Matignon lâche l’ancien « Monsieur retraites » Delevoye
Après avoir défendu la "bonne foi" de Jean-Paul Delevoye sur sa déclaration d'activités, le chef du gouvernement charge désormais...

Matignon lâche l’ancien « Monsieur retraites » Delevoye

Après avoir défendu la "bonne foi" de Jean-Paul Delevoye sur sa déclaration d'activités, le chef du gouvernement charge désormais...
Public Sénat

Par Jérémy MAROT, Anne Pascale REBOUL

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Après avoir défendu la "bonne foi" de Jean-Paul Delevoye sur sa déclaration d'activités, le chef du gouvernement charge désormais l'ancien "Monsieur retraites", avant une décision mercredi de la Haute autorité pour la transparence de la vie publique (HATVP).

En plein conflit sur la réforme des retraites et après seulement trois mois au gouvernement, le haut-commissaire a démissionné lundi avec fracas, rattrapé par une semaine de révélations sur ses activités parallèles et mandats non déclarés.

Le Premier ministre, avec l'écho de membres du gouvernement, avait encore ce week-end jugé "totale" sa "bonne foi", et l'intéressé plaidait le simple "oubli". Interrogé à plusieurs reprises par l'AFP sur les révélations de presse, Matignon avait préféré ne pas donner suite, semblant vouloir préserver M. Delevoye.

Mais au lendemain de son départ, Edouard Philippe, qui ne veut pas se laisser éclabousser, a renvoyé son ex-collaborateur dans les cordes.

Devant l'Assemblée nationale, le Premier ministre a assuré que M. Delevoye "était informé de ses obligations" et que Matignon n'était "pas informé de l'ensemble des mandats qu'il occupait".

"Il n'y a eu aucun dysfonctionnement", a martelé Edouard Philippe, tandis qu'Eric Pauget (LR) demandait: "Où est la transparence? Où est l'exemplarité?".

Devant les députés LREM dans la matinée, le chef du gouvernement avait déjà cogné sur M. Delevoye, avec qui ses relations ont été plusieurs fois houleuses.

"Le jour de sa nomination, le secrétaire général du gouvernement (SGG) a adressé un courrier" à M. Delevoye, et remis "un livret sur les règles applicables" en même temps que l’intéressé signait un "engagement d’intégrité et de moralité", avait affirmé plus tôt à l'AFP l'entourage du Premier ministre.

Or M. Delevoye, qui a continué à être rémunéré comme président d'un think tank du monde de l'éducation, Parallaxe, "n’a pas pris l’attache des services du Premier ministre sur un quelconque cumul avec une activité professionnelle", prohibé par la Constitution.

Selon la même source, les documents remis au haut-commissaire lui rappelaient "ses obligations de déclaration de patrimoine et d'intérêts à la HATVP" dans les deux mois, ainsi que "l'obligation de transmettre sa déclaration d'intérêts au Premier ministre". "Après relance", M. Delevoye a finalement "envoyé sa déclaration à la HATVP, sans l'adresser au Premier ministre, le 15 novembre".

- "On est mal" -

Ces interventions sont également une réponse au quotidien Le Monde, qui a évoqué mardi une "indulgence" du SGG envers M. Delevoye, alors qu'il aurait eu connaissance du cumul d'activités "dès 2017" lors de sa nomination comme haut-commissaire, préalable à son entrée au gouvernement. Mais il dépendait alors du ministère de la Santé, à qui il aurait dû demander l'autorisation de cumuler, rétorque Matignon.

La "mise en cause" du SGG Marc Guillaume n'est "pas digne", l'a défendu dans l'hémicycle Edouard Philippe.

M. Delevoye affirme pour sa part "n’avoir eu de mise en garde de personne". Cet "ancien ministre de la Fonction publique n'a pas su trouver le chemin" des bons interlocuteurs, tacle une source proche du dossier.

"Il faut l’assassiner" car "si ça prend dans l’opinion, on est mal", lâche à l'AFP une députée LREM, qui entend déjà "+Vous vous protégez, vous êtes tous corrompus+.

Situation fiscale, éventuels conflits d'intérêts et même casier judiciaire: les contrôles à l'entrée au gouvernement se sont considérablement accrus ces dernières années, sous l'effet des affaires Cahuzac et Thévenoud. Outre le SGG, la HATVP, autorité indépendante, occupe une place centrale dans le dispositif.

Or le temps des conclusions par l'administration ou le politique n'est pas toujours celui des médias, qui ont comptabilisé pour M. Delevoye 13 mandats parallèles dont 11 bénévoles. Il a même oublié d'inscrire dans sa déclaration d'intérêts sa fonction passée de président du Cese (Conseil économique et social), a épinglé Marianne.

"Je m'étonne quand même que la Haute autorité n'ait pas été capable de voir ce que les médias ont vu", critique la porte-parole de LREM Aurore Bergé.

C'est mercredi que le collège de la HATVP examinera le dossier Delevoye, qui a été instruit par un rapporteur, après des échanges avec le haut-commissaire.

Elle doit saisir la justice en cas d'"omission substantielle" des intérêts d'un déclarant ayant eu une intention de dissimulation.

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