A son arrivée à l’Elysée, Emmanuel Macron délimite les contours de sa stratégie nationale de santé pour 2018-2022. Alors qu’il reconnaît un sous-investissement « depuis des décennies » en matière de psychiatrie, le Président de la République annonce lancer des investissements majeurs et des premières expérimentations.
Avec l’expérimentation du remboursement de séances avec un psychologue, Emmanuel Macron renforce les projets territoriaux de santé mentale (PTSM) et crée une délégation ministérielle à la santé mentale. Il publie ensuite la feuille de route de la santé mentale et de la psychiatrie, définissant les contours des premières mesures d’ampleur pour la santé mentale avant la crise sanitaire de 2020.
L’emballement de la détresse psychique
Au lendemain de la crise covid-19, les chiffres sur la santé mentale explosent. Dès 2021, la France devient le pays le plus consommateur de psychotropes au monde. Les études statistiques s’accumulent sommant le gouvernement à réagir. Selon une étude de Santé Publique France de 2023, 20,8 % des 18-24 ans sont confrontés à la dépression. Un sondage Odoxa l’année suivante statue que plus de 40 % des Français déclarent avoir déjà été affectés par un trouble de santé mentale. Toutes les études mettent en lumière la vulnérabilité particulière des plus jeunes publics, plus touchés par ces troubles.
Les drames se succèdent, et les témoignages d’étudiants en détresse et de parents endeuillés se multiplient, soulevant la colère d’associations et de syndicats. Face à l’ampleur du phénomène, Emmanuel Macron lance les assises de la santé mentale en 2021 et annonce des hausses de financement. Entre 2018 et 2022, il investit 3,3 milliards d’euros permettant notamment la généralisation des dispositifs MonSoutienPsy et SantéPsyEtudiant.
2025 comme un « élan collectif »
En 2024, Michel Barnier déclare la santé mentale Grande cause nationale pour l’année 2025. Se succèdent alors la campagne « santé mentale, osons écouter, osons en parler », la consultation citoyenne #MaGrandeCause et le lancement du site santementale.gouv.fr. En juin 2025, Yannick Neuder, alors ministre de la Santé, lance le Plan santé mentale et psychiatrie. En tandem avec la Haute Autorité de Santé (HAS), ils établissent une programmation pluriannuelle pour 2025-2030 « face à l’urgence sanitaire [… pour] transformer radicalement l’approche de la psychiatrie en France ». Leurs 26 propositions de mesures prévoient notamment la formation au repérage des troubles psychiques des professionnels de santé scolaire et le renfort des centres médico-psychologiques.
Au total, le gouvernement revendique l’organisation de 3 000 événements sur la santé mentale pour l’année 2025, sans donner de détail supplémentaire sur leur nature. La mission nationale sur les conditions de travail en psychiatrie n’a, quant à elle, jamais vu le jour bien qu’annoncée pour la fin de l’année.
En 2025, la Grande cause nationale aura surtout permis de faire émerger le sujet de la santé mentale dans le débat public comme le souligne Emmanuelle Rémond, présidente de l’Union nationale de familles et amis des personnes malades et/ou handicapés psychiques (Unafam) : « On a effectivement beaucoup parlé de santé mentale, à la fois dans les émissions de radio et télé, la presse, à travers des campagnes de sensibilisation, d’événements portés par les associations, voire des séries télévisées ».
2026 et la volonté de concrétiser l’action gouvernementale
Dans l’objectif de mettre en œuvre des actions plus concrètes, le gouvernement Lecornu a reconduit la santé mentale comme Grande cause nationale pour l’année 2026 : « L’objectif est d’aller plus loin : renforcer la coordination interministérielle, amplifier le soutien aux familles, aux associations et aux territoires, et poursuivre l’élan collectif qui a émergé en 2025 ». Cependant, son action reste discrète. Si le nombre de bénéficiaires du dispositif MonSoutienPsy a été multiplié par cinq depuis 2022, le gouvernement a annoncé de nouveaux objectifs sans ligne directrice claire et sans précision sur les moyens alloués.
En janvier dernier, Emmanuel Macron a affirmé son souhait d’interdire l’usage des réseaux sociaux aux mineurs. C’est désormais chose faite, le Parlement ayant adopté l’interdiction des réseaux sociaux aux moins de 15 ans le 21 juillet 2026. En juin, le ministre du Travail Jean-Pierre Farandou a lancé le nouveau Plan santé au travail 2026-2030, notamment afin de lutter contre les arrêts maladies pour troubles psychiques. Pour la rentrée 2026, le gouvernement affirme vouloir assurer un suivi psychologique prioritaire et accéléré pour tous les élèves présentant des signes de souffrance psychique. Enfin, à l’horizon 2030, il espère « tendre vers le zéro recours à la contention en psychiatrie ».
Le calendrier parlementaire des prochains mois s’annonce d’ores et déjà particulièrement chargé, avec notamment des débats budgétaires incertains. Il paraît très peu probable que de nouvelles politiques en faveur de la santé mentale aboutissent avant la fin du second quinquennat d’Emmanuel Macron, laissant un goût d’inachevé dans la lutte contre les troubles psychiques.