Traditionnellement présent au rassemblement des départements, le Premier ministre a, cette fois-ci, séché l’invitation au dernier moment. Hier soir, les élus locaux ont reçu une lettre de sa part pour justifier cette absence par le « contexte national et international […] marqué par une succession de crises », notamment le possible retour des gilets jaunes samedi.
Alors que le projet de loi de finances pour 2027 prévoit 1,8 milliard d’euros d’économies sur les départements, François Sauvadet l’avait exhorté à venir « s’expliquer » devant les départements, en clôture des 95es Assises.
« Depuis juillet, je n’ai pas eu un seul contact avec le Premier ministre dans cette période de tension et à la veille de l’examen de notre budget par le Parlement », a confié François Sauvadet à la tribune, en choisissant de s’adresser directement au Premier ministre.
« Je me suis demandé si je n’étais pas encore plus en colère et si je n’avais pas encore plus d’incompréhension qu’hier matin après la lecture de la lettre. Pourquoi ? Parce que je pense même que cette lettre va exacerber les tensions », a-t-il indiqué, tout en qualifiant la méthode de « détestable ».
« Foutage de gueule »
« Je suis sidéré de ce que j’ai lu », a-t-il insisté, qualifiant par ailleurs certaines mesures du budget de « foutage de gueule ». « Cela nous conduira à la faillite ! », a-t-il prévenu. « C’est une injustice et une faute qui va accélérer les fractures sociales et territoriales, toucher de nombreux Français », a-t-il dit, s’adressant au Premier ministre. « Je redis notre disponibilité pour un dialogue franc, sincère et objectif », a-t-il répété.
Dans le détail, François Sauvadet s’est ému de la réduction du fonds de sauvegarde alloué à 57 départements en difficulté, ramené de 600 à 100 millions d’euros. La contribution progressive des collectivités territoriales à l’effort budgétaire (CPEB), de 2,5 milliards d’euros pour toutes les collectivités, à l’exception des régions, correspond à une facture de 551 millions d’euros pour les départements. François Sauvadet a demandé au gouvernement de renoncer à « ce super prélèvement sur nos ressources ».
« Après tant d’années de vie politique, je suis tellement attristé de devoir dire un gouvernement que je ne comprends pas ». Le président des Départements de France a indiqué qu’il écrirait lui aussi au Premier ministre, « pour lui rappeler que nous lui demandons simplement d’augmenter son concours pour financer des allocations individuelles de solidarité pour le handicap, pour le RSA, pour l’APA (Allocation personnalisée d’autonomie), pour les personnes âgées et de le mettre simplement à 50 % parce que la dégradation de la part de l’État est telle que nous ne sommes même plus compensés sur la PCH (Prestation de compensation du handicap) à hauteur de 30 % ».
« À part les réductions de concours et les prélèvements que vous faites, quels efforts d’économie vous avez faits en deux ans sur le fonctionnement même de l’appareil d’État français ? », a-t-il interrogé, faisant mine de s’adresser au Premier ministre.
Les présidents des départements ont ensuite joint le geste à la parole en quittant la salle au moment du discours de la ministre de l’Aménagement du territoire et de la Décentralisation, Françoise Gatel, venue clôturer l’événement.