La vie de Cédric Villani est une succession d’obsessions lui ayant permis d’explorer en profondeur des sujets complexes et divers. Des échecs, découverts à l’âge de 5 ans, au transport optimal, jusqu’à l’amortissement lambda, son parcours est marqué par une quête constante de compréhension.
« Mes travaux ont été la marque d’une obsession ardente. C’est au cœur de cette obsession que j’ai pu surmonter certains obstacles. Je sais d’expérience que la capacité d’être obsédé par un sujet, d’en être envahi tout entier, constitue un réel avantage pour faire de la recherche. »
Depuis qu’il a quitté les bancs du Palais-Bourbon, il a retrouvé le monde universitaire. Il n’en oublie pas pour autant le caractère grisant de la vie politique : « Dans le bain du Parlement, où une urgence chasse l’autre, il y a des jeux passionnants et parfois beaucoup d’adrénaline. On s’y fait vite. Il y a un côté addictif. »
« L’enjeu principal est le courage politique »
Son engagement politique, d’abord auprès de La République en marche, puis du groupe écologiste, est marqué par une volonté forte de faire dialoguer les mondes scientifique et politique.
« Dans un monde en proie à de nombreux dangers liés à la technique, à l’environnement et à tant d’autres sujets où la voix des experts est indispensable, il est important que ces deux mondes se parlent de près. »
Mais son mandat de député lui a permis de comprendre une autre réalité : « Je suis rentré au Parlement en me disant que l’enjeu essentiel était une meilleure information scientifique. J’en suis sorti en me disant que l’enjeu principal était le courage politique. »
Une réflexion qu’il développe ainsi : « Dans bien des cas, vous vous retrouvez face à des solutions simples à mettre en œuvre, mais politiquement difficiles. »
« Jusqu’en 2025, les plus grands mathématiciens se disaient qu’avec l’IA, nous allions disposer d’un super outil »
Dans l’univers des mathématiques également, il se voit contraint de faire de la politique. Avec 24 autres médaillés Fields, il a signé une tribune dans Le Monde alertant sur les dangers de l’intelligence artificielle.
« Nous sommes peut-être des naïfs, mais jusqu’en 2025, les plus grands mathématiciens se disaient qu’avec l’IA, nous allions disposer d’un super outil. En 2026, ils découvrent une sorte de remplaçant qui entend prendre en charge, sous l’égide des grandes multinationales, toute la chaîne de valeur, de la conception jusqu’à la publication de l’article. »
Il reconnaît que les spécialistes peuvent être victimes d’un biais, celui de la conviction qu’ils sont irremplaçables. C’est pourquoi il appelle à ce que les mathématiciens eux-mêmes fixent les limites de l’usage de cette technologie.
« En tant que communauté mathématique, nous devons redéfinir entre nous les règles, ce que nous acceptons ou non. Il n’est pas question de considérer qu’une personne est l’auteur d’un article si elle s’est contentée d’appuyer sur un bouton, d’écrire l’énoncé et de regarder la machine produire une réponse à sa place. »
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