SNCF : « Nous sommes déjà à 5 milliards d’euros de pertes par rapport au chiffre d’affaires attendu » affirme Jean-Pierre Farandou
La commission de l’Aménagement du territoire et du développement durable a auditionné Jean-Pierre Farandou, candidat à sa réélection aux fonctions de président-directeur général de la SNCF. Crise sanitaire, situation du groupe, petites lignes… tous les sujets ont été abordés

SNCF : « Nous sommes déjà à 5 milliards d’euros de pertes par rapport au chiffre d’affaires attendu » affirme Jean-Pierre Farandou

La commission de l’Aménagement du territoire et du développement durable a auditionné Jean-Pierre Farandou, candidat à sa réélection aux fonctions de président-directeur général de la SNCF. Crise sanitaire, situation du groupe, petites lignes… tous les sujets ont été abordés
Public Sénat

Par Elise Le Berre

Temps de lecture :

7 min

Publié le

Des interrogations sur le passé, et des inquiétudes pour l’avenir. À l’occasion de l’audition de Jean-Pierre Farandou, candidat proposé au poste de président-directeur général de la SNCF, les questions des sénateurs se bousculaient : il faut admettre que cette première année d’exercice à la tête de la compagnie ferroviaire aura été « pour le moins, particulière », concède l’actuel PDG. La transformation du groupe, au 1er janvier 2020, en société anonyme, les mouvements sociaux contre la réforme des retraites, puis la crise sanitaire et les confinements, ont effectivement rendu toute particulière cette première année d’exercice. Mais de ces épisodes marquants, Jean-Pierre Farandou souhaite retenir la capacité d’agilité du groupe, et a rappelé que oui, « la SNCF fonctionne », et qu’elle est même sortie « grandie de la crise sanitaire ».

 

« Un homme du métier » à qui « rien n’aura été épargné »

 

Avec ses « quelques heures de vol » au sein de la compagnie - un doux euphémisme, puisqu’il est entré à la SNCF en 1981 – Jean-Pierre Farandou a d’emblée rappelé son parcours : « On peut dire que je suis un cheminot », un « homme de métier », qui a notamment occupé les métiers de chef de gare, de chef de dépôt, mais qui est aussi passé par les directions régionales, ce qui a d’ailleurs nourri « sa première expérience de relation avec les territoires ».

L’actuel PDG l’admet, « c’est peu de dire que le contexte a changé » depuis son arrivée à la tête du groupe. Jean-Pierre Farandou est revenu sur sa première année d’exercice : un premier mouvement de grève interprofessionnelle contre la réforme des retraites, qui a commencé en 2019 et a duré jusqu’en février, « le plus long mouvement jamais connu », et la crise sanitaire. « Jamais l’activité ferroviaire n’avait connu un coup d’arrêt aussi soudain, […] nous sommes passés en mars de 15 000 trains par jour, à 3500 trains par jour, et de 5 millions de voyageurs, à 150 000 voyageurs par jour ».

 

Jean-Pierre Farandou: "En mars, nous sommes passés de 15 000 à 3500 trains par jour"
01:21

 

 

Outre la première mutation que représente pour le groupe la crise épidémique de covid-19, dont les premières secousses commencent à se faire sentir avec la baisse inédite du trafic ferroviaire, il s’agit également de faire face à une deuxième mutation, celle de l’ouverture à la concurrence.

À cette question, Jean-Pierre Farandou est ferme : « Je demande que nous jouions le jeu de la concurrence », même s’il admet tout de même souhaiter « éviter de perdre des parts de marché ». « Cela nous stimule », « à nous de démontrer […] que nous sommes un partenaire avec lequel les régions peuvent continuer de travailler. » « Nous ne serons plus subis, nous espérons être choisis ».

 

La SNCF, « utile dans les périodes de crises, utile aux territoires, utile pour répondre à l’urgence climatique, utile sur le plan social et économique »

 

Jean-Pierre Farandou a tenu à faire remarquer le rôle essentiel du groupe lors de la crise sanitaire, puisque dès mars 2020, ce sont un milliard de masques qui ont été acheminés de la Chine vers la France grâce à Geodis, qui a également acheminé des malades, et fait rouler des frets afin que l’économie vitale du pays tienne.

Mais ce rôle essentiel ne s’arrête pas là : prenant à partie Philippe Tabarot, sénateur des Alpes-Maritimes du groupe Les Républicains (LR), le PDG de la compagnie ferroviaire a rappelé l’action de la SNCF lors de catastrophes naturelles : « Dans les Alpes-Maritimes, […] nous avons transformé un TER en un TER cargo, un train de marchandises, pour contribuer à l’effort de ravitaillement des villages ».

 

"Le fret ferroviaire a joué un rôle majeur pour acheminer les masques lors de la crise sanitaire."
00:58

 

Pour Jean-Pierre Farandou, le rôle de la SNCF consiste aussi à répondre à « l’urgence économique, pour les entreprises et les territoires : le fret ferroviaire a joué un rôle décisif dès le début et au plus fort de la crise sanitaire en permettant l’acheminement des biens essentiels. La période a montré à quel point le fret ferroviaire constitue un enjeu stratégique pour le pays, qui permet de réconcilier besoins logistiques […] et protection de l’environnement ».

 

2020, annus horribilis pour la compagnie ferroviaire

 

Didier Mandelli (LR) a été heureux de constater les « convictions et motivations intactes » de Jean-Pierre Farandou malgré « l’année horrible » pour la SNCF.

Il est vrai que la nouvelle forme de gouvernance du groupe, les grèves, la crise sanitaire et le confinement, ont largement occupé l’esprit des sénateurs, qui se sont enquis de l’estimation des pertes pour la compagnie, mais aussi du montant prévu par le projet de loi de finances (PLF) pour 2021, qui doit, d’après le gouvernement, « véritablement relancer le transport ferroviaire ».

« En effet les tensions économiques restent fortes : juste avant l’annonce du second confinement, donc fin octobre de cette année, nous étions déjà à 5 milliards d’euros de pertes de décalage par rapport au chiffre d’affaires attendu ». « Et on le sait bien, la situation va encore se dégrader, avec le confinement numéro deux et la réduction du trafic pour la fin de l’année », confirme Jean-Pierre Farandou.

Or, à ces tensions économiques, s’ajoutent de nouvelles inquiétudes liées à la modification, par la crise sanitaire, du comportement des usagers, qui sont dorénavant « nombreux à privilégier l’usage de la voiture plutôt que celui du transport collectif », et « dont on peut penser qu’ils seront moins nombreux, demain, à prendre le train en raison de la généralisation du télétravail ». Jean-François Longeot, président de la commission de l’aménagement du territoire et du développement durable, a interrogé le candidat au poste de PDG de la SNCF sur la stratégie pour faire revenir les passagers dans les trains. Pour cela, il faut d’abord « partir à la reconquête » des clients, notamment en réajustant l’offre afin de mieux « coller aux nouveaux comportements ». Et pour ce faire, deux conditions : « le train ne doit pas être plus coûteux que la voiture, d’autre part l’offre de transport doit être attractive notamment dans les zones rurales », annonce Jean-Pierre Farandou.

Selon lui, le groupe doit aujourd’hui relever plusieurs défis collectifs : un défi environnemental, d’abord, puisque « le train constitue une réponse d’avenir face aux enjeux climatiques, la clé de la mobilité de demain », d’où l’importance d’inciter les Français à délaisser la voiture - « grande gagnante de la crise sanitaire » -.

Un défi socio-économique, également, puisque dans une « période brutale, nous devons veiller à l’emploi, et notamment à l’emploi des jeunes ». À cela, il avance 7000 contrats d’alternance - faisant de la compagnie ferroviaire « l’entreprise qui [aura] le plus d’alternants en France » - et 2500 contrats d’insertion. Le défi territorial, enfin, avec le « ferroviaire de proximité », et la participation de la SNCF, en tant « qu’entreprise publique, à la cohésion sociale et au dynamisme économique des territoires ».

 

« Nous sommes inquiets pour la mobilité ferroviaire sur nos territoires »

 

Enfin, Philippe Tabarot a mis sur la table le sujet des petites lignes et du plan Philizot : « Cette commission a porté lors du projet de loi de finances un amendement pour rappeler qu’à notre avis, suite au rapport Philizot, de nombreuses lignes de dessertes fines du territoire vont être amenées à fermer faute par l’État de pouvoir respecter sa participation financière ». « Comment investir près de 700 millions d’euros par an - c’est à peu près la somme à atteindre pour respecter les 6,4 milliards nécessaires que préconise le rapport Philizot - alors même que cette année, [..] le plan de relance ne prévoit que 300 millions d’euros pour deux ans sur nos petites lignes ? […] nous sommes inquiets […] pour la mobilité ferroviaire sur nos territoires ».

« Je pense que la clé, […] c’est la capacité de l’État à trouver des conventions avec des régions pour arriver à se mettre d’accord sur les lignes qui doivent être maintenues en priorité », réplique Jean-Pierre Farandou.

Partager cet article

Dans la même thématique

SNCF : « Nous sommes déjà à 5 milliards d’euros de pertes par rapport au chiffre d’affaires attendu » affirme Jean-Pierre Farandou
3min

Politique

Crise pétrolière : « Avec le transport maritime à la voile on est à 1g de CO2 par tonne de matériel transporté au km » se réjouit cet entrepreneur

Alors que le détroit d’Ormuz est toujours bloqué, et que les prix des hydrocarbures sont toujours au plus haut, certaines solutions de transports maritimes, hier décriées, montrent tout leur intérêt. Avec un taux d’émission de gaz à effet de serre faible et une ressource inépuisable, le transport maritime à la voile développé par une jeune entreprise bretonne a tous les avantages, comme l’explique ce chef d’entreprise dans l’émission « dialogue citoyen » présentée par Quentin Calmet.

Le

4min

Politique

Esclavage : « L’identité française est faite de grands récits et de grands crimes », reconnaît Emmanuel Macron

A l’occasion des 25 ans de la loi Taubira, reconnaissant la traite et l’esclavage comme crime contre l’humanité, l’Elysée organisait une cérémonie de commémoration ce jeudi 21 mai. Le Président de la République est revenu sur le devoir de reconnaissance de ces crimes. Il a, pour la première fois, abordé le sujet de la réparation, quelques mois après l’abstention de la France sur le vote de la reconnaissance de l’esclavage et de la traite comme « pire crime contre l’humanité » à l’ONU.

Le

Gabriel Attal walks in Bordeaux
4min

Politique

Présidentielle 2027 : en Aveyron, Gabriel Attal officialise sa candidature

C’est fait, Gabriel Attal a mis fin au faux suspense sur sa candidature à la présidentielle. Le patron de Renaissance a officialisé sa candidature, ce vendredi et devrait être sur la ligne de départ en 2027. Dans l’Aveyron, l’ancien Premier ministre a fait part de son ambition de succéder à Emmanuel Macron. Il faudra d’abord tuer le match avec Edouard Philippe pour être le candidat légitime du bloc central.

Le

French ruling Renaissance party holds political meeting in Arras
6min

Politique

Gabriel Attal, à l’heure du grand saut présidentiel ?

Dans l’Aveyron, loin des ors parisiens, l’ancien premier ministre doit officialiser vendredi sa candidature à l’Élysée. Une entrée en campagne pensée comme un antidote au procès en déconnexion qui colle au macronisme et comme un adversaire à Édouard Philippe pour le leadership du bloc central.

Le