Voting session on the assisted dying bill at the National Assembly
Credit : Stephane Lemouton

François Hollande, le pari du retour : peut-il redevenir président, 10 ans après ?

Après avoir renoncé à briguer un second mandat en 2017 puis écarté une candidature en 2022, François Hollande prépare méthodiquement son possible retour dans la course à l’Élysée. À huit mois de la présidentielle de 2027, l’ancien chef de l’État sort un livre avec 80 propositions, multiplie les apparitions et mise sur une gauche sociale-démocrate sans candidat naturel. Mais dans une Ve République où les anciens présidents ont rarement réussi leur retour, son pari consiste à transformer une popularité retrouvée en véritable désir de candidature.
Emma Bador-Fritche

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Il y a encore quelques mois, l’hypothèse semblait presque incongrue. François Hollande, l’ancien président impopulaire, longtemps contesté par une partie de sa propre famille politique, pouvait-il redevenir un recours pour la gauche ? La question est désormais prise au sérieux. Redevenu député de Corrèze après la dissolution de 2024, l’ancien chef de l’État multiplie les déplacements, les rencontres et les prises de parole. Cet été, les signaux se sont même accélérés. Le 12 août, pour son 72e anniversaire, des proches ont fait placarder quelque 500 affiches dans toute la France, reprenant son célèbre « Lui président » et mettant en avant plusieurs mesures de son quinquennat : mariage pour tous, recrutements d’enseignants ou encore retraite à 60 ans pour certaines catégories. Une initiative présentée comme spontanée par ses soutiens, mais qui ressemble aussi à une tentative de réhabilitation politique. François Hollande, lui, continue de cultiver l’incertitude. Dans un entretien accordé au Point le 26 août, à l’occasion de la publication de son livre-programme « Unir », il a confirmé que décembre serait le mois de sa décision. « Si la situation l’exige et que j’ai la conviction, au mois de décembre, qu’un rassemblement est possible et que je peux en être l’expression, j’en tirerai les conclusions. Si, en revanche, une candidature proche de ma sensibilité s’est imposée avec une perspective de victoire, pourquoi viendrais-je troubler la donne ? Mais il faudra qu’on m’en fasse la démonstration. » Autrement dit, François Hollande ne se déclare pas, mais il ne quitte pas la partie.

La stratégie de « l’embusqué » ?

Sa stratégie est relativement simple : ne pas partir trop tôt et laisser les autres occuper le terrain. À gauche, Raphaël Glucksmann tente de s’imposer sur le créneau social-démocrate et pro-européen. François Ruffin occupe un autre espace. À droite, Édouard Philippe reste une candidature potentielle majeure. Et, derrière tous les scénarios, une question domine : qui pourra battre le Rassemblement national ?

Pour Michael Weber, sénateur socialiste de Moselle, François Hollande cherche d’abord à observer : « Sa stratégie, c’est plutôt d’attendre de voir comment le jeu s’organise et, s’il est candidat, de se positionner sur son créneau, celui de la gauche sociale-démocrate et écologiste. » Une stratégie qui pourrait devenir particulièrement efficace si son principal concurrent sur ce terrain venait à faiblir. « Si Glucksmann s’effondre, François Hollande pourrait devenir un recours. »

Pour Pierre Charon, sénateur honoraire Les Républicains, le raisonnement est pourtant assumé. Il voit dans cette position en retrait une stratégie plutôt habile : « C’est la meilleure stratégie de Hollande de ne pas passer par la primaire. Il a raison de faire ça, mais on finit toujours par payer à la douane ? »

Une gauche déjà divisée

Jean-Christophe Cambadélis, ancien premier secrétaire du Parti socialiste et proche de l’ancien chef de l’État, refuse ainsi de faire de son éventuelle candidature la cause des divisions actuelles. « Ce n’est pas la candidature de Hollande qui divise la gauche. Elle est déjà divisée en trois blocs : les sociaux-démocrates, les populistes de gauche et, au milieu, ceux qui veulent être un trait d’union ou ceux qui tentent de faire la synthèse », prévient-il.

Pour lui, la question de 2027 pourrait d’ailleurs progressivement dépasser les querelles de personnes et les bilans des anciens présidents : « Les dix ans de Macron sont passés par là. Ce qui va peser de plus en plus, ce n’est pas le bilan des uns et des autres, mais la question de savoir qui sera capable de battre Jean-Luc Mélenchon et Marine Le Pen. » Une lecture qui pourrait servir François Hollande. Son pari n’est pas forcément de redevenir le candidat naturel de la gauche, mais de devenir, au moment décisif, celui qui apparaît comme le plus crédible pour rassembler au-delà de son camp. Un proche de l’ancien président résume cette confiance en une formule bref : « On est prêts. »

« Il devrait passer par la primaire »

C’est l’un des points les plus sensibles de sa stratégie. François Hollande ne participera pas à la primaire organisée par le Parti socialiste et Place publique en octobre. Pourtant, son entourage rappelle qu’il n’a jamais été hostile par principe à l’idée d’une primaire. À condition qu’elle soit ouverte, préparée et suffisamment large. « Nous étions favorables à une primaire, à condition d’avoir six mois de préparation et un vrai corps électoral. » Selon Jean-Christophe Cambadélis, le calendrier retenu par le PS a progressivement rendu cette hypothèse impossible : « La direction du PS a tout fait pour qu’il ne puisse pas. Elle a défini un agenda qui n’était pas le sien. Lui disait qu’il lui fallait un semestre pour organiser le dialogue avec les Français. »

Michael Weber, proche de Boris Vallaud, lui, considère que l’ancien président devrait accepter de passer par cette étape : « Il devrait passer par la primaire. Même à l’époque où il était président sortant, il s’était engagé à passer par la case primaire. » Le débat renvoie donc à deux conceptions de la légitimité, celle du parti et de ses militants, et celle que François Hollande cherche désormais directement auprès des Français.

Sarkozy, Giscard, Jospin : les précédents qui inquiètent

François Hollande sait qu’il avance sur un terrain miné. Les précédents de la Ve République ne sont guère encourageants. Valéry Giscard d’Estaing a tenté de revenir à l’Élysée en 1988 après avoir repris la présidence de l’UDF et retrouvé un mandat parlementaire. Sans succès. Lionel Jospin a lui aussi tenté de revenir dans le jeu, avant de renoncer et se rallier à Ségolène Royal.

Puis il y eut Nicolas Sarkozy. En 2016, l’ancien président semblait pourtant disposer de tous les attributs d’un retour réussi : salles combles, forte popularité militante, dédicaces bondées et présence médiatique omniprésente. Mais la primaire de la droite a transformé cette dynamique en échec.

Jean-Christophe Cambadélis refuse toutefois de considérer ces épisodes comme parfaitement comparables : « Aucune des situations n’est équivalente. » Et surtout : « Ce n’est pas simplement sur leur bilan qu’ils ont été éliminés, ce sont aussi les conditions politiques du moment qui ont joué. »

Pierre Charon voit dans l’échec de Sarkozy une leçon directement applicable à Hollande : « Sarkozy a fait la connerie de participer à la primaire. S’il avait dit qu’il y retournait, personne n’aurait moufté. »

Dix ans plus tard, le bilan Hollande s’est-il effacé ?

C’est sans doute le pari le plus risqué de François Hollande, croire que le temps a suffisamment éloigné son quinquennat pour permettre aux Français de le regarder autrement. Depuis son départ de l’Élysée, Emmanuel Macron a occupé la présidence pendant près de dix ans. Une nouvelle génération politique est apparue. Et les crises successives ont modifié les préoccupations des Français. « En dix ans de Macron, son bilan a été relativisé », estime l’ex premier secrétaire du Parti socialiste, Jean-Christophe Cambadélis.

Michael Weber regrette toutefois que le Parti socialiste n’ait jamais véritablement dressé le bilan du quinquennat de l’ancien chef d’État. « Après la défaite, on aurait dû faire un travail d’inventaire, comme après les années Mitterrand. » Il poursuit : « Là, on a jeté le bébé avec l’eau du bain. On a voulu tourner la page. » Pour autant, cette réhabilitation ne suffit pas à faire une candidature. « Je pense qu’il ne peut compter dans cette élection que s’il apporte quelque chose de plus, quelque chose de nouveau. Or, ceux qui émergent aujourd’hui imposent leurs propres sujets, et je ne vois pas ce que François Hollande impose », martèle le sénateur de Moselle.

Le risque du « pneu rechapé »

Le paradoxe est là. François Hollande bénéficie aujourd’hui d’une image nettement plus favorable qu’au moment de son départ de l’Élysée. Un sondage Elabe pour Les Échos, publié début juillet, le plaçait en tête des personnalités politiques auprès des sympathisants de gauche, avec 46 %, devant François Ruffin et Raphaël Glucksmann.

Mais cette popularité retrouvée ne garantit pas une dynamique présidentielle. Pour Michael Weber, le passage de l’une à l’autre est loin d’être automatique : « Je ne crois pas à l’idée selon laquelle la notoriété suffirait. L’élection présidentielle, c’est la rencontre entre un moment et une personne. Beaucoup d’ingrédients entrent en compte : l’adhésion, le contexte national, le contexte international. » Surtout, l’ancien président doit encore convaincre qu’il peut incarner autre chose qu’un souvenir de la gauche au pouvoir. « Il incarne une forme de politique moins agitée. Mais, sur le fond, je ne vois pas très bien ce qu’il apporte de différent », estime le sénateur socialiste. Pierre Charon, sénateur honoraire Les Républicains, résume le risque d’un retour perçu comme celui d’un ancien président recyclant son passé : « Les Français veulent du neuf. Ils ne veulent pas d’un pneu rechapé. »

À cela s’ajoute la perspective de voir ressurgir les épisodes les plus contestés de son quinquennat : bilan économique, loi Travail, déchéance de nationalité ou tensions avec une partie de la gauche. Une campagne présidentielle offrirait inévitablement l’occasion à ses adversaires de rouvrir ces dossiers.

Le dernier pari de François Hollande

François Hollande ne semble donc pas chercher à conquérir immédiatement la gauche. Il attend que le paysage se décante, que certains candidats s’installent ou s’effondrent et que la question du « meilleur rempart » au Rassemblement national devienne centrale. « Le qualificatif « L’embusqué » est assez juste. Il organise son avenir politique sur le potentiel échec des autres », estime Michael Weber. Ses proches défendent au contraire une démarche assumée et planifiée. Jean-Christophe Cambadélis résume ainsi la logique de l’ancien président : « Au fond, il est dans un dialogue avec les Français. Si les Français lui font un signe, il viendra. Et s’il n’y a pas de signe, il soutiendra. »

Décembre doit désormais trancher. D’ici là, François Hollande peut continuer à tester sa popularité, observer ses concurrents et mesurer si l’amélioration de son image peut se transformer en véritable dynamique électorale. Car la difficulté est précisément là, être redevenu populaire n’est pas la même chose qu’être redevenu présidentiable.

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