Nouvelle-Calédonie: Elie Poigoune, un indépendantiste qui s’est réconcilié avec la France
Figure historique de la cause kanak en Nouvelle-Calédonie, Elie Poigoune votera oui à l'indépendance dimanche au référendum. Mais son regard sur...

Nouvelle-Calédonie: Elie Poigoune, un indépendantiste qui s’est réconcilié avec la France

Figure historique de la cause kanak en Nouvelle-Calédonie, Elie Poigoune votera oui à l'indépendance dimanche au référendum. Mais son regard sur...
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Par Cécile AZZARO, Claudine WERY

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4 min

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Figure historique de la cause kanak en Nouvelle-Calédonie, Elie Poigoune votera oui à l'indépendance dimanche au référendum. Mais son regard sur la France a "changé", et aujourd'hui, il ne veut pas "cracher dans la soupe" d'un pays avec lequel il souhaite garder des liens.

A 73 ans, Elie Poigoune, président de la Ligue des droits de l'homme dans ce territoire français du Pacifique, a été un des tout premiers militants de l'indépendance, à l'orée des années 1970, après des études en métropole où il s'était imprégné des idées de Mai 68.

Considéré à l'époque comme un des plus radicaux, ce Kanak à la voix douce a connu la prison après une série de coups d'éclat anti-français. Comme ce 24 septembre 1974, où il a tenté d'empêcher le défilé militaire commémorant la prise de possession par la France de l'archipel en 1853.

"J'ai fait quelques mois de prison, j'ai souvent été tabassé par la police", se souvient l'ancien professeur de mathématiques, "viré de l'enseignement pendant trois ans" à cause de son activisme.

Aujourd'hui, sa vision de la France a évolué, trente ans après les accords de Matignon (1988) et vingt après celui de Nouméa (1998) qui ont impulsé un processus de décolonisation progressif dont l'échéance intervient dimanche avec le référendum.

A 73 ans, Elie Poigoune a été un des tout premiers militants de l'indépendance
A 73 ans, Elie Poigoune a été un des tout premiers militants de l'indépendance
AFP

"Avant la France était coloniale, elle était dure avec nous. Mais ces derniers temps, elle a montré un regard bienveillant, attentif à toutes les populations du territoire, et en particuliers aux Kanak."

"On est en train de montrer une manière de décoloniser qui n'a été faite nulle part ailleurs", confie-t-il, citant la restitution des terres aux clans autochtones, le partage du pouvoir politique, la reconnaissance de la culture kanak, et la formation de cadres locaux.

Il estime cependant que des efforts restent à faire envers certains Kanak "laissés au bord de la route", dans les tribus ou dans les squats (habitats précaires), et pour lutter contre le racisme toujours présent.

Pour autant, cet homme longiligne aux traits épargnés par le temps ne veut pas "cracher dans la soupe". "Mes années passées à l'école, ma formation en France, m'ont permis d'être ce que je suis maintenant", dit-il.

- "Sauvages" -

Pour lui, "ça ne sert à rien d'avoir une rupture totale, une coupure immédiate", car la Nouvelle-Calédonie a "toujours besoin que la France l'accompagne" sur le chemin de l'émancipation. "Le territoire a besoin d'être plus souverain mais il faut admettre aussi qu'il y a des compétences qu'on n'a pas les moyens d'exercer, comme l'armée ou la justice. On a besoin d'être en association avec la France."

Elie Poigoune, président de la Ligue des droits de l'homme de Nouvelle-Calédonie, pose pour un entretien à l'AFP à Nouméa, le 1er novembre 2018
Elie Poigoune, président de la Ligue des droits de l'homme de Nouvelle-Calédonie, pose pour un entretien à l'AFP à Nouméa, le 1er novembre 2018
AFP

A ses yeux, cette position n'est pas contradictoire avec son vote "pour l'indépendance", parce que le rassemblement indépendantiste FLNKS lui-même prône un partenariat avec la France, et surtout parce qu'il "n'oublie pas" les violences et les discriminations endurées par ses ancêtres aux pires heures de la colonisation.

"Mes parents ont connu le code de l'indigénat, ils n'étaient pas citoyens français mais simplement sujets. Il fallait qu'ils demandent l'autorisation aux gendarmes pour circuler et ils traçaient les routes à la pioche pour payer l'impôt de capitation", raconte-t-il.

Il n'oublie pas non plus la négation de sa culture "par les missionnaires et les pasteurs qui nous voyaient comme des sauvages".

Très investi dans l'accompagnement scolaire, Elie Poigoune observe que la jeunesse qui n'a pas connu la violence des années 1980 regarde plus devant que derrière. "Les événements, ça ne leur dit rien du tout, ça les embête plus qu'autre chose."

Membre du Comité des Sages, instauré à l'initiative du Premier ministre français Edouard Philippe pour veiller à la sérénité de la campagne référendaire, il se félicite de la venue de ce responsable dès lundi. "Il est attentif à ce qu'il se passe ici. J'ai été frappé par tout ce que l'Etat a fait pour préparer le référendum et qu'il se passe dans de bonnes conditions."

N'excluant pas des débordements au soir du scrutin, dont il sait qu'il sera perdu par les indépendantistes avec 40% des voix selon lui, ce "sage" invite chacun à "respecter la démocratie et la majorité qui sortira des urnes".

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