Cela fait un an jour pour jour que Christophe Gleizes a été condamné. Dans quel état d’esprit est-il aujourd’hui ?
Il est très isolé du monde. Évidemment, il en souffre. C’est compréhensible, mais c’est aussi tout à son honneur professionnel. Pour un journaliste passionné de sport, être coupé de tout cela est une véritable douleur.Tous ceux qui lui rendent visite, son conseiller spirituel, son frère Maxime, le consul général de France, nous font le même retour : il souffre d’être coupé du monde.
Son frère est allé lui rendre visite dimanche à la prison de Koléa. Sa famille évoque des conditions de détention « très bonnes ». Pourquoi est-il important de préciser que la détention se passe bien ?
Les conditions de détention sont convenables. Elles relèvent du droit commun en Algérie. Le vrai sujet n’est pas la détention de Christophe Gleizes, mais sa libération. Il faut aussi parler de ses parents, de sa grand-mère, Mamie Jo, qui a 102 ans et qui voudrait pouvoir le serrer une dernière fois dans ses bras avant de mourir. C’est un drame humain qui bouleverse toute une famille, mais aussi toute une rédaction, celle du groupe So Press.
Tout a été fait pour permettre sa libération prochaine. Si l’Algérie n’est pas capable de reconnaître qu’il existe aujourd’hui une fenêtre d’opportunité pour sortir de cette situation, elle se déshonorera. Si nous n’obtenons rien rapidement, nous entrerons dans une nouvelle phase de la campagne, probablement beaucoup plus offensive. Nous réfléchissons à toute une série d’étapes supplémentaires. Il faut parvenir à une solution rapidement.
Quel est le bilan de votre action à RSF depuis un an ?
Notre travail, depuis un an, a consisté à canaliser les énergies en France. Nous avons mené une campagne qui a permis d’obtenir un soutien transpartisan, de Marine Le Pen à Jean-Luc Mélenchon. Tout le monde s’est exprimé. Nous avons également reçu le soutien du monde du sport. Cette mobilisation a culminé lors de la finale de la Coupe de France, où les parents de Christophe ont donné le coup d’envoi avec le président de la République, devant des millions de téléspectateurs.
Nous sommes ensuite entrés dans une phase d’internationalisation avec la Coupe du monde. Nous avons obtenu une accréditation de la FIFA. Ils savaient que Christophe n’était pas un journaliste comme les autres mais ils ont joué le jeu. Il y a également eu la prise de parole publique de Gianni Infantino, le président de la FIFA.
Aujourd’hui, cette affaire a fait le tour du monde. Tous ces messages étaient destinés au public français, mais aussi aux autorités algériennes. Nous leur avons expliqué qu’il était dans leur intérêt et dans leur honneur de libérer Christophe Gleizes. Notre discours repose sur une réalité : le président algérien est aujourd’hui le seul à pouvoir le gracier. Toute notre réflexion consiste à trouver le moyen de le convaincre qu’il faut le libérer.
Juridiquement, tous les recours sont désormais épuisés en Algérie…
Il n’y a plus d’autre option possible qu’une grâce présidentielle du président Tebboune, qui devra arriver à un moment où un autre. Il ne peut en être autrement. Je ne vois pas comment un journaliste français pourrait passer sept ans en prison (la peine prononcée en appel contre Christophe Gleizes, ndlr.). Parmi les journalistes français emprisonnés à l’étranger, on n’a jamais connu une détention aussi longue. Cela ne s’est jamais produit, ce serait du jamais-vu.
Le président Tebboune doit entendre notre demande. Est-ce que l’Algérie veut vraiment être le premier pays à aller aussi loin dans la persécution d’un journaliste, simplement parce qu’elle est engagée dans un rapport de force avec la France ? Avec Christophe Gleizes, nous sommes entrés dans une spirale complètement folle. Aujourd’hui, Christophe est, avec Mourad Zeghidi (journaliste franco-tunisien emprisonné depuis plus de deux ans), le seul journaliste français encore emprisonné à l’étranger.
Christophe Gleizes a retiré son pourvoi en cassation précisément pour ouvrir la voie à une grâce présidentielle. Avez-vous aujourd’hui des signaux, même indirects, laissant penser qu’une grâce pourrait intervenir ?
Tout cela ne relève plus du droit. Le procès en appel a d’ailleurs été traité différemment de celui de première instance. Nous avons obtenu que l’avocat de RSF puisse plaider en français devant la cour d’appel. La famille a obtenu des visas. En apparence, tout a été fait pour que le procès se déroule selon les règles de l’État de droit.
Mais, sur le fond, la décision rendue est une décision politique. À ce stade, il n’y a plus rien à attendre de la justice algérienne. C’est pourquoi nous nous en remettons désormais au président de la République.
Estimez-vous que le gouvernement en fait suffisamment pour obtenir sa libération ?
Le président de la République a reçu à plusieurs reprises la famille de Christophe. Le dossier est connu. Il est traité comme prioritaire. Le chef de l’État a demandé aux services diplomatiques que le dossier de Christophe soit suivi de près. Pour l’instant, nous n’avons pas obtenu le résultat que nous souhaitions. Je suis profondément affligé de la situation actuelle.
Le président de la FIFA Gianni Infantino a publiquement demandé une grâce présidentielle. Est-ce que ce soutien a changé quelque chose ?
C’est difficile à dire. Nous avions toujours dit aux autorités algériennes que nous internationaliserions la campagne à l’occasion de la Coupe du monde. C’est ce que nous avons fait. Nous avons obtenu ce que nous souhaitions sur ce plan là. Est-ce que cela change réellement la donne ? Je ne sais pas. En revanche, l’Algérie doit prendre au sérieux ce que dit RSF. Nous réfléchissons déjà à d’autres étapes de mobilisation. Il faut obtenir quelque chose rapidement. Gianni Infantino a déclaré qu’il espérait que Christophe puisse rejoindre ses confrères dans les tribunes de presse pendant la Coupe du monde. Il reste une vingtaine de jours avant la fin de la compétition…
Cette affaire dépasse-t-elle aujourd’hui le seul cas de Christophe Gleizes. Est-ce devenu un symbole de la liberté de la presse dans le monde ?
Christophe est quelqu’un qui sait très mal se mettre en avant. Mais aujourd’hui, il est devenu un nom connu, un visage connu. C’est important de rendre son histoire visible et de faire vivre cette solidarité. On entend souvent des discours très pessimistes sur la capacité à mobiliser. Or, cette affaire démontre exactement l’inverse. Je remercie tous ceux qui se sont mobilisés pour Christophe. Il faut maintenant poursuivre l’effort.