Ces chiffrent qui illustrent la poussée du RN aux élections sénatoriales de 2026
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Ces chiffrent qui illustrent la poussée du RN aux élections sénatoriales de 2026

L’élection de douze nouveaux sénateurs du Rassemblement national et de ses alliés de l’UDR, l’Union des droites pour la République, pourrait être l’arbre qui cache la forêt. Les élections sénatoriales du 27 septembre se caractérisent par une progression nette du « camp national » chez les grands électeurs, y compris dans les territoires les plus ruraux.
Guillaume Jacquot

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Quinze était probablement le chiffre marquant de la soirée de ces élections sénatoriales. Grâce à l’arrivée de 12 nouveaux sénateurs, élus sous sa propre barrière, dans des listes d’union de l’extrême droite, ou avec le concours de ses partenaires de l’UDR (Union des droites pour la République) fondé par Éric Ciotti, le Rassemblement national et ses alliés sont en mesure de fonder un groupe pour la première fois dans l’histoire du Sénat. Il n’en comptait que trois à la veille du scrutin, réduits à la position de non-inscrits dans l’hémicycle. Le parti à la flamme, longtemps freiné par la mécanique du scrutin sénatorial, réalise même l’exploit de dépasser avec une marge confortable le seuil fatidique des dix parlementaires nécessaire à la formation d’un groupe au Sénat. Cet épilogue n’était pas le scénario central des troupes de Marine Le Pen.

Si le RN a concentré l’essentiel de ses gains sur le pourtour méditerranéen – avec pour la première fois des départements où il compte deux sénateurs, comme dans le Var ou les Bouches-du-Rhône – la formation politique a aussi décroché un siège en Gironde avec la députée Edwige Diaz, et plus surprenant encore, en Seine-Maritime, en la personne de Léon Levasseur.

Il y a également ces départements où le RN n’était pas très loin de renforcer davantage son contingent parlementaire. Dans la Somme, il a manqué à 57 voix près à sa liste pour arracher un siège, sur un total de 1819 inscrits. Le gain d’un siège dans le Bas-Rhin, où l’offre de centre-droit était éclatée, lui a aussi échappé de peu. 43 voix auraient pu faire la différence, dans cette circonscription où votaient 2843 grands électeurs.

Le RN a multiplié son nombre de voix par 3,5 d’une élection sénatoriale à l’autre

Au-delà des victoires qui occupent le premier plan, la photographie générale est aussi riche d’enseignements. La donnée d’ensemble est particulièrement parlante. Dans les 61 circonscriptions où ils étaient en lice cette année, le RN et ses alliés ont recueilli les suffrages de 11 725 grands électeurs, soit 13,24 % des inscrits. En 2020, à l’occasion des dernières sénatoriales de cette série de départements concernés, le Rassemblement national avait réuni 3280 voix sur ses candidats, soit 3,78 % des inscrits. Le RN a multiplié par 3 et demi son poids électoral aux élections sénatoriales.

« Il y a une erreur, c’est de s’arrêter au nombre de sénateurs. Certes, c’est plus qu’attendu, mais regardez le nombre de grands électeurs », pointait ce lundi sur Public Sénat Benjamin Morel, maître de conférences en droit public à Paris Panthéon-Assas. Pour ce constitutionnaliste auteur d’une thèse sur la Haute assemblée, la progression du Rassemblement national chez les grands électeurs va peser sur la perception des sénateurs de la droite. « Ce sont des gens dont vous avez potentiellement besoin aux prochaines sénatoriales, et puis ce sont tout bêtement des grands électeurs avec lesquels vous allez devoir discuter. »

Dans les départements où le RN et l’UDR l’ont emporté, la dynamique est assez marquée. Dans les Bouches-du-Rhône, le RN double la mise, avec 685 voix, contre 345 en 2020. En Vaucluse, la liste multiplie par plus de deux son poids électoral, passant de 157 voix à 349. La progression atteint 143 % dans le Gard. Dans l’Hérault, le RN est passé de 118 suffrages il y a six ans, à 328 cette année.

Bond du nombre d’électeurs dans la Seine-Maritime

« Il progresse partout, mais il a bâti son succès à partir de son réseau de grands électeurs obtenu aux municipales. Les gains sont concentrés dans les départements où le RN a déjà réussi à faire élire des députés depuis un certain temps, le littoral méditerranéen, dans le Sud-Est. Il y a aussi un effet de territorialisation, d’implantation du RN par ses réseaux de députés, d’élus locaux, qui explique cette conversion au niveau de grands électeurs », observe Tristan Guerra, politiste et responsable de la recherche du laboratoire Destin Commun.

L’expansion est encore plus impressionnante dans les deux départements qui ne figuraient pas parmi les espoirs de gain les plus évidents, la Gironde et la Seine-Maritime. Dans le premier territoire où six sièges sont en jeu, la liste RN passe en six ans de 79 à 709 voix. Le RN a convaincu 18,94 % des grands électeurs. « En Gironde, le socle populaire du RN avait quand même bien augmenté dans l’arrière pays. Cela peut aussi être une normalisation par le bas, qui fait que des grands électeurs dans les conseils municipaux peuvent se sentir plus proches de ce parti », détaille Tristan Guerra, spécialiste de la polarisation politique en Europe.

Même effet de surprise en Seine-Maritime, où la liste du parti frontiste a recueilli 406 voix, bien au-delà des 89 récoltées il y a six ans. « Le candidat est lui-même un ancien maire, un agriculteur plutôt âgé. Sa campagne, axée sur les difficultés des communes rurales, a pu résonner chez des grands électeurs sans étiquette. En tout cas, cela peut montrer que le profil des candidats RN compte dans ces sénatoriales. S’ils ont une légitimité locale et entretiennent un réseau de connaissances antérieurs, ça paye et l’étiquette n’est plus aussi repoussoir », dissèque le politiste Tristan Guerra.

Plus de 14 % dans les départements où le vote se jouait à la proportionnelle

Dans le détail, le Rassemblement national a davantage tiré son épingle du jeu dans les départements où le scrutin se jouait à la proportionnelle, c’est-à-dire dans les territoires les plus peuplés. Toutes ses victoires ont eu lieu dans ce type de configuration. Dans les départements renouvelés au scrutin proportionnel, les listes du RN et de ses alliés surperforment, en réunissant au global 13,80 % des inscrits. Les candidats RN et alliés ont obtenu 12,75 % au premier tour dans les départements concernés par un scrutin majoritaire. « On voit que c’est plutôt dans les grandes zones urbaines, avec des sénateurs souvent moins ancrés dans le tissu local, où le vote partisan peut malgré tout faire levier, que l’on a cette diffusion », observe le constitutionnaliste Benjamin Morel. 

Dans les départements au scrutin majoritaire, l’effet multiplicateur aux sénatoriales depuis 2020 est parfois impressionnant, tant le RN était anecdotique voire inexistant dans certains territoires. En moyenne, il tourne autour de 300 %. En Côte-d’Or, longtemps le fief de François Patriat, le parti à la flamme passe de 38 à 193 voix (11 % des exprimés). En Ardèche, département du président des LR Mathieu Darnaud, le RN bondit de 13 à 76 voix (7 %). Dans la Haute-Saône, c’est quasiment dix fois plus, tant il partait de bas : de 16 aux dernières sénatoriales, il réalise dimanche dernier 153 voix (16 %). Même tendance dans la Sarthe, où la sœur de Marine Le Pen, Marie-Caroline Le Pen, a obtenu 193 voix (12 %), nettement au-delà des 22 voix de son prédécesseur en 2020.

« Cette élection est très révélatrice. On disait lors des municipales que dans les 70 % de communes qui n’avaient qu’une seule liste, il y a avait beaucoup de divers centre, de divers droite. On voit bien que pour une grande partie, ils peuvent voter Rassemblement national et cela dit quelque chose sur l’ancrage du RN et sur la pénétration du vote RN dans les collectivités territoriales », analysait sur notre antenne Benjamin Morel.

« Dans trois ans, ce groupe passera peut-être de 15 à 20 »

Dans l’Aude où deux postes étaient disputés, Julien Rancoule arrive troisième en recueillant 30 % des suffrages, soit 336 voix. Ce score va bien au-delà des grands électeurs naturellement acquis par le RN à Carcassonne aux municipales. La délégation aux sénatoriales envoyée par le chef-lieu du département ne représente qu’une soixantaine de grands électeurs. « Il y a une augmentation de niveau très substantielle, même dans les départements ruraux. Mais cela ne suffit pas à faire élire des sénateurs, à cause des règles du scrutin », relève Tristan Guerra. 

Reste désormais à savoir combien de membres le groupe RN pourrait se hisser lors des prochaines sénatoriales prévues en 2029, qui concerneront la série 1, laquelle comprend l’Île-de-France, le Nord et le Pas-de-Calais, entre autres. « Dans trois ans, ce groupe passera peut-être de 15 à 20 », se projetait ce matin le constitutionnaliste Benjamin Morel. 

« On va entrer dans un nouveau cycle électoral à l’occasion de la présidentielle. Que se passera-t-il aux prochaines sénatoriales ? Difficile de répondre. Le RN est une force, qui malgré toutes les difficultés qu’impose le mode de scrutin sénatorial, reste toujours marginale dans la chambre haute. Mais elle s’est installée durablement et elle est en voie de normalisation dans le système politique », conclut Tristan Guerra.

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