Le vote électronique, trop vulnérable pour les élections politiques?
Vanté par certains, décrié par d'autres, le vote électronique peine à s'installer pour des raisons de sécurité. Le gouvernement...

Le vote électronique, trop vulnérable pour les élections politiques?

Vanté par certains, décrié par d'autres, le vote électronique peine à s'installer pour des raisons de sécurité. Le gouvernement...
Public Sénat

Par Pascale MOLLARD-CHENEBENOIT

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4 min

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Vanté par certains, décrié par d'autres, le vote électronique peine à s'installer pour des raisons de sécurité. Le gouvernement vient de renoncer à l'autoriser pour les Français de l'étranger aux législatives de juin, invoquant le risque de cyberattaques.

Le vote électronique est un système de vote dématérialisé. Le terme désigne aussi bien le vote par internet que les machines à voter. Installées dans une soixantaine de villes françaises, celles-ci pourront être utilisées pour la présidentielle et les législatives.

La France, qui n'a jamais permis le vote par internet à une présidentielle, l'avait autorisé pour les Français de l'étranger lors des législatives de 2012 et pensait le faire également en juin 2017.

Mais la semaine dernière, le Quai d'Orsay a décidé d'y renoncer. Les Français de l'étranger devront se rendre aux urnes, ou bien voter par procuration ou par correspondance.

Une décision prise après un avis négatif de l'ANSSI (Agence nationale de la sécurité des systèmes informatiques) sur la résistance de la plateforme de vote. Et compte tenu du "niveau de menace extrêmement élevé de cyberattaques", a justifié le Quai d'Orsay.

La plateforme "était clairement meilleure qu'en 2012, mais le niveau de la menace est aujourd'hui bien supérieur", a expliqué Guillaume Poupard, directeur général de l'ANSSI, au site Next INpact.

Balayant "la prétendue menace de cyberattaques", François Fillon, le candidat de la droite à la présidentielle, a jugé cette décision "scandaleuse". Le gouvernement "change les règles du jeu démocratique à trois mois du scrutin", a-t-il dit.

Axelle Lemaire, qui vient de quitter son poste de secrétaire d'Etat au numérique pour rejoindre le candidat socialiste Benoît Hamon, y a vu "plus qu'un fiasco, un déni démocratique".

Toutefois, des spécialistes du vote électronique interrogés par l'AFP ne se montrent pas étonnés.

- Déni de service -

"Cette décision ne me surprend pas", déclare Steve Kremer, chercheur à l'Inria (Institut national de recherche en informatique et en automatique). "Une des craintes, ce serait que l'on puisse empêcher les Français de l'étranger de voter en bloquant l'accès au service" (attaque par déni de service).

Autre risque potentiel: celui que le vote de l'électeur soit modifié à son insu. "Il voterait pour le candidat A mais un logiciel malveillant qui aurait contaminé son ordinateur changerait son choix en B, de façon indétectable", explique Steve Kremer.

Lors des législatives de 2012, un ingénieur français habitant à l'étranger avait démontré qu'un tel acte de piratage était possible.

"A l'heure actuelle, il n'existe pas de solution de vote électronique suffisamment sûre pour des élections politiques à enjeu très fort, du type présidentielle ou législative", considère Véronique Cortier, chercheur CNRS au Laboratoire lorrain en recherche informatique Loria.

- Des machines à voter critiquées -

Le vote électronique sera en revanche utilisé dans certaines communes via des machines à voter agréées et installées dans les bureaux de vote.

A l'abri des regards, l'électeur est devant une machine qui affiche les différents bulletins dématérialisés. Il n'a qu'à cliquer sur celui de son choix et à valider.

L'avantage c'est qu'il n'y a plus de dépouillement de bulletins papier ni de risques d'erreurs de comptage, ni de votes nuls, vantent les partisans de cette méthode.

Utilisées en France lors de la présidentielle de 2007 dans quelque 80 villes, ces machines avaient suscité des polémiques sur leur niveau de sécurité et une certaine défiance. Le ministère de l'Intérieur avait alors décrété un moratoire sur l'implantation de nouvelles machines, toujours en vigueur.

Certaines communes détentrices d'une de ces machines coûteuses (environ 5.000 euros) ont renoncé à s'en servir.

Mais 64 continuent à les utiliser (1,3 million d'électeurs concernés) et pourront le faire pour la présidentielle et les législatives. Parmi elles, des villes comme Brest, Issy-les-Moulineaux, Antony ou Rosny-sous-Bois.

"Nous demandons la levée du moratoire afin de permettre aux villes déjà équipées de machines de moderniser leur matériel et à de nouvelles villes d'adopter cet outil", déclare à l'AFP Claude Capillon, maire (LR) de Rosny-sous-Bois et président de l'Association des Villes pour le Vote électronique.

Utilisé aux Etats-Unis, le vote électronique est rejeté par plusieurs pays européens notamment l'Allemagne, l'Irlande, la Norvège, les Pays-Bas. Il est en revanche employé depuis plusieurs années par l'Estonie.

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