Côtes-d’Armor, Marie-Claude Varaillas, en Dordogne et de Céline Brulin, en Seine-Maritime.
« L’objectif, c’est de renouveler les quatre sortants et de pouvoir en gagner ailleurs », expliquait fin juin la présidente du groupe communiste, Cécile Cukierman. « Nos quatre sénateurs sortants ont la capacité à être renouvelés, car ce sont quatre sortants qui vont se représenter, et car ils ont fait le travail dans leur département », insistait la sénatrice de la Loire, avant d’ajouter : « Si toutes les planètes sont alignées, nous gagnerons des sièges. L’objectif, c’est de se renforcer et a minima, la stabilité ».
Si le scrutin 2026 s’annonce plus aisé, c’est surtout les sénatoriales de 2029, où 14 siègent seront remis en jeu, qui s’annonce plus ardu. L’Ile de France, le Nord, le Pas-de-Calais, territoires qui abritent plusieurs sénateurs PCF, seront concernés par le renouvellement. Mais d’ici là, il se sera passé beaucoup de choses.
-
« Ça fait 135 ans qu’on résiste ! » : le groupe RDSE vise « la stabilité, voire gagner un petit peu »
Plus vieux groupe de l’histoire du Parlement, le Rassemblement démocratique et social européen (RDSE) voit la moitié de ses 16 sièges remis en jeu lors du scrutin de septembre. Mais sa présidente, la sénatrice PRG (Parti radical de gauche) Maryse Carrère, est confiante. Fort de « ce poids de l’histoire », le groupe, qui mêle radicaux de gauche et de droite, espère la stabilité voire quelques bonnes surprises.
Avec 8 sièges sur 16 concernés par le renouvellement, le groupe joue gros potentiellement. Sur le papier, sa survie est même en jeu, car il faut être 10 au Sénat pour former un groupe. Mais la présidente du groupe RDSE n’est pas inquiète. « Dans tous les cas, le scénario le plus noir ne nous fera pas disparaître », nous assurait Maryse Carrère, « on n’a pas d’inquiétude sur la pérennité du groupe ».