Même ses plus fervents soutiens ne s’attendaient pas à ça. Si les pro-Glucksmann misaient sur une victoire à la primaire sociale-démocrate dès le premier tour, ils n’imaginaient pas un score aussi écrasant, avec 66 % des voix. Auréolé de son nouveau statut de candidat officiellement soutenu par le PS, le leader de Place Publique va pouvoir – théoriquement – compter sur le soutien financier et militant du Parti socialiste. Pas plus mal, quand on sait le faible nombre de parlementaires, seulement sept, que compte la formation que Raphaël Glucksmann co-dirige avec Aurore Lalucq.
« Une démarche qui dépasse les différents groupes »
Au Sénat, où on ne compte que deux sénateurs Place Publique, Bernard Jomier et Grégory Blanc, qui ont décidé d’être membres du groupe écologiste, au détriment du groupe PS, certains pensent déjà à la suite. Alors que le candidat va chercher à élargir et à s’adresser au plus grand nombre, l’idée de réunir, du moins de rapprocher, les sénateurs pro-Glucksmann chemine. C’est notamment Bernard Jomier qui la défend.
« Il va y avoir un travail en commun de sénateurs qui soutiennent Raphaël Glucksmann », affirme à publicsenat.fr Bernard Jomier. « On peut parler d’intergroupe, car il y aura un certain nombre de collègues qui seront issus de différents groupes », soutient le sénateur Place Publique de Paris, qui précise : « Il ne s’agit pas de se substituer aux groupes du Sénat. C’est une démarche qui dépasse les différents groupes ». L’intergroupe n’a d’ailleurs pas d’existence en soi dans le règlement du Sénat. « Un intergroupe, ce sont des gens qui se rassemblent en fait. Ça s’appelle une coordination », glisse un autre sénateur qui pourrait être intéressé.
« Notre histoire, notre identité, ce n’est pas le caporalisme »
Toujours est-il que « les parlementaires qui se reconnaissent dans cette démarche politique ont vocation à réfléchir ensemble, dans la façon dont on va aborder les mois à venir, ici au Sénat et dans les différents territoires, et à travailler ensemble », ajoute Bernard Jomier, qui explique que l’idée vient d’une « réflexion commune. On se disait que si Raphaël Glucksmann était désigné, il faudrait qu’on s’organise au Sénat. On en est là », ajoute encore le sénateur.
Si l’autre sénateur Place Publique, Grégory Blanc, est plus prudent sur l’intergroupe, il explique cependant qu’il s’agit maintenant « de rentrer dans l’air du partenariat. Notre histoire, notre identité, ce n’est pas le caporalisme », avance le sénateur du Maine-et-Loire. « Par contre, qu’on démontre qu’on est dans le dépassement, c’est quelque chose d’essentiel », défend Grégory Blanc, qui continue : « Il y a eu un vote partisan. Il est tranché. Maintenant, il faut s’adresser aux Français. Et notre responsabilité, c’est de faire en sorte qu’au niveau parlementaire, cet appel prenne forme. Après, comment ? Tout ça va se construire dans les jours et semaines qui viennent », soutient le sénateur PP, « mais en tout état de cause, il y a la nécessité à un moment donné de renforcer la dynamique de travail collectif ».
« Il est naturel que la main soit tendue vers les écologistes »
S’il est un peu tôt pour avoir des noms, Bernard Jomier, qui sera « partie prenante », espère voir arriver « le plus possible de personnes. Mais pas 66 % du Sénat », sourit celui qui est aussi vice-président du Sénat. Il pense notamment à son nouveau groupe. « Il est naturel que la main soit tendue vers les écologistes. Je suis apparenté au groupe. On leur dit, travaillons ensemble pour l’élection présidentielle, pour peaufiner le projet autour de Raphaël Glucksmann », avance le sénateur, qui évoque sans surprise le sénateur Les Ecologistes, « Yannick Jadot, qui est quelqu’un d’important, ancien candidat écologiste à la présidentielle, qui est chargé de mettre en place le début du mandat de Raphaël Glucksmann, avec les 100 premiers jours et la transition écologique ».
Outre son collègue sénateur de Place Publique, Grégory Blanc, Bernard Jomier pense aussi au sénateur de Loire-Atlantique (ex-EELV) « Ronan Dantec », qui avec son mouvement Ensemble sur nos territoires, s’était affiché aux côtés du leader de Place Publique, lors des rencontres de la sociale-écologie, en avril dernier, à Montreuil. Mais chez les écolos, le groupe est divisé sur le cas Glucksmann, car il compte aussi de fervents partisans de la candidature écologiste de Marine Tondelier, à l’image de Thomas Dossus. Du côté du RDSE, groupe de radicaux à majorité de gauche, le sénateur évoque aussi le nom de Jean-Jacques Michau, ancien membre du groupe PS.
Des socialistes « pas au courant »
Et quid du groupe socialiste justement ? Avec ses 62 sénateurs, n’aurait-il pas vocation à soutenir comme un seul homme Raphaël Glucksmann, après sa victoire à la primaire ? « Si tout le groupe PS souhaite participer à ce travail, on travaillera tous ensemble », assure Bernard Jomier.
Certains socialistes, qui ont rejoint l’entourage de Raphaël Glucksmann, auraient naturellement toute leur place, comme le sénateur PS « Alexandre Ouizille évidemment. Il est chargé de la communication dans l’équipe de Raphaël Glucksmann. Un travail en commun au Sénat sans lui et d’autres, n’aurait pas beaucoup de sens », souligne Bernard Jomier.
Pourtant, du chemin semble encore à parcourir avant que l’intergroupe ne voie clairement le jour. Car les socialistes interrogés ce lundi semblent pour le moins dubitatifs. Certains qui se sont rapprochés du candidat disent même n’être « pas au courant » de l’initiative. Une autre trouve incongrue l’idée d’un intergroupe, car « désormais, Raphaël Glucksmann est le candidat de tous les sénateurs socialistes donc on travaille avec tout le monde ».
Certains sénateurs PS sont « réservés »
Un ancien du groupe PS s’étonne à son tour : « Que les gens veulent travailler ensemble, ça ne me choque pas. Après, de là à institutionnaliser les choses par un intergroupe, je suis plus réservé ». « On a intérêt à ce que le principal groupe de gauche, le groupe PS, se mette derrière Raphaël Glucksmann. C’est la première des priorités avant de créer des billards à 15 bandes », pointe encore un bon connaisseur des arcanes socialistes, qui appelle plutôt à « mobiliser toutes les sensibilités du groupe PS. Certains ont peut-être été déçus par le résultat. Entre 15 et 20 personnes du groupe ont dû voter Olivier Faure ».
Bernard Jomier reconnaît que le projet reste, pour l’heure, balbutiant. « Les modalités précises seront l’objet de la discussion qu’on va avoir », explique l’ancien adjoint à la mairie de Paris, « on va prendre quelques jours pour organiser le travail en commun ». Mais l’union, du moins le collectif, reste souvent un combat à gauche, même après un score à 66 %.