« Si on ne fait rien pour se protéger, l’élection peut être faussée », s’est inquiété jeudi sur RTL Gabriel Attal, directement visé, accusant « la Russie de vouloir voler » le scrutin. Une action qui s’inscrit dans une opération plus large puisque deux autres candidats déclarés ou pressentis à l’élection présidentielle ont été ciblés.
Les publications relayent de fausses informations en utilisant des visuels reprenant les chartes graphiques de médias français ainsi que des deepfakes. Ainsi, Edouard Philippe (Horizons) a fait l’objet d’une publication calomnieuse sur son état de santé tandis qu’une autre laisse entendre que Gabriel Attal (Renaissance) serait potentiellement atteint de la maladie de Parkinson. Une autre publication, ciblant cette fois Raphaël Glucksmann (Place Publique) insinue que sa compagne, la journaliste Léa Salamé aurait soudoyé les médias pour favoriser sa campagne.
Si ces opérations n’ont pas obtenu une grande visibilité, il s’agit des premières actions ciblées depuis les déclarations de candidature à l’élection présidentielle. Alors que le rapport de Virginum sur les ingérences numériques étrangères lors des élections municipales soulignait l’action d’acteurs non-étatiques, ces opérations semblent avoir été menées par le groupe russe Storm 1516. Ce groupe est directement piloté par le GRU, le renseignement militaire russe, et a déjà réalisé plusieurs opérations de manipulation de l’information en France.
Un projet de loi sur les ingérences à la rentrée
Après avoir été interpellé par Jean-Luc Mélenchon (LFI) sur X, le premier ministre a réagi en déclarant que la lutte contre les ingérences était « une priorité pour le gouvernement ». Sébastien Lecornu a également abondé dans le sens du candidat de LFI à l’élection présidentielle dont certains membres ont été ciblés lors des élections municipales de 2026. « Je partage l’idée que ce sujet mérite un travail commun », écrit le Premier ministre rappelant qu’il comptait poursuivre à la rentrée le travail de consultations des forces politiques entamé en juin dernier.
Le chef du gouvernement souligne aussi l’examen à venir d’un projet de loi sur les ingérences étrangères. Déjà présenté en conseil des ministres, le texte contient trois articles permettant dont un permet de tripler les sanctions pénales contre les auteurs d’ingérences numériques pour atteindre jusqu’à 3 ans d’emprisonnement et 45 000 euros d’amende. Autre nouveauté, la création d’une nouvelle procédure de référé judiciaire permettant de solliciter le retrait de fausses informations en ligne portant atteinte à certains intérêts fondamentaux de la Nation.
Enfin, le Premier ministre annonce que la création d’un « protocole de transmission automatique de tous les cas détectés sera également mis en place, en lien avec les formations politiques et les services compétents ».
Une menace grandissante, un impact difficilement quantifiable
Ces mesures, notamment le renforcement des capacités du juge judiciaire à faire cesser une opération en ordonnant la suppression d’un contenu, vont dans le sens des recommandations du rapport de la commission d’enquête sénatoriale sur les ingérences étrangères de 2024.
Et si les dernières opérations n’ont pas bénéficié d’une visibilité importante, Viginum, ne cesse d’alerter sur les dangers représentés par ces manipulations de l’information. « Il est évident que nous devons collectivement nous préparer à un durcissement de la menace informationnelle », estimait Anne-Sophie Hiver, cheffe de service adjointe Viginum lors d’une table ronde au Sénat sur les manipulations de l’information le 5 novembre 2025.
« Cela étant, la nature et l’ampleur exacte des effets réels de telles menaces demeurent relativement méconnues. Dans l’affaire « Cambridge Analytica » comme dans l’élection présidentielle en Roumanie, il reste très difficile de mesurer l’impact de ces campagnes sur les votes », nuançait Laurent Cordonnier, directeur de recherche à la fondation Descartes, lors de la même table ronde.
La gauche demande des sanctions contre les plateformes
Alors que ces fausses informations sont largement diffusées sur les réseaux sociaux comme X ou TikTok et s’appuient sur des réseaux organisés et des influenceurs capables de donner de la visibilité aux fausses informations. Une situation qui a fait réagir la gauche qui considère que le gouvernement ne va pas assez loin dans son bras de fer avec les différentes plateformes numériques.
Raphaël Glucksmann demande ainsi aux autorités françaises et européennes de ne pas avoir « la main qui tremble » s’il faut sanctionner ces réseaux. Le député européen rappelle notamment l’annulation de l’élection présidentielle de 2024 en Roumanie. Les autorités roumaines avaient alors accusé Moscou d’avoir fait décoller la campagne du candidat d’extrême droite, Calin Georgescu, en utilisant TikTok. « Il n’y a pas eu de sanctions prises contre TikTok », déplore Raphaël Glucksmann.
Marine Tondelier (Écologiste) est allée plus loin dans le quotidien Libération, affirmant que « menacer des plateformes comme X d’une interdiction pendant les élections me semble nécessaire. Et il faut appliquer cette sanction en cas d’ingérences constatées en amont ». Le propriétaire du réseau social X, Elon Musk, a qualifié, début juillet, la candidature de Marine Le Pen de « dernier espoir pour la France ». Le Rassemblement national, régulièrement ciblé pour sa proximité avec la Russie, n’a pas encore réagi.