L’extrême droite européenne entre en campagne en ordre dispersé
Poussées par des vents porteurs et des sondages souvent flatteurs, les droites extrêmes et populistes européennes entrent en campagne, sans...

L’extrême droite européenne entre en campagne en ordre dispersé

Poussées par des vents porteurs et des sondages souvent flatteurs, les droites extrêmes et populistes européennes entrent en campagne, sans...
Public Sénat

Par Mathieu FOULKES

Temps de lecture :

5 min

Publié le

Mis à jour le

Poussées par des vents porteurs et des sondages souvent flatteurs, les droites extrêmes et populistes européennes entrent en campagne, sans présenter à ce stade de front uni ou de stratégie commune.

Première à entrer en scène, samedi: l'extrême droite allemande, Alternative pour l'Allemagne (AfD), qui a bouleversé depuis 2015 le paysage politique allemand. Ses dirigeants, réunis samedi à Offenburg (Bade-Wurtemberg, sud), ont lancé leur campagne pour les élections européennes.

"Cette campagne pour les Européennes est une campagne sur l'identité", a estimé à la tribune un des dirigeants de l'AfD, Alexander Gauland. "L'Union européenne n'est pas un Etat, elle n'a pas besoin de parlement mais tant que le Parlement existe, nous voulons avoir de l'influence", a-t-il lancé.

L'AfD espère confirmer sa percée, longtemps impensable, avec des sondages qui la placent à 10%, même si les intentions de vote sont en baisse depuis quelques mois. Dans les Länder d'ex-Allemagne de l'Est, elle espère attirer un électeur sur 4.

En dépit de scandales financiers qui l'éclaboussent, elle continue de surfer sur les inquiétudes générées par l'ouverture en 2015 des frontières par Angela Merkel à plus d'un million de demandeurs d'asile.

- Leadership -

Lundi à Milan, ce sera au tour du ministre italien de l'Intérieur Matteo Salvini, patron d'une Ligue donnée dans les sondages à plus de 30%, de réunir des alliés européens. L'objectif? Poser les bases d'un grand groupe dans le futur Parlement européen afin de peser sur les choix de la Commission.

Dans l'assemblée sortante, les souverainistes étaient en effet divisés en trois entités (ENL, EFDD et CRE).

La Ligue, membre du groupe Europe des nations et des libertés (ENL), veut ainsi tendre la main notamment aux Vrais finlandais et au Parti populaire danois, membres du groupe Conservateurs et réformistes européens (CRE).

Jörg Meuthen, tête de liste du parti Alternative pour l'Allemagne (AfD), le 25 mars 2019 à Berlin
Jörg Meuthen, tête de liste du parti Alternative pour l'Allemagne (AfD), le 25 mars 2019 à Berlin
AFP/Archives

La tête de liste de l'AfD, Jörg Meuthen, sera aussi présent à Milan, mais pas Marine Le Pen, présidente du Rassemblement national français, qui espère arriver en tête en France le 26 mai.

Mme Le Pen et M. Salvini ont eu une "rencontre cordiale" vendredi, selon la Ligue, et devraient participer à une "manifestation commune" en mai.

Mais en réalité, les deux personnalités se disputent le leadership de l'extrême droite européenne.

La dirigeante du RN va ainsi tenter elle aussi de nouer de nouvelles alliances avec des partis nationalistes en se rendant tour à tour dans les prochaines semaines en République tchèque, Belgique, où elle s'entretiendra avec les dirigeants du Vlaams Belang, puis en Slovaquie.

Malgré d'évidentes similitudes - euroscepticisme, islamophobie -, l'union de toutes ces forces ne va pas de soi.

Comme le relève M. Meuthen, ces partis à travers l'Europe "ont des positions identiques ou similaires dans la politique migratoire, mais très différentes dans d'autres domaines".

Entre l'AfD, adepte de l'économie de marché, et la vision protectionniste du Rassemblement national, bien moins libéral que la Ligue ou le Fidesz hongrois, l'écart est grand.

De même, la Ligue ou le PiS polonais mettent en avant les racines chrétiennes de l'Europe, quand le RN, au nom de la laïcité, n'en fait pas une priorité.

Le Premier ministre hongrois Viktor Orban, le 5 avril 2019 à Budapest
Le Premier ministre hongrois Viktor Orban, le 5 avril 2019 à Budapest
AFP

Même sur la politique migratoire, des divergences profondes existent entre la Ligue, favorable à une répartition des demandeurs d'asile à travers l'Europe, et le RN ou l'AfD qui s'y opposent.

Du coup ces partis ont plutôt tendance à tenter de débaucher de nouveaux alliés pour renforcer leur propre groupe.

Les conservateurs du Parti populaire européen (PPE) l'ont compris. Malgré ses multiples provocations, le Premier ministre hongrois Viktor Orban n'a pas été exclu mais suspendu pour éviter qu'il n'aille renforcer un groupe souverainiste.

- Psychodrame -

Si les lignes risquent de bouger au Parlement européen, le tsunami nationaliste longtemps redouté par nombre d'observateurs ne devrait pas avoir lieu.

Les résultats cumulés des souverainistes devraient représenter un cinquième de l'assemblée, peu ou prou la même proportion qu'actuellement, selon une projection réalisée à partir de sondages nationaux et présentée en février par le Parlement européen.

La tête de liste du Rassemblement national (RN), Jordan Bardella (c), entouré des têtes de liste de La République en Marche (LREM), Nathalie Loiseau (g), et de Debout la France (DLF), Nicolas Dupont-Aignan, en marge d'un débat sur France 2 le 4 avril 2019
La tête de liste du Rassemblement national (RN), Jordan Bardella (c), entouré des têtes de liste de La République en Marche (LREM), Nathalie Loiseau (g), et de Debout la France (DLF), Nicolas Dupont-Aignan, en marge d'un débat sur France 2 le 4 avril 2019
AFP

Le psychodrame du Brexit offre de surcroît un fâcheux exemple de sortie de l'UE. Echaudés, bien des souverainistes se gardent désormais de s'en réclamer, comme Marine Le Pen qui a renoncé au "Frexit".

Il faut toutefois se garder de conclusions hâtives, prévient Sven Hutten, politologue à l'Université libre de Berlin: les turpitudes du Brexit peuvent aussi être utilisées pour "renforcer le sentiment d'une Union européenne qui ne respecte pas la volonté des Etats ni des électeurs".

Partager cet article

Dans la même thématique

L’extrême droite européenne entre en campagne en ordre dispersé
3min

Politique

Crise énergétique : Sébastien Lecornu annonce l’interdiction des chaudières à gaz dans les logements neufs

Quelques jours après le cessez-le-feu entre les Etats-Unis et l’Iran, Sébastien Lecornu a annoncé, ce vendredi, une série de mesures destinées à tirer les leçons » de la crise énergétique. Afin de dépendre moins des énergies fossiles, l’installation de chauffages au gaz serait interdite « dès la fin de cette année » dans les constructions neuves. Le gouvernement va aussi doubler son soutien à l’électrification des usages de 5,5 milliards à 10 milliards d’euros par an d’ici 2030.

Le

Philippe TABAROT visite du technicentre SNCF
6min

Politique

Sénatoriales : candidat dans les Bouches-du-Rhône, Renaud Muselier entend faire une liste commune avec LR

Le président de la région Provence-Alpes-Côte d’Azur, parti chez Renaissance en 2022, a annoncé par surprise sa candidature aux sénatoriales de septembre prochain, entendant jouer un rôle au plan national, pour la présidentielle. Il veut mener une liste d’union avec la droite. Du côté de la sénatrice LR sortante, Valérie Boyer, on confirme que les discussions sont engagées.

Le

Hungary US Vance
7min

Politique

Elections en Hongrie : « Orban est comblement bousculé dans cette campagne »

Dimanche, les élections législatives en Hongrie s’annoncent à haut risque pour Viktor Orban. Le Premier ministre nationaliste, proche du Kremlin, est distancé dans les sondages par son principal opposant, Péter Magyar. L’eurodéputé a choisi de mener une campagne de terrain sur des thèmes de politique intérieure, en mettant en exergue les dérives du régime en place depuis 16 ans.

Le

illustration: petite Mairie et son drapeau francais.
3min

Politique

Une tribune signée Cécile Duflot, Laurence Rossignol, Sandrine Rousseau et Christine Taubira appelle les femmes à « prendre le pouvoir » dans les intercommunalités

Avec seulement 12 % de femmes à la tête d’une intercommunalité, ces dernières restent exclues de ces postes clefs, en dépit de la parité. Une tribune, signée par Cécile Duflot, Laurence Rossignol, Sandrine Rousseau et Christiane Taubira, dénonce la situation et appelle à changer la donne.

Le