Avec des températures dépassant les 45 degrés et trois épisodes caniculaires entre mai et septembre, nos villes se sont parfois transformées en bouilloires. Manque de végétalisation, bitume brûlant, logements inadaptés, faiblesse de l’isolation du bâti : de nombreux citadins se sont sentis pris au piège des fortes chaleurs.
Pour l’architecte Vincent Callebaut, des solutions existent déjà. Il cite notamment la tour qu’il a conçue au cœur de la capitale taïwanaise : « C’est le projet Tao Zhu Yin Yuan. Cette tour s’inspire directement du fonctionnement d’une termitière. Concrètement, l’air chaud, à 42 degrés, chargé à 100 % d’humidité dans la ville de Taipei, passe sous les fondations du bâtiment, où la température reste constante toute l’année autour de 16 degrés, avant d’être réinsufflé grâce à des courants d’air naturels, sans consommer un seul kilowattheure. Cela signifie que, dans votre appartement, vous bénéficiez naturellement d’une température comprise entre 25 et 26 degrés. Si vous utilisez une climatisation mécanique, c’est simplement pour atteindre une température de confort d’environ 22 degrés. » détaille-t-il.
Végétaliser !
Si l’habitat peut être adapté, la révolution de la ville de demain passera également par la transformation des quartiers et des espaces publics, qu’il faudra, selon l’urbaniste Sylvain Grisot, « végétaliser massivement ». Pour lui, « une véritable canopée, c’est un accès à la terre ». Une évolution qui suppose également d’accepter certaines contraintes : « Il y aura du pollen, mais aussi de la boue sur les chaussures de nos enfants. Quand on imagine la nature en ville, on pense au végétal, mais il y a aussi l’animal. Il n’y a pas que des écureuils, il y a aussi des rats. Il n’y a pas que des abeilles, il y a aussi des moustiques. Il va vraiment falloir l’expliquer aux gens. » assume -t-il.
Détruire pour mieux reconstruire ?
Pour Quentin Ghesquière, cofondateur d’Adapt, un think-tank indépendant consacré à l’adaptation au changement climatique, cette transformation nécessitera une mobilisation massive des pouvoirs publics et des travaux d’envergure. « Pourquoi ne changerait-on pas tout si l’on avait le pouvoir de le faire ? Lors des Jeux olympiques de Paris 2024, ou encore lors du remembrement agricole, on a modifié des zones entières pour répondre à des intérêts nationaux majeurs. Aujourd’hui, avec 7 000 morts lors d’une canicule, et ce ne sont que des chiffres provisoires ; 220 000 personnes déplacées à cause des incendies ; la ville de Bordeaux elle-même menacée par ces mêmes incendies… Nous devons être capables de penser le changement à cette échelle », conclut-il.
10% de la ville reste à construire avant 2050
Une vision à l’opposé de celle défendue par l’urbaniste Sylvain Grisot, pour qui il est illusoire de croire que l’on pourrait repartir de zéro : « Nous ne sommes pas en capacité de dire : “On arrête tout et on recommence pour construire la ville idéale.” » Pour lui, la transformation doit d’abord passer par l’adaptation de l’existant. « 80 % à 90 % de la ville du futur existe déjà. Nous vivons déjà dans la ville de 2050. Les 10 % à 20 % restants correspondent à ce que nous allons encore construire. Il faut avoir en tête que l’essentiel du travail consiste à adapter l’existant. C’est pourquoi les questions sur la ville du futur me paraissent passionnantes, mais aussi largement théoriques. La véritable question est plutôt : qu’est-ce que l’on fait de la ville que nous avons déjà sous les yeux ? », conclut-il.
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