Féminicides: feu vert de l’Assemblée au bracelet antirapprochement
Adoptée mardi à la quasi-unanimité par l'Assemblée, la proposition de loi LR sur les violences faites aux femmes prévoit la mise...

Féminicides: feu vert de l’Assemblée au bracelet antirapprochement

Adoptée mardi à la quasi-unanimité par l'Assemblée, la proposition de loi LR sur les violences faites aux femmes prévoit la mise...
Public Sénat

Par Adrien DE CALAN

Temps de lecture :

4 min

Publié le

Mis à jour le

Adoptée mardi à la quasi-unanimité par l'Assemblée, la proposition de loi LR sur les violences faites aux femmes prévoit la mise en place du bracelet antirapprochement, des ordonnances de protection plus efficaces, et entend aussi donner un nouveau souffle au téléphone "grave danger".

Ce texte, adopté avec le soutien du gouvernement en première lecture par 551 voix contre deux et une abstention, intervient en plein Grenelle des violences conjugales, alors que 121 féminicides ont été enregistrés en 2018 selon le ministère de l'Intérieur, et déjà autant cette année d'après les associations.

- Bracelet antirapprochement

Le bracelet antirapprochement (BAR), que le gouvernement veut mettre en place début 2020, permet de géolocaliser et maintenir à distance les conjoints et ex-conjoints violents par le déclenchement d'un signal, avec un périmètre d'éloignement fixé par un juge.

Ce dispositif a fait ses preuves dans plusieurs pays, notamment en Espagne depuis dix ans, mais n'a jamais été testé sur le terrain en France, malgré plusieurs votes pour des expérimentations.

Le texte de loi propose de généraliser le bracelet, aussi bien par décision de justice au civil qu'au pénal, sous réserve du consentement du conjoint violent.

Ce consentement était indispensable pour éviter un risque d'inconstitutionnalité. Selon l'auteur de la proposition de loi, Aurélien Pradié, le conjoint violent sera toutefois fortement incité à accepter le bracelet au pénal pour éviter la détention provisoire ou pour bénéficier d'un aménagement de peine s'il est déjà condamné.

Au civil, s'il refuse le bracelet, le juge aux affaires familiales (JAF) pourra en aviser immédiatement le procureur de la République.

- Six jours pour protéger

Créée en 2010 et délivrée par le juge aux affaires familiales, l'ordonnance de protection permet de mettre à l'abri une personne victime de violences conjugales et statuer sur les mesures relatives aux enfants et au logement.

Jusqu'ici, le JAF saisi devait se prononcer dans "les meilleurs délais" sans limite de temps et la moyenne était passée à 42 jours.

La proposition de loi lui fixe un délai maximal de six jours pour trancher et l'incite à statuer sur l'ensemble des prérogatives dont il dispose: logement, modalités d'exercice de l'autorité parentale...

Si le juge délivre une ordonnance de protection, l'auteur des violences aura l'interdiction d'acquérir ou détenir une arme.

Pour le logement, nouveau principe: la victime pourra, si elle le souhaite, rester dans le domicile du couple et il reviendra au concubin violent de se reloger.

Si la victime quitte le logement, le texte prévoit à titre d'expérimentation une aide financière: prise en charge de la caution ou de la garantie locative, avance des premiers mois de loyer... Ce dispositif sera testé trois ans.

Contre l'avis du gouvernement, des députés LR ont aussi fait voter un amendement demandant aux préfets d'attribuer "en urgence" un logement aux femmes victimes de violences sur le contingent de logements réservés de l'État. Reste à voir si cette mesure sera maintenue après le passage du texte au Sénat.

- Relancer le téléphone "grave danger"

Testé dès 2009 en Seine-Saint-Denis et à Strasbourg, le téléphone "grave danger" a été introduit dans la loi en 2014.

Muni d'une unique touche permettant d'appeler les secours, cet appareil est octroyé pour six mois renouvelables aux femmes victimes de violences conjugales qui en font la demande. Une fois enclenché, il permet une intervention rapide des forces de l'ordre.

En 2018, les téléphones "grave danger" ont permis 420 interventions, contre 282 en 2017.

Mais ils restent trop peu déployés. Les "deux tiers dorment dans des placards" de l'administration, faute de décision pour les attribuer, a insisté Aurélien Pradié.

La proposition de loi entend faciliter et élargir l'accès au dispositif que les victimes pourront directement réclamer auprès du procureur de la République.

Le téléphone "grave danger" pourra être attribué plus tôt, quand l'auteur des violences est en fuite ou avant même une interdiction judiciaire d'entrer en contact avec la victime.

Partager cet article

Dans la même thématique

Gare SNCF Toulouse MATABIAU
7min

Politique

« Rien n’a été prévu » : un rapport du Sénat dresse un bilan sévère sur l’ouverture du réseau ferroviaire à la concurrence

Cinq après l’ouverture du ferroviaire à la concurrence, un rapport sénatorial salue l’efficacité budgétaire de la réforme, mais regrette l’impréparation de l’Etat face aux bouleversements engendrés par la fin du monopole de la SNCF. L’éclatement du réseau et le sous-financement des lignes moins rentables préoccupent particulièrement les sénateurs.

Le

Féminicides: feu vert de l’Assemblée au bracelet antirapprochement
2min

Politique

Tribune anti-Bolloré : « La réponse de Maxime Saada est grave parce que c'est une atteinte à la liberté d'expression », estime la sénatrice socialiste, Sylvie Robert

De retour du festival de Cannes, la vice-présidente socialiste du Sénat et membre de la commission de la culture, Sylvie Robert s’est émue de la menace du patron de Canal +, Maxime Saada de ne plus travailler avec les signataires d’une tribune dénonçant l’influence croissante de Vincent Bolloré sur le cinéma français.

Le

Féminicides: feu vert de l’Assemblée au bracelet antirapprochement
2min

Politique

Tribune anti-Bolloré : les propos de Maxime Saada « rappellent les heures sombres du maccarthysme », dénonce le sénateur écologiste, Ronan Dantec

Lors des questions d’actualité au gouvernement du Sénat, le sénateur écologiste, Ronan Dantec a interpellé la ministre de la Culture, Catherine Pégard sur la menace du patron de Canal + d’écarter les signataires d’une tribune contre l’influence de Vincent Bolloré. « Ça rappelle les heures sombres du maccarthysme s’attaquant à Hollywood », a-t-il fustigé.

Le

Ecole maternelle Volontaires, Violences dans le periscolaire, Paris
4min

Politique

Violences sexuelles dans le périscolaire : une proposition de loi du Sénat pour contrôler les antécédents des personnels, adoptée en commission

Alors que 78 agents de la ville ont été suspendus dans les écoles parisiennes, dont 31 pour des suspicions de violences sexuelles depuis le début de l’année, une proposition de loi sénatoriale vise à mettre en place une enquête administrative pour vérifier les antécédents judiciaires et le comportement des candidats à des postes d’encadrement des enfants.

Le