Train retardé : les sénateurs créent une garantie de correspondance, en cas de trajet opéré par plusieurs compagnies
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Harmonisation des titres, garantie de correspondance, ouverture de SNCF Connect : les propositions des sénateurs pour faciliter les trajets en train

Les sénateurs ont rendu public, ce mercredi, leurs propositions pour harmoniser les tarifs et conditions d’achats des billets sur le réseau de trains, alors que les opérateurs sont toujours plus nombreux avec l’ouverture à la concurrence. Des propositions que les rapporteurs ont bon espoir de voir reprises par les députés dans le projet de loi-cadre.
Christian Mouly

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Clap de fin pour la mission d’information sur la billettique dans les transports. Les quatre rapporteurs, issus de différents groupes du bloc central et de la gauche, ont rendu ce mercredi leur rapport contenant de multiples propositions pour assurer la cohérence des offres d’achats de billets de train, alors que l’ouverture à la concurrence en cours depuis plusieurs années menace de morceler encore davantage le réseau. Des propositions adoptées pour une part au Sénat dans le projet de loi-cadre sur les transports, mais martelées par les élus en vue de leur examen par l’Assemblée nationale.

Autant de réponses aux difficultés des usagers, qui « doivent acquérir à la fois plusieurs titres, plusieurs applications et puis se frayer un chemin à travers de ce qu’on a appelé un maquis tarifaire », explique Pierre-Jean Rochette (Les Indépendants – République et Territoires), l’un des corapporteurs. Les sénateurs dénombrent aujourd’hui 160 plateformes billettiques publiques. La faute à « la régionalisation du transport ferroviaire conventionné et désormais son ouverture à la concurrence » qui conduisent à « une archipélisation », détaille-t-il. Des éléments qui menacent les droits des usagers, confrontés à des conditions variables et très peu transparentes.

Vers la dématérialisation

En réponse, le rapport propose d’harmoniser les catégories tarifaires entre les opérateurs régionaux. Fini les différentes bornes d’âge, par exemple, entre les métropoles de Bordeaux et de Lyon, la première ouvrant son tarif senior à partir de 60 ans, la seconde à partir de 65 ans. Une mesure jugée indispensable pour la vente de tickets « porte-à-porte », relevant de plusieurs autorités locales organisatrices de la mobilité (AOM). Même chose pour les cartes de réduction, différentes selon les régions, qui devront pouvoir être utilisées partout sur le territoire, plaident-ils. À ce titre, les sénateurs lancent un appel à la dématérialisation généralisée des titres de transport, « levier efficace pour renforcer l’attractivité des transports collectifs ».

Autre appel : celui de l’intelligence artificielle. Les rapporteurs pour un « déploiement maîtrisé » de l’IA dans les systèmes de vente de billets, en particulier pour offrir aux usagers la possibilité de réaliser des simulations de trajet. Cela doit passer, selon eux, par le soutien aux entreprises européennes en la matière. Car « il ne fait aucun doute que cette technologie va bouleverser le secteur de la billettique dans les prochaines années, on ne peut pas la contourner », prévient Pierre-Jean Rochette.

« Tout le monde doit pouvoir vendre tout le monde »

Pour simplifier l’achat de billets, les sénateurs souhaitent voir développer un système de « titre unique », utilisable sur tout le territoire. En attendant sa réalisation technique, ils veulent que les billets de toutes les compagnies soient disponibles sur toutes les plateformes de vente de billets. « Tout le monde doit pouvoir vendre tout le monde symétriquement. Tout opérateur de transport ferroviaire et routier doit pouvoir être distribué sur n’importe quel site de vente de billets s’il en fait la demande », résume le centriste Franck Dhersin, pleinement engagé sur cette mesure qui a tendu les débats lors de l’examen du projet de loi-cadre.

Car cette disposition, finalement adoptée, signifie que la plateforme SNCF Connect héberge les billets de ses concurrents. De quoi provoquer une vive fracture au sein du bloc central, certains craignant de porter trop atteinte à la SNCF. « Nous laissons la possibilité aux acteurs, y compris à l’opérateur historique, de disposer d’une application pour vendre uniquement leur propre offre. Ce dispositif éviterait donc une asymétrie au détriment de l’opérateur historique », rétorque aujourd’hui Franck Dhersin, au centre des invectives ayant agité l’hémicycle en avril.

Avant d’ajouter, un brin provocateur : « C’est aussi une chance pour SNCF Connect de se renouveler. Parce que si on ne fait rien, ce sont les Gafam demain qui vont prendre la main. Je dis à SNCF Connect : « Oui, vous voulez rester dans votre petit coin tranquille, mais le monde bouge, et il faut bouger avec le monde. » »

Tarifs solidaires pour les Intercités

Dans la même optique, les sénateurs confirment leur volonté de créer une garantie de correspondance en cas de trajet opéré par plusieurs compagnies, comme voté dans le projet de loi-cadre. Jusque-là, cette garantie n’est ouverte qu’aux billets directs, réservés via une même compagnie. Concrètement, un usager confronté un retard pourrait emprunter un autre train, y compris d’une autre compagnie, pour poursuivre son trajet.

Mais gare à ne pas accompagner la mesure d’une compensation financière, alertent les sénateurs, qui pèserait surtout sur les régions, les TER étant plus fréquemment en retard en raison de la mauvaise qualité du réseau. « Un domaine sur lequel on est un petit peu inquiet par rapport au travail qui est fait en ce moment par la commission et par le rapporteur » à l’Assemblée, alerte Franck Dhersin. Pour le reste, il se dit confiant de voir ses propositions reprises par les députés.

Les sénateurs prévoient aussi un volet social. Avec la volonté de changer de paradigme : « Les tarifications actuelles reposent largement sur une logique de statut (jeunes, seniors, demandeurs d’emploi, etc). Ce qui nous semble souhaitable c’est une évolution vers une tarification solidaire, donc fondée sur le niveau de revenu des ménages qu’on apprécie via le quotient familial », précise le sénateur écologiste Jacques Fernique, lui aussi rapporteur. Les régions sont tenues d’appliquer au moins partiellement un tel mode de calcul, mais l’État central en est dispensé pour les Intercités.

Les sénateurs proposent donc d’étendre cette tarification et de l’harmoniser. De quoi opérer un meilleur ciblage des publics les plus défavorisés, « plutôt que de recourir à une coûteuse gratuité généralisée qui bénéficie de fait en partie à des publics aisés », pointe l’écologiste.

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