Dès le 22 juin 1940, la convention d’armistice signée par le maréchal Pétain prévoyait l’administration par l’autorité allemande des trains français. Cette disposition sera écrite noir sur blanc dans son article 13 : « Le réseau ferroviaire passe sous le contrôle de l’occupant ».
Concrètement, plus de 25 000 kilomètres de voies sont réquisitionnés, soit plus de la moitié du réseau français, pour servir l’économie de guerre nazie, puis la déportation des ennemis du Reich dans des camps de concentration.
À partir de juillet 1940, 25 000 cheminots allemands vont arriver en France afin d’administrer la main-d’œuvre française. Si les cheminots français vont tenter dans un premier temps de ralentir par leurs « freinages » la productivité et l’efficacité de l’activité allemande, ils vont aussi rapidement diffuser et imprimer des tracts, prémices indispensables à la constitution des premiers réseaux de résistance.
Dès cette époque, les actes coordonnés que l’on a appelés les « sabotages insaisissables » se généralisent. Ils peuvent consister à abîmer des pièces d’un train en remplaçant de l’huile par du sable ou à changer les destinations des trains, voire à couper les freins. Autant de moyens de désorganiser ou immobiliser le réseau contrôlé par le régime nazi.
Bien que ces sabotages posent des cas de conscience puisque faire dérailler des trains met en danger la vie du mécanicien et du chauffeur, la première déportation de 1 112 juifs par la SNCF le 27 mars 1942 résout les cheminots à poursuivre le sabotage d’une entreprise inhumaine à laquelle ils sont contraints de participer.
En tant qu’agents du réseau, ils fournissent également des informations capitales pour cartographier l’activité militaire allemande et donc entreprendre des attaques et contre-attaques face à l’ennemi.
Entre janvier 1944 et mai 1944, plus de 800 attentats ferroviaires seront commis dans toute la France. Le point d’orgue de cette résistance des cheminots sera leur participation au « plan vert » dans la nuit du 5 au 6 juin 1944, dont le déclenchement vise à paralyser l’ensemble du réseau et à empêcher la remontée des troupes allemandes vers la Normandie où le débarquement des Alliés va avoir lieu.
Entre 1940 et 1944, plus de 2 500 cheminots sont morts. Ils auront été la locomotive de la résistance française face à l’occupation nazie.
Retrouvez le documentaire « 39-45, les cheminots dans la résistance » de Emmanuel Roblin vendredi 28 août à 22h puis en replay sur notre site internet ici.