Nationwide protests over cost of living – Dijon
Protesters march through the streets of Dijon, eastern France, on October 24, 2026, despite the demonstration not being authorised by local authorities. The protest is part of "Act 2", a nationwide day of social mobilisation bringing together Yellow Vest activists, trade union members, students and other demonstrators demanding greater purchasing power, the protection of public services, and social and fiscal justice. The movement, initially sparked by high school students protesting over learning conditions, has spread across France amid growing discontent over the rising cost of living. France, Dijon, October 24, 2026.//KONRADK_konrad-001/Credit:KONRAD K./SIPA/2610241827

Mouvement lycéen : Un « semi mea culpa » du gouvernement sur la gestion de la crise

Interviewé ce mercredi sur la chaîne YouTube Hugo Décrypte, Emmanuel Macron s’est dit « dans le soutien et la compassion » des élèves blessés lors des manifestations et blocus. De son côté, ce jeudi, Edouard Geffray, ministre de l’Education, reconnaît que le gouvernement aurait « dû être plus rapide » dans sa gestion de la crise. A l’approche de la rentrée scolaire, la communication du gouvernement semble vouloir donner des signes d’apaisement.
Chiara Carbonnet

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Hier soir, le youtubeur et journaliste Hugo Décrypte a publié sur sa chaine une interview de près d’1h30 avec le président de la République, Emmanuel Macron. Interrogé sur le mouvement lycéen, le chef de l’État assure que la jeunesse « a été entendue », quelques jours avant l’acte III contre la vie chère ce samedi 31 octobre. Au lendemain de cette allocution, le ministre de l’Éducation a partagé le mea culpa d’Emmanuel Macron et a reconnu qu’ils auraient « dû être plus rapides ».

Dans la continuité de ces signes d’apaisement, ce jeudi à 15h, le ministre de l’Intérieur a reçu les organisations étudiantes et syndicales pour discuter des méthodes d’interventions de la police jugées « dangereuses » par les syndicats. Dans l’impasse politique, le gouvernement semble vouloir rattraper le coup et donner des signes d’apaisement avant la rentrée scolaire.

Macron tente de rattraper le « flop » de son allocution du 18 octobre

Depuis sa prise de parole du 18 octobre, Emmanuel Macron ne s’était pas réexprimé sur la mobilisation lycéenne. « Le président tente de se rattraper après son allocution qui a été un ‘flop’. S’il s’adressait davantage aux parents et aux grands parents, là il tente de parler directement aux jeunes puisque le public d’Hugo Décrypte est plutôt 15-24 ans », souligne le communicant Philippe Moreau Chevrolet. Ce n’est d’ailleurs pas la première fois qu’Emmanuel Macron utilise d’autres canaux pour cibler les plus jeunes. Il avait notamment été sur la chaîne YouTube de McFly et Carlito en 2021, un « bon principe » selon le chercheur au CEVIPOF, Bruno Cautrès. Le problème est qu’aujourd’hui le chef de l’État est dans une impasse : « Sa parole n’est plus du tout écoutée », poursuit-il.

Toutefois, le gouvernement a fait « une grave erreur de communication » en recevant lundi des influenceurs, avant les organisations syndicales, pour déployer ses mesures face aux revendications lycéennes : « C’est d’autant plus un échec que les influenceurs ont dévoilé les annonces avant que le gouvernement ne le fasse. Les influenceurs se disent avoir été utilisés par l’exécutif », explique l’éditorialiste politique Émilie Zapalski. En somme, « cette intervention sur la chaîne d’Hugo Décrypte est très artificielle, c’est de la communication », selon elle.

« Adoucir l’image d’un gouvernement qui n’a pas été à l’écoute jusqu’à présent »

Interrogé sur les lycéens gravement blessés lors des manifestations ou des blocus, Emmanuel Macron s’est dit « extrêmement triste de ce qui s’est passé » et dans le « soutien et la compassion à tous ». « Une surenchère de la rhétorique émotionnelle pour combler le manque d’action », assure Émilie Zapalski. « Évidemment que ça me fait mal quand je vois nos adolescents, nos jeunes qui sont frappés et qui subissent cette conséquence directe dans leur chair », a poursuivi le président de la République, alors que la stratégie du maintien de l’ordre et la réponse policière aux mobilisations lycéennes ont été largement critiquées.

Il y a tout de même là une « double reconnaissance », déclare Philippe Moreau Chevrolet : d’une part, « une reconnaissance officielle des violences policières », et d’autre part, une reconnaissance vis-à-vis des lycéens et lycéennes qui ont été reçus ce jeudi par le ministre de l’Intérieur. Selon Émilie Zapalski, Emmanuel Macron se montre « plus modéré » que Sébastien Lecornu. Cela participe à « adoucir l’image d’un gouvernement qui n’a pas été à l’écoute jusqu’à présent », explique le politologue, Bruno Cautrès. Dans cette logique, Sébastien Lecornu écrit ce jeudi sur son compte X : « Aux jeunes qui nous écoutent : nous attendons beaucoup de vous. Vous avez le droit d’attendre beaucoup de nous ».

Or, « cela ne peut pas masquer le fait que ces violences sont arrivées sous l’autorité du gouvernement », poursuit Bruno Cautrès, qui s’interroge sur le paiement « des réparations » par l’État. « Le gouvernement tente de calmer les choses. Il reconnait une part de responsabilité mais il doit aussi répondre des réparations » pour les jeunes blessés. Pour l’éditorialiste politique Émilie Zapalski, c’est un « semi mea culpa qui arrive trop tard » et n’apporte rien de « concret ».

Une stratégie de dédouanement

Déjà évoqué devant la presse lors de son déplacement à Doha, le président a de nouveau tenté de « rationaliser » le mouvement par un argument « psychologique » : « Cette génération a connu les attentats, le Covid, la guerre en Europe, la situation à Gaza, l’angoisse climatique et la montée en puissance de l’IA (…),  tout ça crée une grande inquiétude pour la jeunesse », explique Emmanuel Macron à Hugo Décrypte lors de son interview. Effectivement, « c’est un constat qui a été tiré par plusieurs études sociologiques mais c’est avant tout une façon de psychologiser le mouvement pour éviter de dire ‘j’ai mal fait’ », explique le communicant Philippe Moreau Chevrolet. De plus, « d’autres pays européens ont connu cela, ça n’explique en rien pourquoi en France ça a pris cette tournure », commente Bruno Cautrès.

« Comme ses prédécesseurs, Macron est obsédé par le fait de réussir sa sortie » de quinquennat, poursuit le chercheur. En parlant « d’échec collectif » lors de son interview avec Hugo Décrypte, le président « se dédouane » et « se positionne au-dessus de la mêlée tel un arbitre », analyse le communicant Philippe Moreau Chevrolet.

« Le gouvernement ne peut qu’envoyer des messages de compassion »

« On aurait certainement dû être plus rapides », a reconnu jeudi le ministre de l’Éducation Édouard Geffray, interrogé sur la gestion de la contestation de la jeunesse, affirmant qu’il partageait le mea culpa du président Emmanuel Macron. En effet, selon Philippe Moreau Chevrolet, le gouvernement n’a d’autre choix que d’avouer ce manquement : « Il a joué la montre avec les vacances scolaires en espérant qu’elles allaient calmer la mobilisation. Le gouvernement a procrastiné en se disant ‘on ne va pas se précipiter en pleine crise économique’ ». Toutefois, historiquement c’est cohérent : « Dans l’histoire des mouvements lycéens, les vacances ont souvent essoufflé la mobilisation », admet le communicant.

Le problème est que l’État se trouve dans une impasse politique : « Il n’y a aucun débouché possible. Le gouvernement n’a pas de légitimité à faire une réforme de fond, et n’a pas non plus le temps à six mois de la présidentielle. Il ne peut que renvoyer le bébé au suivant », assure Philippe Moreau Chevrolet. Malgré la tentative d’apaisement, l’exécutif est dans une « situation bancale, sans horizon », conclut le chercheur Bruno Cautrès. En réalité, selon le communicant, « le gouvernement ne peut qu’envoyer des messages de compassion ».

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