Affaire Benalla: Macron reste discret, pendant que Strzoda « assume »
Emmanuel Macron a continué mardi de résister aux appels pressants de l'opposition à s'exprimer sur l'affaire Benalla, tandis que...

Affaire Benalla: Macron reste discret, pendant que Strzoda « assume »

Emmanuel Macron a continué mardi de résister aux appels pressants de l'opposition à s'exprimer sur l'affaire Benalla, tandis que...
Public Sénat

Par Jérôme RIVET

Temps de lecture :

4 min

Publié le

Mis à jour le

Emmanuel Macron a continué mardi de résister aux appels pressants de l'opposition à s'exprimer sur l'affaire Benalla, tandis que son directeur de cabinet Patrick Strzoda "assum(ait)" devant l'Assemblée sa décision de sanction contre Alexandre Benalla.

Auditionné par la commission d'enquête du parlement, M. Strzoda a indiqué avoir pris "seul, en (son) âme et conscience" la décision de sanctionner Alexandre Benalla en le suspendant 15 jours et en le rétrogradant.

"Je comprends parfaitement qu'on puisse considérer que (cette sanction) n'était pas adaptée, en tout cas en ce qui me concerne j'assume ma décision", a-t-il dit. Le secrétaire général de l'Elysée Alexis Koehler répondra pour sa part jeudi aux questions des sénateurs.

Le président est sorti de son silence mardi en tweetant un message de solidarité avec la Grèce, en proie à de violents incendies. Son compte Twitter, habituellement très actif, était mutique depuis jeudi.

"Il travaille" à l’Élysée, où il a notamment reçu, sans caméra, Brigitte Bardot pour discuter de la condition animale, a précisé son entourage.

M. Macron ressortira du Palais mercredi, après le Conseil des ministres, pour se rendre dans les Hautes-Pyrénées où il inaugurera le lendemain les nouvelles attractions touristiques du Pic du Midi. Avant d'effectuer une première visite en Espagne et au Portugal en fin de semaine.

Alors que ses plus proches collaborateurs ont été entendus ou vont l'être, il n'est pas souhaitable que le chef de l’État s'exprime car "nous sommes dans le temps des enquêtes judiciaire, administrative, parlementaire", selon le député LREM Hugues Ranson.

"Le moment venu, il exprimera ce qu'il considérera devoir exprimer sur la question", a simplement indiqué le Premier ministre Edouard Philippe devant les sénateurs.

Les Français semblent demandeurs puisqu'ils sont 75% à estimer que le chef de l'Etat "devrait s'exprimer devant les Français" sur le sujet, selon un sondage Elabe diffusé mardi. Et ce, alors que sa popularité atteint son niveau le plus bas depuis septembre 2017, avec seulement 32% d'opinions favorables (- 4 points), indique un autre sondage de l'Ifop.

Dimanche soir, l'entourage du président avait indiqué qu'Emmanuel Macron prendrait la parole "lorsqu'il le jugera utile". Et il avait annoncé qu'Alexis Kohler avait été chargé de réorganiser l’Élysée "pour éviter qu'un tel dysfonctionnement se reproduise".

"On pensait que l’Élysée sous Macron était un modèle d'organisation efficace et l'on découvre d'un seul coup des problèmes majeurs de fonctionnement", souligne Bruno Cautrès, du Cevipof.

- "Pouvoir arrogant" -

Emmanuel Macron s'appuie sur une équipe restreinte de proches, qui l'ont accompagné pour la plupart durant la campagne victorieuse de 2017. Outre M. Kohler, 44 ans, le cabinet comprend M. Strzoda, 66 ans, le chef de cabinet François-Xavier Lauch, ou les conseillers Sylvain Fort et Ismaël Emelien.

A l'exception de M. Strzoda, qui a notamment travaillé avec l'ancien Premier ministre socialiste Bernard Cazeneuve, ces collaborateurs, pour la plupart des énarques, ont peu d'expérience des situations de crise.

"Une petite équipe opérationnelle à l’Élysée est une dimension normale et inéluctable de l'exercice du pouvoir exécutif", précise Bruno Cautrès. "Mais on peut s'attendre à une forte réorganisation: le problème n'est pas tant la dérive personnelle d'Alexandre Benalla que la structure qui l'a rendue possible", selon lui.

"On peut donc s'attendre à ce qu'Emmanuel Macron veuille montrer aux Français qu'il change de méthode: moins +impériale+, moins +verticale+, moins +jupitérienne+", avance le politologue.

Pour Jean-Christophe Lagarde, président de l'UDI, l'affaire Benalla met en cause "l'organisation de la République" où "le président est tout puissant". "De multiples scandales de l'Elysée sont nés de l'abus de pouvoir" car "à chaque fois, les gens pensent qu'ils sont au dessus des lois", a-t-il regretté à l'Assemblée.

"Un pouvoir arrogant est aujourd'hui rappelé à la réalité de ses obligations démocratiques" et "on jugera le nouveau monde (...) sur les leçons politiques qu'il acceptera - ou non - d'en tirer", a estimé de son côté le porte-parole du PS Boris Vallaud.

"Quelles que soient les suites administratives et judiciaires de cette affaire, il y aura un avant et un après pour Emmanuel Macron", résume Bruno Cautrès.

Partager cet article

Dans la même thématique

Affaire Benalla: Macron reste discret, pendant que Strzoda « assume »
4min

Politique

Déserts médicaux : « Il existe des différences d’espérance de vie entre les départements » alerte Karine Daniel sénatrice socialiste de Loire-Atlantique

Au Clos-Toreau, quartier populaire du sud de Nantes, les habitants se battent depuis deux ans pour obtenir l’ouverture d’un centre de santé. A l’approche des élections municipales, la question des déserts médicaux s’impose dans la campagne comme un sujet de préoccupation récurrent, comme en témoigne cet habitant de Nantes dans l’émission Dialogue citoyen.

Le

Paris: Bruno Retailleau annonce candidature elections presidentielles 2027
6min

Politique

Référendum sur l’immigration, primauté du droit national : le projet de Bruno Retailleau est-il faisable ?

En annonçant sa candidature à la présidentielle, le patron des Républicains a promis de « renverser la table » en redonnant la parole aux Français par des référendums sur l’immigration et la justice ou encore en redonnant la primauté du droit national sur les normes internationales. Un programme qui nécessite de réviser la Constitution. Il y a quelques années, le sénateur de Vendée avait déposé une proposition de loi constitutionnelle en ce sens, avant de la retirer faute d'avoir pu réunir une majorité au Sénat.

Le

Présidentielle 2027 : chez LR, la tentation d’une primaire « plutôt ouverte » pour départager les candidats de la droite
7min

Politique

Présidentielle 2027 : chez LR, la tentation d’une primaire « plutôt ouverte » pour départager les candidats de la droite

La déclaration de candidature de Bruno Retailleau est loin de solder le problème complexe de la stratégie à adopter pour l’élection de 2027. Le groupe de travail sur le départage doit remettre ses travaux début mars. Plusieurs membres recommandent de ne pas se limiter à un processus de sélection trop resserré au seul parti LR.

Le

Affaire Benalla: Macron reste discret, pendant que Strzoda « assume »
3min

Politique

Bruno Retailleau candidat à l'Elysée : « Il a été le ministre de l’immigration et de l’insécurité, maintenant il fait le beau et il parade », raille Laurent Jacobelli (RN)

Sur un positionnement très conservateur, la candidature de Bruno Retailleau à l’Elysée pourrait ramener dans le giron des LR les électeurs tentés par l’extrême droite. Le RN Laurent Jacobelli, invité de la matinale de Public Sénat, veut rappeler que le Vendéen a fait alliance avec les macronistes. Il épingle également son bilan sécuritaire et migratoire en tant que ministre de l’Intérieur.

Le