« Ce n’est pas en affaiblissant les communes qu’on rétablira les comptes de l’État » : l’Association des maires de France met en garde le gouvernement avant le budget 2027
Au cours d’une conférence de presse inhabituelle à cette période, l’AMF représentée par David Lisnard et André Laignel a appelé l’État à « en finir avec les erreurs du passé » concernant la mise à contribution des communes dans les efforts budgétaires.
En pleine construction du projet de loi de finances, les collectivités territoriales donnent de la voix pour éviter d’être davantage mises en difficulté par l’effort de redressement des finances publiques. L’Association des maires de France (AMF) met en garde contre des « conséquences désastreuses » si de « nouvelles ponctions » devaient concerner les communes dans le prochain budget. En clair, à « en finir avec les erreurs du passé ».
« Aujourd’hui, nous demandons qu’il y ait une approche différence. Il faut comprendre que ce n’est pas en affaiblissant les communes qu’on rétablira les comptes de l’État, bien au contraire », a averti ce 24 juin le président de l’AMF, le maire de Cannes David Lisnard.
L’association rappelle que les collectivités territoriales ont fait l’objet d’une contribution à hauteur de 13 milliards d’euros cumulés lors des deux dernières lois de finance, dont 8,2 milliards d’euros uniquement sur les communes et leurs groupements. Cette année, malgré une stabilité « apparente » de la dotation globale de fonctionnement (DGF), une des premières ressources fléchées au niveau local compensant les transferts de charges, près de la moitié des communes ont malgré tout vu leur enveloppe diminuer.
Dépenses contraintes et injonctions contradictoires
Face à la baisse des concours financiers, l’AMF reproche en parallèle le transfert de compétences, et donc de dépenses, de l’État en direction des collectivités locales. Gestion des bassins hydrographiques, prévention de risques environnementaux, hausse du point d’indice et des cotisations sociales pesant sur la fonction publique territoriale ou encore poids des normes : l’AMF souligne que malgré des dépenses imposées, « les dépenses locales augmentent moins vite » que celles de l’État et de la Sécurité sociale. « L’essentiel des dépenses qui augmentent nous est imposé par ceux qui nous reprochent d’augmenter les dépenses ! » dénonce le maire de Cannes.
Le Fonds vert, destiné à financer des programmes d’investissements écologiques dans les territoires, a particulièrement fondu, diminuant de moitié en 2025 (de 2,5 à 1,15 milliard). Le recul se poursuit en 2026, puisqu’il a été ramené à 837 millions d’euros. « Nous avons pris des engagements avec l’État pour réaliser des opérations dites d’accompagnement de la transition climatique et l’État se désengage ! Il ne peut pas tenir les deux discours ! Il ne peut pas dire qu’il fait trop chaud dans les écoles et dire qu’on peut moins financer les écoles » s’étrangle le président de l’AMF.
Les crédits destinés aux collectivités ont également été revus à la baisse en cours d’exercice. Dans le cadre des gels budgétaires annoncés en juin pour respecter la trajectoire de l’année, 137 millions d’euros directement liés aux collectivités manqueront.
« Un véritable supplice du garrot »
« Il faut arrêter de faire croire que c’est en ponctionnant les collectivités territoriales qu’on rétablira les finances de l’État ! C’est à l’État de prendre ses responsabilités, de rétablir ses finances, d’avoir une autre politique financière et économique », appelle l’élu local, par ailleurs candidat à l’élection présidentielle sous la bannière de son parti Nouvelle Énergie. Les contributions au redressement des comptes publics sont d’autant plus mal vécues que les communes rappellent être tenues par un principe de règle d’or. Elles ne peuvent être en déficit sur leurs dépenses de fonctionnement. Quant aux investissements, réalisés avec des emprunts, l’AMF note que la part de l’endettement des administrations locales est restée stable par rapport à la richesse nationale depuis trois décennies.
« Cet étouffement financier, un véritable supplice du garrot, s’aggrave d’année en année, et beaucoup de collectivités sont aujourd’hui dans la difficulté », alerte André Laignel, ancien premier vice-président (PS) délégué de l’AMF et ancien président du Comité des finances locales.
Cette « politique de gribouille » comme ils la qualifient, a tous les risques d’être contreproductive. Certains indicateurs se détériorent, comme l’épargne nette des groupements de communes, en diminution de 2,1 %. « On nous dit robuste, mais attention, cette robustesse se réduit et ne durera pas, si continue comme ça », avertit David Lisnard. Les investissements de fin de mandature ont déjà fortement ralenti. En 2025, dernière année avant les élections, ils ont augmenté de 6,6 % par rapport à l’année précédente. En 2019, dernier exercice budgétaire avant la séquence électorale, la progression était deux fois plus importante.
« Aujourd’hui, on fait de nous des agents de la récession »
Le signal est de mauvais augure, alors que les collectivités assurent 70 % de l’investissement. « Il faut arrêter de faire croire que c’est en ponctionnant les collectivités territoriales qu’on rétablira les finances de l’État ! C’est à l’État de prendre ses responsabilités, de rétablir ses finances, d’avoir une autre politique financière et économique. Aujourd’hui, on fait de nous des agents de la récession qui, malheureusement, sera peut-être au rendez-vous d’ici la fin de l’année 2026 et à mon sens, au plus tard en 2027 », redoute André Laignel.
À trois mois de la présentation du projet de loi de finances, l’ancien maire PS d’Issoudun (Indre) avertit que les communes sont arrivées aujourd’hui « au bout d’un chemin ». Ce mercredi, l’AMF exige une stabilité des dotations et la fin des « ponctions » que ce soit via des mécanismes de contractualisation ou des gels budgétaires en cours d’année. Les représentants des maires réclament également à une « compensation réelle des charges transférées » par l’État. À moyen terme, les maires appellent à faire intervenir l’autorité la plus proche des citoyens capables de résoudre efficacement un problème (principe de subsidiarité) libération de l’action locale. « Un des principaux problèmes de la dégradation des comptes publics vient de la recentralisation constatée depuis une quinzaine d’années dans notre pays, qui a eu pour conséquence de déresponsabiliser beaucoup d’acteurs de la recette et de la dépense », a épinglé David Lisnard.
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Une table-ronde organisée ce mardi au Sénat a réuni élus et experts pour explorer les modalités possibles d’application de l’interdiction des réseaux sociaux aux moins de 15 ans. L’occasion pour les sénateurs de défendre le texte qu’ils ont remanié à l’unanimité en mars, jugé plus compatible avec le droit européen que la copie du gouvernement. Mais « il faut encore blinder le texte », a reconnu le sénateur centriste Laurent Lafon.
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