Hollande et l’Afrique: des guerres et la fin d’une certaine Françafrique
Il avait promis de rompre avec la "Françafrique". Cinq ans après, François Hollande a mis fin à certaines dérives affairistes mais il a noué des...

Hollande et l’Afrique: des guerres et la fin d’une certaine Françafrique

Il avait promis de rompre avec la "Françafrique". Cinq ans après, François Hollande a mis fin à certaines dérives affairistes mais il a noué des...
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Par Marie WOLFROM

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Il avait promis de rompre avec la "Françafrique". Cinq ans après, François Hollande a mis fin à certaines dérives affairistes mais il a noué des alliances avec des régimes contestés, au fil des opérations militaires, au nom de la lutte contre le terrorisme.

Accueilli en héros à Bamako en février 2013, un mois après le lancement de l'opération Serval visant à libérer des jihadistes le nord du Mali, le président français retrouve la capitale malienne vendredi pour un sommet Afrique-France aux allures de testament politique.

Rien ne laissait présager un destin africain pour François Hollande, "qui connaissait mal l'Afrique et ne s'y intéressait pas particulièrement" avant son arrivée à l’Élysée, relève Philippe Hugon, chercheur de l'Institut de Relations Internationales et Stratégiques (IRIS).

François Hollande accueille le président tchadien Idriss Deby Itno à l'Élysée, le 20 août 2016.
François Hollande accueille le président tchadien Idriss Deby Itno à l'Élysée, le 20 août 2016.
POOL/AFP/Archives

Vis-à-vis du continent, sa seule promesse de candidat est une rupture "avec la +Françafrique+".

"Les émissaires, les intermédiaires et les officines trouvent désormais porte close à la présidence de la République comme dans les ministères", insiste François Hollande lors de sa première visite en Afrique, à Dakar le 12 octobre 2012. Une pique à son prédécesseur, Nicolas Sarkozy.

"Il y a eu un tarissement de la source de la Françafrique, des mallettes et des affaires, il y a eu un changement de ton, qui tranchait avec la désinvolture de Sarkozy", salue Hamidou Anne, l'un des animateurs sénégalais du groupe de réflexion panafricain "L'Afrique des idées".

Autre message du président Hollande: "La démocratie vaut pour elle-même, partout. Aucun pays, aucun continent, ne peut en être privé".

- "Schizophrénie" -

"Dans un premier temps, il se positionne en donneur de leçon" mais "la realpolitik va le rattraper", relève Matthieu Fau-Nougaret, membre du pôle de recherche "Les Afriques dans le monde" à l'Université de Bordeaux.

François Hollande raccompagne sur le perron de l'Élysée le président congolais Denis Sassou-Nguesso après un entretien, le 7 juillet 2015.
François Hollande raccompagne sur le perron de l'Élysée le président congolais Denis Sassou-Nguesso après un entretien, le 7 juillet 2015.
AFP/Archives

Dès janvier 2013, la France envoie des troupes au Mali, à la demande de Bamako et avec l'aval de l'Union africaine.

L'opération Serval - qui réussit à endiguer les groupes jihadistes sans les éradiquer - laisse la place en août 2014 à Barkhane, élargie à cinq pays du Sahel. En parallèle, et après de longues hésitations, Paris envoie en décembre 2013 des troupes en Centrafrique, en proie au chaos et aux violences intercommunautaires.

En plaçant l'action militaire au cœur de sa politique africaine, François Hollande fait passer au second plan son credo démocratique et se rapproche de dirigeants controversés mais jugés incontournables dans la lutte antiterroriste.

"La priorité sécuritaire fait qu'il faut bien s'accommoder d'alliés qui ne sont pas nécessairement vertueux sur le plan des droits de l'Homme", épingle Philippe Hugon, en citant notamment le Tchad, pilier de la mission de l'Onu au Mali (Minusma) mais aussi de la lutte contre les islamistes de Boko Haram.

Tenu à distance par François Hollande au début de son mandat, Idriss Déby Itno, à la tête du Tchad depuis 26 ans, devient ainsi un allié clé. Lors de la réélection du président tchadien en avril 2016, face à une opposition constamment réprimée, Paris fait profil bas.

François Hollande et Catherine Samba-Panza, chef de l'État de transition de la République centrafricaine, s'entretiennent avec des militaires français de l'opération Sangaris, le 28 février 2014.
François Hollande et Catherine Samba-Panza, chef de l'État de transition de la République centrafricaine, s'entretiennent avec des militaires français de l'opération Sangaris, le 28 février 2014.
POOL/AFP

Une "position schizophrénique" que l'on retrouve "notamment au moment du changement de constitution au Congo", souligne Matthieu Fau-Nougaret.

Après avoir mis en garde le président Denis Sassou Nguesso contre toute tentative de modifier la Constitution congolaise, François Hollande prendra finalement acte du référendum permettant à M. Sassou de briguer un nouveau mandat début 2016, après plus de 30 ans de pouvoir.

"Privilégier le militaire, c'est une vision court-termiste", regrette Philippe Hugon.

Tant au Mali qu'en Centrafrique - où l'opération Sangaris a été close fin octobre 2016 - "rien n'est réglé", souligne-t-il. "Les militaires savent très bien que la solution se fait par des projets de développement".

Sur ce plan, la France a fait un effort en augmentant, pour la première fois depuis 2010, le montant de son aide publique au développement, pour atteindre quelque 9 milliards d'euros en 2017.

Rompant enfin avec une pratique du déni, François Hollande a rendu officiellement hommage ces dernières années aux tirailleurs sénégalais massacrés par l'armée coloniale à Thiaroye, en 1944, ainsi qu'aux victimes des répressions contre les militants indépendantistes camerounais de l'UPC au tournant des années 60.

"L'histoire sert à nourrir le présent et à purger certaines passions, je pense que Hollande a été très inspiré d'aller dans le symbole", souligne Hamidou Anne. "C'est quelque chose d'important"

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