« Gilets jaunes »: une crise illustrant les limites de l’étalement urbain en France
Quartiers pavillonnaires, zones commerciales, parkings, voies rapides: la crise des "gilets jaunes" en France met en lumière les...

« Gilets jaunes »: une crise illustrant les limites de l’étalement urbain en France

Quartiers pavillonnaires, zones commerciales, parkings, voies rapides: la crise des "gilets jaunes" en France met en lumière les...
Public Sénat

Par Laure FILLON

Temps de lecture :

5 min

Publié le

Mis à jour le

Quartiers pavillonnaires, zones commerciales, parkings, voies rapides: la crise des "gilets jaunes" en France met en lumière les limites de l'étalement urbain favorisé depuis des décennies mais rattrapé par la hausse des prix du carburant et la protection de l'environnement.

Les "gilets jaunes" "ont pris possession des ronds-points" et avec eux, "la France a accepté de regarder des espaces qui n'existaient pas dans le débat auparavant", se réjouit Hugo Bevort, du Commissariat général à l'égalité des territoires (CGET), organisme chargé d'aménagement du territoire.

Loin des métropoles et de l'image idyllique des plus beaux villages de France, l'hexagone est grignoté depuis le début des années 1970 par des lotissements pavillonnaires, des hyper et supermarchés et des zones d'activités accessibles quasi exclusivement en voiture. "Comment la France est devenue moche", titrait ainsi l'hebdomadaire Télérama dès 2010.

La population en zone périurbaine, dans l'extension des villes, est passée de 9,4 millions en 1968 à 15,3 millions en 2011, selon l'enquête sociologique "La question périurbaine". Soit près d'un quart des Français: des ouvriers, des employés et, dans une moindre mesure, des cadres.

Ce phénomène s'accompagne d'une artificialisation des sols. Ces zones artificialisées (bâtiments, routes, parkings, voies ferrées, espaces verts artificiels) occupent désormais 9,4% du territoire métropolitain. L'habitat individuel en est la première cause, devant le réseau routier.

Entre 2006 et 2015, l'équivalent du département de la Seine-et-Marne (soit 5.915 km²) a été pris sur des terres agricoles et des milieux naturels.

Les régions les plus touchées sont le sud-est de la France et la façade atlantique, où la croissance démographique est dynamique.

"Les populations aspirent à habiter dans des maisons individuelles et la généralisation de l'utilisation de la voiture a permis ce développement", explique à l'AFP Sandrine Berroir, géographe. Un mouvement soutenu par les pouvoirs publics avec le développement des infrastructures routières et les aides à l'accession à la propriété.

- Un coût environnemental -

L'appétit français pour les centres commerciaux est aussi marqué.

Selon Franck Gintrand, auteur du livre "Le jour où les zones commerciales auront dévoré nos villes", la France compte 2.000 hypermarchés et 10.000 supermarchés, soit 500 et 5.000 de plus qu'en 2008. Les zones commerciales "n'ont qu'un objectif: devenir les centres-villes de demain", estime-t-il.

Le centre de gravité de certaines petites et moyennes villes se déplacent en périphérie, tandis que leurs centres-villes se vident, au point d'inquiéter le gouvernement. Un plan de revitalisation a été lancé.

L'étalement urbain est synonyme du tout-voiture, indispensable pour travailler, faire ses courses et organiser des sorties. En cas d'envolée des prix du carburant, la facture devient salée.

Facture encore alourdie quand la maison de ses rêves se révèle mal isolée. "On a construit énormément de passoires thermiques", selon Christine Leconte, présidente de l’Ordre des architectes d’Île-de-France: "Quand le gaz et l'électricité augmentent, on arrive à des situations où les gens n'ont plus les moyens de payer le crédit, les factures et l'essence".

Le constat n'est pas neuf. Depuis 2000, plusieurs lois tentent de contrer l'étalement urbain.

"C'est un problème environnemental", argumente Christine Leconte. L'artificialisation des sols renforce les effets des crues, des canicules en ville, affecte les espèces animales et végétales et conduit à la perte de bonnes terres agricoles. Outre la pollution liée aux transports.

- Repenser l'existant -

Pour autant, rien ne l'arrête: "On limite le rythme, mais sans remettre en cause le mouvement", constate Hugo Bevort, du Commissariat général à l'égalité des territoires.

Les causes sont multiples: logements chers dans les centres-villes des grandes agglomérations, recherche d'un meilleur cadre de vie, volonté des maires de dynamiser leurs villes en attirant des familles dans de nouveaux quartiers pavillonnaires, recettes fiscales apportées par un centre commercial et promesses d'emplois...

Les pouvoirs donnés aux maires en matière d'aménagement urbain a aussi contribué à "un émiettement" des décisions, explique Hugo Bevort.

Pour l'architecte Christine Leconte, "on doit regarder l'existant et reconstruire la ville sur la ville", plutôt que de poursuivre "la fuite en avant".

La Fondation pour la nature et l'homme (FNH), pour qui la réponse au mouvement des "gilets jaunes" ne peut être seulement fiscale, demande aussi l'application de l'objectif "zéro artificialisation nette" ou encore un moratoire sur la création de nouvelles zones commerciales et de loisirs et les grands projets routiers et autoroutiers.

"Notre approche est de dire qu'il faut limiter l'étalement urbain mais aussi donner de la qualité urbaine à ces espaces", en y amenant des services, des commerces, des transports publics, répond Hugo Bevort. Ne pas opposer ville et périurbain, résume-t-il, mais "donner de la dignité à tous les espaces."

Partager cet article

Dans la même thématique

Paris: Deputes dans la salle des quatre colonnes
7min

Politique

Sénatoriales dans les Bouches-du-Rhône : dénonçant sa place sur la liste de Renaud Muselier, Valérie Boyer se lance de son côté

La sénatrice LR sortante, qui avait obtenu l’investiture à la troisième place d’une liste d’union UDI-Renaissance-LR, demandait la première place. Après avoir dénoncé un accord déséquilibré et se sentant « en décalage politique », Valérie Boyer décide de lancer sa liste dissidente. Renaud Muselier « regrette qu’elle ait cassé l’accord ». De quoi amener une dose d’incertitude de plus dans le scrutin.

Le

Tribute to Edgar Morin
7min

Politique

Présidentielle 2027 : « La candidature de Bernard Cazeneuve traduit la difficulté de notre personnel politique à se renouveler », selon Bruno Cautrès

Bernard Cazeneuve s'avance un peu plus sur le chemin déjà bien embouteillé de la présidentielle. Sans se déclarer officiellement candidat, l'ancien Premier ministre vient de publier une « Lettre aux Français » aux allures de programme, couplée à une interview dans Le Parisien dans laquelle il réaffirme son positionnement social-démocrate. Un espace déjà convoité par François Hollande et Raphaël Glucksmann.

Le

Montrouge: Entretiens politiques sur l energie avec Terra Nova
9min

Politique

Présidentielle : devant ses amis réunis à la questure du Sénat, François Hollande se prépare et met en garde contre les « candidatures de témoignage »

L’ancien chef de l’Etat, qui aspire à la redevenir, a réuni ses fidèles mercredi soir à la questure du Sénat. François Hollande, qui sortira un livre début septembre, planche sur « quelques grandes idées ». S’il n’est pas encore déclaré, il espère être en situation pour pouvoir se lancer. Mais pour lui, l’éventuel retour à l’Elysée ne passera pas par la case primaire.

Le

Paris: Questions au Gouvernement Assemblee nationale
8min

Politique

Interdiction du voile : en envisageant la piste d'un référendum, Marine Le Pen met la pression sur le Conseil constitutionnel

Mesure phare du programme de Marine Le Pen depuis de nombreuses années, l'interdiction du voile dans l'espace public nourrit quelques divisions au sein du RN. Selon les informations du Monde, la candidate à la présidentielle privilégierait désormais la piste du référendum pour faire passer cette réforme qui, sur le principe, serait contraire à la Constitution. Une voie qui permettrait d'éviter une censure a posteriori du Conseil constitutionnel. Le rôle des Sages serait toutefois déterminant en amont de la consultation des citoyens. Explications

Le