Budget de l’Etat: la Cour des comptes critique le recours aux fonds dédiés
Un satisfecit et une mise en garde: la Cour des comptes a salué mercredi les progrès accomplis dans la gestion du budget de l...

Budget de l’Etat: la Cour des comptes critique le recours aux fonds dédiés

Un satisfecit et une mise en garde: la Cour des comptes a salué mercredi les progrès accomplis dans la gestion du budget de l...
Public Sénat

Par Valentin BONTEMPS

Temps de lecture :

4 min

Publié le

Mis à jour le

Un satisfecit et une mise en garde: la Cour des comptes a salué mercredi les progrès accomplis dans la gestion du budget de l'Etat, tout en critiquant le recours croissant à des fonds dédiés, qui échappent au contrôle du Parlement.

Dans son rapport sur l'exécution du budget 2018, qui comprend des analyses détaillées de chacune des missions budgétaires de l'Etat, soit un total de près de 3.000 pages, la Cour estime que "la dynamique d'amélioration" s'est poursuivie l'an dernier.

"En 2018, l'exécution a été mieux maîtrisée qu'au cours des années précédentes", souligne la haute juridiction financière. Cette amélioration s'explique notamment par "une programmation plus sincère des dépenses", ajoute-t-elle.

Selon Bercy, les dépenses de l’État se sont élevées à 325,2 milliards d'euros, soit 1,1 milliard d'euros de moins que l'objectif de la loi de finances initiale. Sur un an, la hausse atteint 0,3%, contre 3,2% en 2017.

Le déficit du budget de l’État est passé pour sa part de 67,7 milliards à 76 milliards d'euros, mais cette hausse, inférieure aux attentes, s'explique principalement par les baisses d'impôts, qui ont atteint 13,5 milliards d'euros.

"Les sous-budgétisations ont été limitées à 1,5 milliard d'euros contre 4,4 milliards en 2017", a souligné lors d'une rencontre avec la presse le président de la Cour Didier Migaud, saluant les "efforts réalisés" par Bercy pour "sincériser" les comptes publics.

Selon l'ancien élu socialiste, "ce satisfecit général" ne doit cependant "pas occulter certaines pratiques", qui continuent de rendre la politique de l’État "complexe", "instable" et "peu lisible".

Pour la Cour des comptes, les "crédits budgétaires" ne correspondent en effet qu'à "une partie du financement" des politiques publiques, qui passe aussi par "l'affectation de taxes" dédiées ou "un recours croissant aux fonds sans personnalité juridique".

"Ces contournements portent atteinte à la cohérence du cadre budgétaire et limitent la capacité du Parlement à appréhender dans leur globalité les enjeux financiers associés à l'action de l’État", ajoute-t-elle.

- "remise en ordre" -

Les fonds sans personnalité juridique, dits "FSPJ", sont des véhicules financiers contrôlés par l’État, mais gérés par des tiers. Ils permettent à l’État de "sanctuariser" les dépenses pour certaines politiques publiques.

Selon la Cour des comptes, au moins 154 structures de ce type existent actuellement en France. Ces dispositifs "se multiplient sans examen préalable de ceux qui existent déjà (...) Il s'en crée en permanence", relève Didier Migaud.

Lundi, Emmanuel Macron a ainsi annoncé au cours d'un déjeuner à l'Elysée la création d'un fonds d'investissement culturel de 225 millions d'euros afin d'aider les entreprises du secteur à se développer, après avoir lancé en 2018 le Fonds pour l'innovation et l'industrie.

Doté de 10 milliards d'euros, ce dernier devrait être abondé à terme par des cessions de participations publiques dans le Groupe ADP ou la Française des jeux, doit servir à financer des "innovations de rupture", principalement dans l'industrie.

La Cour des comptes estime que ce fonds, qui doit produire des revenus annuels de 250 millions d'euros, repose sur "une mécanique budgétaire inutilement complexe" et pourrait "trouver sa place dans le budget général" de l’État, ainsi que plusieurs autres structures, comme le Fonds du service public de l'énergie.

"Je ne partage absolument pas les analyses et les critiques du président de la Cour des Comptes sur le fonds d'innovation de rupture", a déclaré à l'Assemblée nationale le ministre de l’Économie Bruno Le Maire.

"Oui il faut retirer du budget ces fonds pour l'innovation de rupture, parce que sinon, ils sont systématiquement réduits année après année, alors que là, ils sont sanctuarisés", a ajouté M. Le Maire.

Quels montants financiers, à travers ces structures, échappent au contrôle des parlementaires? Pour Cécile Fontaine, conseillère-maître à la Cour des comptes, "il est très difficile d'en faire l'addition", car ces fonds recouvrent des réalités "très différentes".

Mais "on est sur des très grosses masses" financières, insiste la magistrate, qui souligne que la Cour appelle de ses vœux une "remise en ordre" des fonds existants.

Pour ce faire, elle recommande aussi la suppression de structures "qui n'ont plus de raison d'être" ou le transfert de certaines missions à des opérateurs existants.

Partager cet article

Dans la même thématique

Budget de l’Etat: la Cour des comptes critique le recours aux fonds dédiés
3min

Politique

Charlélie Couture : « Je suis revenu en France car j’avais le sentiment de ne plus comprendre l’Amérique qui venait d’élire Donald Trump »

Si la liberté artistique avait un visage, ce serait le sien. Charlélie Couture ne s’est jamais contenté de pratiquer un seul art, cela ne lui aurait pas suffi. Alors il chante, sculpte, dessine et même photographie. Pour lui, la création est une nécessité, si bien qu’il était parti vivre cette aventure en Amérique, la tête remplie de rêves mais qui se sont peu à peu dissipés en raison du contexte politique. Son dernier livre, Manhattan Gallery (éd. Calmann-Lévy) retrace cette histoire à travers le portrait de 50 personnes rencontrées dans sa galerie new-yorkaise. Invité de Rebecca Fitoussi dans l’émission Un monde, un regard, il revient sur sa carrière, ses engagements et ses innombrables projets.

Le

Budget de l’Etat: la Cour des comptes critique le recours aux fonds dédiés
4min

Politique

Déserts médicaux : « Il existe des différences d’espérance de vie entre les départements » alerte Karine Daniel sénatrice socialiste de Loire-Atlantique

Au Clos-Toreau, quartier populaire du sud de Nantes, les habitants se battent depuis deux ans pour obtenir l’ouverture d’un centre de santé. A l’approche des élections municipales, la question des déserts médicaux s’impose dans la campagne comme un sujet de préoccupation récurrent, comme en témoigne cet habitant de Nantes dans l’émission Dialogue citoyen.

Le

Paris: Bruno Retailleau annonce candidature elections presidentielles 2027
6min

Politique

Référendum sur l’immigration, primauté du droit national : le projet de Bruno Retailleau est-il faisable ?

En annonçant sa candidature à la présidentielle, le patron des Républicains a promis de « renverser la table » en redonnant la parole aux Français par des référendums sur l’immigration et la justice ou encore en redonnant la primauté du droit national sur les normes internationales. Un programme qui nécessite de réviser la Constitution. Il y a quelques années, le sénateur de Vendée avait déposé une proposition de loi constitutionnelle en ce sens, avant de la retirer faute d'avoir pu réunir une majorité au Sénat.

Le

Présidentielle 2027 : chez LR, la tentation d’une primaire « plutôt ouverte » pour départager les candidats de la droite
7min

Politique

Présidentielle 2027 : chez LR, la tentation d’une primaire « plutôt ouverte » pour départager les candidats de la droite

La déclaration de candidature de Bruno Retailleau est loin de solder le problème complexe de la stratégie à adopter pour l’élection de 2027. Le groupe de travail sur le départage doit remettre ses travaux début mars. Plusieurs membres recommandent de ne pas se limiter à un processus de sélection trop resserré au seul parti LR.

Le