Primaire de gauche : un premier débat à fleurets mouchetés
Le premier débat de la primaire de la Belle alliance populaire n’a pas vu clairement de vainqueur ni de grosse surprise. Manuel Valls était plus à l’aise sur le régalien, Montebourg et Hamon sur l’économie.

Primaire de gauche : un premier débat à fleurets mouchetés

Le premier débat de la primaire de la Belle alliance populaire n’a pas vu clairement de vainqueur ni de grosse surprise. Manuel Valls était plus à l’aise sur le régalien, Montebourg et Hamon sur l’économie.
Public Sénat

Temps de lecture :

7 min

Publié le

Mis à jour le

Dans une campagne express, c’est peu dire que les candidats de la primaire de la Belle alliance populaire misent sur les débats pour faire la différence. La première confrontation, en direct jeudi soir, organisée par TF1, RTL et L’Obs, avec Public Sénat et LCI en partenaires, a au moins eu le mérite de rappeler les lignes de chacun des sept candidats : Jean-Luc Bennahmias, Benoît Hamon, Arnaud Montebourg, Vincent Peillon, Silvia Pinel, François de Rugy et Manuel Valls. Après 2h30 d’émission, il n’a cependant pas répondu à toutes les attentes. Plutôt qu’un réel débat, chaque candidat est resté dans son couloir, à quelques exceptions près. Les échanges sont restés courtois, le ton maîtrisé.

Difficile de défendre le bilan de Hollande

Manuel Valls n’a pas été à son aise durant la première partie sur l’économie, plus favorable à Arnaud Montebourg, Benoît Hamon. L’ex-premier ministre socialiste a justifié le bilan du quinquennat Hollande en la matière, position difficile. Il s’est rattrapé sur les questions régaliennes avec la lutte contre le terrorisme. Benoît Hamon, avec sa proposition du revenu universel qui fait débat, a joué la carte du candidat clairement à gauche. « Il faut une gauche qui s’assume » dit-il et « tournée vers le futur ». Arnaud Montebourg joue sur le même terrain du candidat marqué à gauche. Il a pu dérouler ses propositions tout en se démarquant sur la question de l’Europe, avec un retour des contrôles aux frontières et une dénonciation des critères de stabilité budgétaire. Vincent Peillon a pu, comme l’espérait ses soutiens avant le débat, se révéler en profitant de sa clarté, de son éloquence et de sa pédagogie, à l’exception d’une expression mal venue en parlant d’un militaire « d’origine musulmane ». Il veut être « le cœur de la gauche », entre les frondeurs et la droite du parti qu’incarnerait Valls.

Des trois « petits » candidats, François de Rugy (Parti écologiste) est celui qui s’en est le mieux sorti, par un discours précis. La prestation de Silva Pinel (PRG) a cruellement manqué de relief, donnant souvent l’impression de réciter. Mais dans ce débat, c’est Jean-Luc Benhamias (Front démocrate) qui a le plus surpris, à l’image de Jean-Frédéric Poisson pour la primaire de droite. Limite surréaliste parfois, le candidat a surpris par ses propos ou sa blague ratée sur Ségolène Royal.

Débat autour du revenu universel de Hamon

LA mesure qu’on retient de Benoît Hamon, c’est le revenu universel. Un exploit, vu la rapidité de la campagne. Les attaques de ses concurrents y ont contribué. Ils lui reprochent son coup et inciterait à la paresse. « Quand Michel Rocard a mis en place le RMI, on entendait des arguments semblables » souligne Benoît Hamon. Il défend ce « nouveau pilier de la protection sociale que nous devons à cette nouvelle génération ».

Benoît Hamon sur le revenu universel
02:05

Valls, lui succède, en mode rassembleur : « Ici, je n’ai pas d’adversaires, encore moins d’ennemis ». Mais il insiste plutôt sur « une société du travail » et préfère « un revenu décent », « sous conditions de ressources, en lien avec le travail ».

Manuel Valls: "Je veux une société du travail "
01:43

Vincent Peillon tacle clairement le revenu universel, « ce n’est pas ce qui peut créer des emplois ». L’ancien ministre de l’Education veut « sortir d’une société d’héritiers » pour aller vers « une société du travail ». François de Rugy prend le contre pied et dénonce « certains candidats » qui annoncent « des dépenses supplémentaires à tout va », « après, les Français vont sortir leur carnet de chèques », « les classes moyennes vont payer la différence ».

Arnaud Montebourg propose lui « un plan de croissance » et entend « redonner du pouvoir d’achat ». Son idée ? « Abaisser la CSG pour une personne au Smic, pour donner un 13e mois ». « La feuille de paie, c’est la clef du redémarrage » dit l’ex-ministre de l’Economie. Il veut fondre l’impôt sur le revenu et la CSG, réforme avortée du quinquennat. Il entend abroger la loi travail, tout comme Benoît Hamon. Silvia Pinel mise pour sa part sur le soutien aux « TPE, PME, artisans et commerçants ».

Robots

On continue sur la fiscalité. « Nous devons la penser différemment » selon Benoît Hamon. Face « aux algorithmes et machines qui se substituent dans les entreprises de service au travail humain », il veut « une transformation de la fiscalité », soit au final « faire payer les robots ». Vincent Peillon l’allume : « Je ne crois pas que la gauche pourra gagner et battre la droite si elle arrive en disant « plus de croissance, plus d’emplois, 400 milliards d’impôts de plus, et je vais taxer les robots ». (…) Les robots c’est délocalisable ». Regardez :

Peillon : « Les robots c’est délocalisable »
01:03

Toujours côté impôts, Arnaud Montebourg veut augmenter la fiscalité « sur les profits et les supers profits des banques » tout en diminuant le CICE. Le chantre du made in France propose « la société des trois contrats : contrat de travail, de formation, d’activité ». Sur l’Europe, il lance : « L’objectif des 3% n’est pas pour mois pas un objectif politique, (…) c’est une règle absurde qui n’a pas de réalité économique, (…) il faut accepter une partie de confrontation avec l’Union européenne ».

Sur la lutte contre le terrorisme, Manuel Valls semble retrouver sa verve

Sur les questions de lutte contre le terrorisme, Manuel Valls semble retrouver sa verve. « Nous sommes en guerre » dit-il comme il l’a répété de nombreuses fois à l’Assemblée ou au Sénat. « On sait à quoi on se prépare et moi j’y suis prêt ». Il profite à plein de son statut d’ex-premier ministre. L’état d’urgence, il est prêt à le prolonger « autant que nécessaire ». L’ex-premier flic de France est là. « Je reste marqué par mon propre discours » après les attentats dit même Manuel Valls, qui ajoute, au risque d’en faire trop : « Ici, je suis Charlie et je serai toujours Charlie ».

Fait rare, Arnaud Montebourg remercie François Hollande sur son action contre le terrorisme. Il veut remplacer l’état d’urgence par « un état de protection permanent » et veut créer un parquet national à l’antiterrorisme.

A l’évocation de la déchéance de nationalité, une petite passe d’armes arrive entre Benoît Hamon et l’ex-premier ministre. Le premier était opposé à la mesure. Regardez :

Benoît Hamon et Manuel Valls s'opposent sur la déchéance de nationalité
02:16

« Nous sommes sept petits candidats. Aucun d’entre nous n‘est qualifié pour le second tour de la présidentielle… »

Les institutions ont occupé la fin du débat. Benoît Hamon veut associer les citoyens à la fabrication de la loi, la reconnaissance du vote blanc. De Rugy la proportionnelle, la vrai parité et le vote obligatoire. Vincent Peillon milite aussi pour la proportionnelle intégrale à l’Assemblée et dans les régions, le mandat unique, que les citoyens soient associés « non pas  la fabrication de la loi, ce n’est pas leur rôle, mais à l’application de la loi ». Arnaud Montebourg peut ressortir sa VIe République pour laquelle il milite depuis longtemps, « instaurée par référendum dès l’automne 2017 ». Il propose « le tirage au sort des citoyens qui entreront au Sénat et seront sénateurs pendant 6 ans ».

Montebourg: "Instituer une 6ème République par référendum"
01:04

Pour les candidats de la primaire, ce n’est pas encore le tirage au sort. Il reste deux débats avant le premier tour du 22 janvier pour les départager. « La présidentielle, ce n’est pas un concourt hippique, un jeu de petits chevaux » avertit Manuel Valls. Jean-Luc Benhamias a mis tout le monde d’accord à sa manière : « Nous sommes sept petits candidats. Aucun d’entre nous n‘est qualifié pour le second tour de la présidentielle… »

Partager cet article

Dans la même thématique

Primaire de gauche : un premier débat à fleurets mouchetés
2min

Politique

HEC Débats – Public Sénat : l'entretien avec Jean-Luc Mélenchon

Candidat pour la quatrième fois à l'élection présidentielle, Jean-Luc Mélenchon est l'invité d'HEC Débats ce lundi 5 octobre, en partenariat avec Public Sénat. Programme économique, jeunesse, mobilisation lycéenne, présidentielle 2027 : une rencontre animée par les étudiants, à suivre en direct sur publicsenat.fr et sur YouTube.

Le

PARIS: MEDEF, La REF Numerique 2024
8min

Politique

[Info Public Sénat] Christine Lavarde rapporteure générale du budget, vice-présidences et questeurs : les postes clefs du Sénat dévoilés

La sénatrice LR des Hauts-de-Seine, Christine Lavarde, remporte le scrutin interne au groupe LR pour le poste de rapporteur du budget. Le premier vice-président LR désigné est Roger Karoutchi, qui a déjà occupé le poste. Laurence Garnier, une proche de Bruno Retailleau, remporte l’autre vice-présidence LR. Côté PS, c’est Thierry Cozic qui sera le nouveau président de la commission des finances.

Le

FRANCE – BLOCUS DES LYCEES PARISIENS
7min

Politique

Nouvelle loi « casseurs-payeurs » : un effet d'annonce ou un nouveau régime juridique de responsabilité civile ?

En réponse aux violences et dégradations commises en marge du blocus lycéen, le gouvernement a décidé d'accélérer le calendrier d'examen au Sénat d'un texte visant à décliner le principe « tu casses, tu payes ». Un principe qui s'appliquerait même aux participants à une manifestation qui n'auraient pas commis eux-mêmes les dégradations. Un avis récent du Conseil d'État a encadré juridiquement le projet de loi afin d'éviter une censure du Conseil constitutionnel.

Le

Primaire de gauche : un premier débat à fleurets mouchetés
2min

Politique

Blocage des lycées : « La réponse à la mobilisation lycéenne ne peut pas être uniquement la répression », martèle Éric Coquerel

Invité de la matinale de Public Sénat « Bonjour chez vous », Éric Coquerel, député La France insoumise et président de la commission des finances de l’Assemblée nationale, est revenu sur la mobilisation des lycéens et les blocages qui se poursuivent. Il appelle le gouvernement à privilégier le dialogue plutôt que la répression.

Le