Opération Barkhane : « Nous sommes sur la bonne voie, mais il est encore trop tôt pour crier victoire », prévient Florence Parly
Auditionnée par la commission des Affaires étrangères, de la défense et des forces armées au Sénat, la ministre des Armées Florence Parly est revenue sur le bilan et les perspectives de l'opération Barkhane au Sahel. Selon elle, les récentes victoires sur le terrain et l'élimination du chef d'Al-Qaïda dans la région le 3 juin sont de bon augure dans la lutte contre le terrorisme.

Opération Barkhane : « Nous sommes sur la bonne voie, mais il est encore trop tôt pour crier victoire », prévient Florence Parly

Auditionnée par la commission des Affaires étrangères, de la défense et des forces armées au Sénat, la ministre des Armées Florence Parly est revenue sur le bilan et les perspectives de l'opération Barkhane au Sahel. Selon elle, les récentes victoires sur le terrain et l'élimination du chef d'Al-Qaïda dans la région le 3 juin sont de bon augure dans la lutte contre le terrorisme.
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Par Ariel Guez

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La France restera-t-elle au Sahel ? Depuis 2014, pour protéger le Mali de groupes terroristes tels qu'Al-Qaïda et l'État islamique, ainsi que leurs représentants, la France est présente dans cette région du monde, dans le cadre de l'opération Barkhane. Mais pour encore combien de temps ? Depuis le début des opérations, plus de 5.000 Français ont été envoyés sur le terrain et 36 militaires sont tombés au combat.

Interrogée sur le sujet lors de son audition par la commission des Affaires étrangères, de la défense et des forces armées au Sénat, Florence Parly l'affirme : « Nous n'avons pas vocation à rester éternellement ». Mais au cours des prochaines semaines et des prochains mois, la France sera mobilisée au Sahel. « Nous n'avons pas vocation non plus à quitter tout de suite le Sahel, car notre présence reste indispensable pour les Sahéliens (...) Cela ne veut pas dire que nous ne réfléchissons pas sans cesse à la manière de faire évoluer notre dispositif », a expliqué la ministre.

Des opérations prévues (au moins) jusqu’au début de l’année 2021

Pour elle, tant que les forces partenaires des pays sahéliens n'auront pas pris le relai et que les groupes terroristes conserveront une capacité de recrutement parmi les populations locales, « alors le terrorisme n'aura pas été vaincu dans la région ». Aussi, elle indique que des opérations sont d'ores et déjà prévues jusqu'au début de l'année 2021. Et s'il fallait prolonger la présence des troupes françaises, alors « naturellement » cette question serait abordée au Parlement.

Toutefois, malgré une présence de sept ans et des tensions toujours immenses dans la région, le bilan de l'opération Barkhane, comporte aussi des points positifs. « Il y a des progrès qui sont indéniables. Les efforts engagés par les forces armées des pays du G5 Sahel, par la force Barkhane et d'autres partenaires internationaux ont permis de priver les groupes armés terroristes d'un ancrage territorial solide », a informé la ministre.

« Chaque pas qui est réalisé vers un peu plus de stabilité est à prendre en considération »

Le 3 juin, Abdelmalek Droukdel, le chef d'Al-Qaïda au Maghreb islamique (AQMI), est tué, ainsi que quatre de ses hommes. Sur cette opération, le soutien des Américains dans le renseignement a été déterminant, relève Florence Parly, en réponse au sénateur LREM Bernard Cazeau. « Il est important que nous ayons pu grâce à cette collaboration fructueuse avec les Américains porter atteinte à un cadre aussi haut placé, parce que même si AQMI continuera de fonctionner, on sait que cela désorganise toutes les chaînes de commandement », a expliqué la ministre des Armées.

 

Pour autant, Abdelmalek Droukdel était connu des services. Il résidait en Algérie et a traversé tout le pays, a soutenu Jacques Le Nay. De quoi interroger le sénateur UC : « L'Algérie a-t-elle un intérêt au maintien d'une mouvance djihadiste dans la région ? » a-t-il demandé. Prudente, Florence Parly lui a répondu qu'on « ne pouvait pas penser que l'Algérie y avait un intérêt », rappelant que le pays « s'est fortement impliqué dans la stabilité de la région, avant d'être très absorbé par de lourdes questions de politiques intérieures ».

« Je ne dis pas que la victoire est à portée de la main (…) Mais il est raisonnable de souligner les efforts et les progrès effectués depuis le sommet de Pau »

Cette élimination et d'autres victoires sur le terrain rendent confiante la ministre. « Nous sommes donc sur la bonne voie, mais il est encore trop tôt pour crier victoire », a affirmé Florence Parly. « Les forces locales progressent, mais elles restent fragiles et sujettes à des revers significatifs comme nous l'avons encore récemment vu. Mais je constate aussi qu'à de nombreux endroits, la population commence à reprendre confiance et donne plus facilement du renseignement à nos forces, ce qui est absolument essentiel », se félicite-t-elle. « Chaque pas qui est réalisé vers un peu plus de stabilité est à prendre en considération, et donc ne doit pas être sous-estimé ».

Plus tard lors de l'audition, après une salve de questions venue des élus du Palais du Luxembourg, Florence Parly a tempéré ses propos. Certes, la victoire est possible, mais elle est encore loin. « Je ne dis pas que la victoire est à portée de la main (...) mais il est raisonnable de souligner les efforts et les progrès effectués depuis le sommet de Pau ».

Une reprise des EUTM Mali « au plus vite »

Alors quel avenir pour Barkhane ? La sortie de la crise sera conditionnée à « un respect strict du droit international humanitaire », prévient la Ministre. Car depuis plusieurs mois, déjà victimes de groupes terroristes, les populations locales peuvent aussi être la cible de soldats sous pression, souvent mal formés, suspicieux face au danger, alertent de nombreuses ONG dont Amnesty International.

« Il y a des brebis galeuses partout. Mais nous serions coupables si nous ne mettions pas tout en œuvre pour réduire ce risque. La France ne tolérera pas qu'on expose la vie de ses soldats ainsi que son image et sa crédibilité », a prévenu la ministre. Ainsi, les formations des soldats maliens par l'Europe (EUTM Mali), qui avaient été suspendues pour cause de coronavirus « vont reprendre au plus vite ». Aussi, le ministre malien de la Défense a condamné « sans la moindre ambiguïté » les exactions, a rapporté Florence Parly. « Cela fera partie des sujets qui seront au cœur du sommet de Nouakchott qui fixera le cap pour la fin de l'année 2020 »

« La France ne tolérera pas qu'on expose la vie de ses soldats ainsi que son image et sa crédibilité »

Un maintien des États-Unis ? Réponse avec leur budget à l’automne….

Mais d'ici au sommet du G5 Sahel en Mauritanie, l'armée française œuvre à plus de coopération sur le plan militaire en Europe. La relance des EUTM en fait partie, avec des investissements accrus venant des Espagnols et des Allemands. Un renforcement de la présence britannique sera également à prendre en compte, ainsi que les Estoniens, se félicite la ministre. De l'autre côté de l'atlantique, le Canada a « réitéré son engagement pour des missions ponctuelles ».

Pour l'instant, on ne sait pas si les Américains, dont l'importance a été saluée par plusieurs sénateurs, seront de la partie. Les États-Unis débattront de leurs budgets à l'automne, et cela pourrait impacter leur place dans l'opération. « Je reste prudente. Nous craignions au mois de janvier que ce soutien s'interrompe immédiatement, nous l'avons toujours. Mais je ne dis pas que nous l'aurons pour l'éternité », explique la ministre. « Tant que les décisions n'ont pas été prises par les Américains, elles ne sont pas prises », explique la ministre.

… et des incertitudes en France ?

En réalité, la problématique se pose aussi en France. Comme l'avait demandé le président de la commission Christian Cambon, le sénateur Cédric Perrin s'est alarmé des conséquences que l'épidémie de coronavirus pourrait avoir. « Notre pays se retrouve dans une dette abyssale, et bon nombre de nos partenaires à l'Otan vont devoir faire face à une crise économique. Comment ne pas craindre une contamination des budgets nationaux consacrés aux Opex ? »

Pour la ministre, il est « encore bien trop tôt pour se prononcer sur le coût final des opérations intérieures et extérieures pour l'année 2020 », sachant que 500 militaires supplémentaires ont été déployés dans le cadre de l'opération Barkhane et que l'opération résilience, « créée de toutes pièces » pendant l'épidémie de coronavirus est toujours active.

Mais Florence Parly saura compter sur la commission des Affaires étrangères, de la défense et des forces armées du Sénat pour la soutenir lors de la bataille sur le budget qui va s'annoncer dans les prochaines semaines. « On voit bien qu'il pourrait y avoir ici ou là des tentations qui laisseraient à penser qu'on pourrait faire un peu moins d'effort sur la défense. Or, plus que jamais, il faut être vigilant », explique Christian Cambon, avant de conclure : « Les crises sanitaires, c'est comme les crises géopolitiques, c'était avant qu'il fallait les préparer, pas lorsqu'elles éclatent ».

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