Rugy innocenté? Les enquêtes de l’Assemblée et du gouvernement sur la table
François de Rugy, poussé à la démission par des révélations sur ses dîners fastueux à l'Hôtel de Lassay et les travaux dans son logement de...

Rugy innocenté? Les enquêtes de l’Assemblée et du gouvernement sur la table

François de Rugy, poussé à la démission par des révélations sur ses dîners fastueux à l'Hôtel de Lassay et les travaux dans son logement de...
Public Sénat

Par Anne Pascale REBOUL

Temps de lecture :

4 min

Publié le

François de Rugy, poussé à la démission par des révélations sur ses dîners fastueux à l'Hôtel de Lassay et les travaux dans son logement de fonction, sera-t-il blanchi une semaine après? Les conclusions des enquêtes lancées par l'Assemblée et le gouvernement doivent être rendues publiques mardi.

La petite dizaine de dîners épinglés par Mediapart, lorsque l'ex-ministre de la Transion écologique présidait l'Assemblée en 2017-2018, étaient tous d'ordre "professionnel", avec journalistes et personnalités de la société civile, sait-on déjà de source proche de cette enquête demandée par l'intéressé lui-même.

Le montant des travaux à l'Hôtel de Roquelaure - 63.000 euros dont 17.000 pour un dressing - était lui aussi justifié, dans un bâtiment du XVIIIe siècle nécessitant des prestataires spécialisés, d'après Le Parisien. Commandes, devis, factures: rien ne serait irrégulier au vu de cette inspection commandée par le Premier ministre.

Le co fondateur et président de Mediapart, Edwy Plenel (G)  et le journaliste du journal en ligne Fabrice Arfi (D), à Paris, le 2 juillet 2019
Le co fondateur et président de Mediapart, Edwy Plenel (G) et le journaliste du journal en ligne Fabrice Arfi (D), à Paris, le 2 juillet 2019
AFP/Archives

Ces révélations par Mediapart, ainsi que sur l'utilisation de frais de mandat pour payer des cotisations à son parti en 2013-2014, ont conduit le numéro deux du gouvernement à démissionner mardi dernier, tout en continuant de clamer son innocence.

"La clarté sera faite dans les prochains jours", a promis Emmanuel Macron, interpellé samedi dans les rues de Bagnères-de-Bigorre (Hautes-Pyrénées) sur le cas Rugy.

"On doit être attaché à la présomption d'innocence", a aussi plaidé le chef de l'Etat, soucieux de contenir la polémique estivale sur homard et grands crus, un an après le déclenchement de l'affaire Benalla.

"Retour aux faits. Je m’exprimerai le moment venu", a tweeté François de Rugy en fin de semaine, après les premiers résultats de ces contrôles menés durant une dizaine de jours.

"Un jour, il reviendra sur tout cela, sur cette folie médiatique", a-t-on développé dans l'entourage de l'ex-ministre, qui va redevenir député en août et prépare "d’arrache-pied sa contre-offensive avec son avocat".

- "Super indépendant" -

Pour sa part, le journaliste d'investigation de Mediapart Fabrice Arfi met en doute les vérifications menées par le secrétaire général de l'Assemblée, qui a procédé à des auditions, dont celle volontaire de M. de Rugy, et à l'examen de factures et listes d'invités.

"Des dîners +professionnels+ dont Mme Rugy a confirmé dans un entretien enregistré le caractère +amical+ des invités, que François de Rugy qualifie d’+informels+ et dont plusieurs convives ont réfuté l’aspect professionnel... La blague", a tweeté le journaliste.

"Les enquêtes internes ne sont pas crédibles" et "ne voient jamais rien", a fustigé lundi l'ex-ministre Delphine Batho sur Franceinfo.

Trois autres dîners à Lassay, pour Noël et Saint-Valentin en particulier, pourraient eux être sujets à caution, selon le Journal du Dimanche. François de Rugy s'est engagé à "rembourser chaque euro contesté".

Certains politiques mettent aussi en cause l'impartialité de ces enquêtes internes. "Un peu comme si Bayer Monsanto disait que le glyphosate n'était pas nocif pour la santé. Super indépendant", selon Manon Aubry (LFI) sur Twitter.

Reste que si rien d'illégal n'a été commis, des élus se placent sur le plan de la moralité, dont François de Rugy se faisait le chantre, au diapason de la macronie.

"Le mélange des genres entre caisse privée et caisse publique n’est plus toléré", souligne l'ancienne magistrate et ex-élue EELV Eva Joly, selon qui "dans cette affaire, on ne parle pas de montants très importants" mais "c’est davantage une question de symbole".

"On ne peut en rester là, il y a des précautions à prendre désormais", invite une source parlementaire LREM, alors que l'Assemblée a connu des avancées ces dernières années en matière de transparence, mais moins côté présidence.

Côté gouvernement, Edouard Philippe pourrait préciser sa circulaire de mai 2017 qui demandait "l'exemplarité" aux ministres, leur préconisant un "comportement modeste".

"Les dépenses à caractère personnel ou familial ne peuvent évidemment être mises à la charge de l'Etat", était-il déjà inscrit. Le chef du gouvernement pourrait y ajouter des préconisations sur les travaux dans les logements de fonction.

René Dosière, ex-député PS et actuel président de l'Observatoire de l'éthique publique, a préconisé dans Le Figaro "un poste de déontologue" au gouvernement. Pas d'"inquisition", mais "l'Etat accorde des avantages et en contrepartie, ceux-ci doivent être connus".

Partager cet article

Dans la même thématique

L’Assemblée nationale valide la suspension de la réforme des retraites
4min

Politique

Travail le 1er mai : après son rejet à l’Assemblée, le texte file en commission mixte paritaire où députés et sénateurs devront s’accorder

Les députes macronistes ont fait rejeter vendredi à l’Assemblée une proposition de loi sénatoriale qu’ils soutenaient visant à autoriser les salariés des boulangeries et fleuristes à travailler le 1er mai. Une manière de s’éviter des débats tendus face à une gauche vent debout contre la mesure. Les députés de la majorité espèrent s’accorder avec les sénateurs en commission mixte paritaire dans les prochains jours.

Le

Rugy innocenté? Les enquêtes de l’Assemblée et du gouvernement sur la table
4min

Politique

Jeux vidéo : chez Ubisoft, les dirigeants prônent désormais la « tolérance zéro » vis-à-vis des comportements toxiques

Dans la poursuite de leurs travaux sur les jeux vidéo, la délégation aux droits des femmes du Sénat auditionnait, ce jeudi, les représentants du géant Français, Ubisoft. Une entreprise marquée par la vague Metoo en 2020 avec des révélations sur des comportements toxiques au plus haut niveau. Depuis, de nombreuses mesures ont été prises pour faire de la lutte contre le harcèlement « une priorité fondamentale » de l’entreprise, assure Cécile Russeil, vice-présidente exécutive.

Le

FRA: Exercice Orion 26 Armee de l Air
9min

Politique

« Signal très mitigé », « pas de vision globale » : l’actualisation de la loi de programmation militaire laisse les sénateurs sur leur faim

Avec 36 milliards d’euros supplémentaires d’ici 2030, l’actualisation de la LPM portera la hausse du budget des armées à 449 milliards d’euros sur la période 2024/2030. « Ça va dans le bon sens, car c’est une nécessité absolue dans la période qu’on traverse », salue le président LR de la commission des affaires étrangères et de la défense du Sénat, Cédric Perrin. Mais il juge l’effort « frustrant », car « on n’augmente pas notre capacité ».

Le

FRA – RN VOTE BARDELLA MUNICIPALES 2EME TOUR
6min

Politique

Jordan Bardella dans Paris Match avec la princesse Maria-Carolina de Bourbon des Deux- Siciles : « Est-ce que les Français vont acheter l’histoire du conte de fées » ?

A la Une de Paris Match, le président du RN, Jordan Bardella a officialisé sa relation amoureuse avec la princesse Maria-Carolina de Bourbon des Deux-Siciles, une figure de la Jet-Set européenne. Pour Philippe Moreau Chevrolet, expert en communication politique et enseignant à Sciences Po Paris, le patron du Rassemblement national signe, avec cette couverture, « son entrée en campagne » pour la présidentielle de 2027. Mais l’opération de com n’est pas sans risque pour son image. Interview.

Le