Juillet 2026, François Patriat participe à sa dernière séance au Sénat. La fin d’un mandat entamé à la Chambre Haute en 2008. « Bien sûr qu’il y a un pincement au cœur », explique-t-il alors sur Public Sénat, avant d’ajouter : « Mais je n’ai ni regrets, ni amertume. »
« J’ai été élu conseiller départemental en 1976 », se remémore-t-il alors, « je me dis quelle histoire… quelle histoire. Et vous savez, dans ma vie politique, rien ne m’a été donné. Il a toujours fallu conquérir, y compris la région Bourgogne [dont François Patriat a été président entre 2004 et 2015, ndlr], cela a toujours été compliqué dans ces territoires, et je l’ai fait toujours avec une passion, sans vraiment rechercher les honneurs, j’ai voulu surtout essayer de servir ce pays, servir mon territoire auquel je suis très attaché. » Même au moment de quitter le Sénat, il ne pense qu’à la Bourgogne…
Le premier des macronistes
En 2016, François Patriat choisit très vite de soutenir Emmanuel Macron, un soutien qu’il justifie justement par les témoignages récoltés en région. En juillet, cette année-là, il ne tarit pas d’éloges sur le plateau de Public Sénat : « Moi, je suis un élu de terrain, et je passe en dehors du Sénat mon temps sur le terrain, dans ma région de Bourgogne, si vous saviez le nombre de gens qui ne sont pas encartés, qui ne sont pas ‘En marche’qui me disent François, tu es ami avec Emmanuel Macron, tu le connais, quand est-ce que tu nous l’amènes, tous les gens veulent le voir, que ce soient des ouvriers, des chefs d’entreprise, ‘amène-nous Emmanuel Macron’, on ne me demande jamais d’amener un autre ministre, on me demande d’amener Emmanuel Macron ».
Un lien fort se crée entre les deux hommes, le président de la République appelle François Patriat de son surnom créé en Bourgogne, « Fanfan ». A partir de 2017, François Patriat créé le groupe La République en Marche, au Sénat, groupe qu’il préside jusqu’en 2026, sans jamais douter du chef de l’Etat. En juillet 2026, il explique ainsi : « La vie politique ne s’arrête pas quand on quitte le Sénat. Je continuerai à être un militant politique et d’accompagner le chef de l’Etat jusqu’à la fin de son mandat ».
Le groupe RDPI du Sénat exprime ce jour « son immense tristesse ».
Aujourd’hui, le président de la République Emmanuel Macron « s’incline devant la mémoire » de François Patriat et souligne « son franc-parler, sa perspicacité et son humour », dans un communiqué.
François Patriat a exercé quasiment tous les mandats possibles sous la Ve République, maire, conseiller général, député, conseiller régional, sénateur, secrétaire d’Etat et même ministre de la gauche plurielle pendant la cohabitation Jospin/Chirac, mais le nom de François Patriat reste associé à celui d’Emmanuel Macron, tant ils ont été proches.
Pendant la campagne de 2022, Emmanuel Macron fait très peu de déplacements, officiellement pour cause de début de guerre en Ukraine. L’un des rares événements sur le terrain se fait à Dijon, en Bourgogne, dans le département de François Patriat. Au moment de saluer la foule, Emmanuel Macron lâche dans un sourire : « Fanfan est toujours là ». Un moment à voir dans le documentaire de Public Sénat, « Macron, Pécresse : coulisses d’une campagne ». Lors de l’entre-tour, Emmanuel Macron commente ainsi la présence de François Patriat, à ses côtés : « Quoi qu’il advienne, il a toujours été là, avec beaucoup de courage ».
2008-2015 : les années entre la région et le Sénat
Lorsqu’il arrive au Sénat en 2008, François Patriat fait l’objet d’un portrait sur notre antenne. Il évoque alors ses passions, en dehors de la politique. « Je fais 8000 km de vélo par an », explique-t-il, « le week-end, je fais 120 km. » Il oublie d’évoquer son amour des grands crus, son fils est lui-même vigneron. François Patriat organise régulièrement des dégustations de vins de Bourgogne, une manière encore une fois de faire rayonner sa région.
Quand il arrive à la Chambre Haute, le sénateur siège alors au groupe socialiste. Il préside en même temps la région Bourgogne. Ce jour de début 2009, il inaugure l’internat d’un lycée agricole, projet lancé lorsqu’il est arrivé à la présidence de la Bourgogne en 2004. Parmi ses priorités ? La lutte en faveur du dynamisme de sa région. « La tendance en Bourgogne, c’est la tendance à la perte des habitants, à la chute démographique et c’est la tendance surtout à la fuite des jeunes », explique-t-il. « Je voudrais avec tout ce qu’on aura fait, sur la formation, sur l’éducation, l’innovation, l’économie, la recherche pouvoir inverser cette tendance. »
Le sénateur cumule ainsi ces deux mandats, à la région et au Sénat, entre 2008 et 2015. Une manière pour lui de peser davantage politique : « C’est plus facile d’accéder aux ministres, raconte-t-il alors, c’est plus facile d’accéder au gouvernement et je vois bien la différence de traitement, lorsque je vais dans les réunions dans les ministères, ou à Matignon. ». Pendant plusieurs années, François Patriat restera opposé à la suppression du cumul des mandats, contre l’avis de nombreux autres sénateurs de gauche.
En 2010, François Patriat fait partie de ce qu’il appelle la gauche « gestionnaire », face à l’aile dite « radicale », du PS. Il est alors l’un des plus fervents soutiens de Dominique Strauss-Kahn. En avril 2010, il publie une tribune pour appeler celui qui est président du Fonds monétaire international à se lancer dans la course en vue de 2012. Au moment des événements du Sofitel, il parle d’histoire « ubuesque », et même d’« action menée délibérément contre lui ».
Mais pourquoi François Patriat s’est-il lancé en politique dans les années 1970 ? Quel a été le déclic ? En 2009, il explique : « Ça se déclenche quand j’ai 27-28 ans, lors d’une élection cantonale, dans le canton de Pouilly-en-Auxois, où je décide d’y aller contre des élus qui m’apparaissaient vieux, conservateurs, sur un territoire qui avait des opportunités, où il me semblait que les choses ne bougeraient pas ». François Patriat restera conseiller général de la Côte d’Or pendant 32 ans. Le signe d’une implantation locale remarquable. Ses collègues retiennent de lui « son humour, son intelligence et sa force ».
Gérard Larcher , le président du Sénat « salue sa mémoire et adresse ses sincères condoléances à ses proches», dans un communiqué cet après-midi.