Philippe Séguin : « il avait compris avec des années d’avance ce que nous connaissons aujourd’hui avec le Brexit et le populisme »
10 ans après la disparition de Philippe Séguin, ses anciens amis et collaborateurs politiques témoignent de l’héritage laissé par l’ancien premier président de la Cour des Comptes. Ils décrivent un homme qui a su voir les crises que l’Europe et la France traversent aujourd’hui, un homme « dur, exigeant » dans le travail mais aussi « chaleureux ». Retour sur une carrière politique inachevée dans « Philippe Séguin, un républicain intransigeant », signé Pierre Bonte-Joseph.

Philippe Séguin : « il avait compris avec des années d’avance ce que nous connaissons aujourd’hui avec le Brexit et le populisme »

10 ans après la disparition de Philippe Séguin, ses anciens amis et collaborateurs politiques témoignent de l’héritage laissé par l’ancien premier président de la Cour des Comptes. Ils décrivent un homme qui a su voir les crises que l’Europe et la France traversent aujourd’hui, un homme « dur, exigeant » dans le travail mais aussi « chaleureux ». Retour sur une carrière politique inachevée dans « Philippe Séguin, un républicain intransigeant », signé Pierre Bonte-Joseph.
Public Sénat

Par Mariétou Bâ

Temps de lecture :

3 min

Publié le

Mis à jour le

Dans le bureau de Samir Rhimini, le nom de Philippe Séguin apparaît partout. Affiches, photos, livres, l’admiration pour l’ancien homme politique gaulliste est évidente. Émerveillé comme s’il venait de découvrir l’existence de son mentor, il parcourt une énième fois les mémoires de Philippe Séguin : « Itinéraire de la France d’en bas ». Un titre « magnifique », dit-il, le sourire aux lèvres. Les pages sont couvertes de notes, « il n’y a pas un mot qui m’a échappé », confie-t-il. Samir Rhimini, attaché parlementaire au Sénat, n’a que 30 ans, preuve que l’ombre de l’ancien ministre des affaires sociales continue de planer sur sa famille politique.

Né à 1943 à Tunis, Philippe Séguin étudie à l’ENA et rejoint rapidement le mouvement gaulliste. Maire d’Épinal, ce gaulliste social accompagne la transition des industries textiles dans le département des Vosges, touché de plein fouet par la crise.

Nommé ministre des Affaires sociales dans le gouvernement Jacques Chirac, en 1986, s’il porte, contraint, la suppression de l’autorisation administrative de licenciement, il consolide dans le même temps le principe de la sécurité sociale. C’est lorsqu’il accède à ce poste que Philippe Séguin touche à une certaine forme de pouvoir.

« Le pouvoir lui a toujours échappé »

En, 1992, le traité de Maastricht, texte fondateur d’une monnaie unique européenne, est soumis à un référendum. Philippe Séguin prend radicalement position contre. Persuadé que le traité obère la liberté de choix des peuples, il part sillonner la France pour défendre son opposition. Si à l’époque personne ne s’y attend, le « non » remonte dans les sondages au point que Philippe Séguin sera choisi par le président François Mitterrand pour débattre avec lui. Des documents aujourd’hui gardés aux Archives nationales, comme ce discours sur lequel il alerte sur le manque de démocratie de la construction européenne.

Extrait du discours de Philippe Séguin sur le traité de Maastricht face à François Mitterrand, lu par Arnaud Teyssier
00:48

 

Pour Arnaud Teyssier, ancien collaborateur et aujourd’hui historien : « Il craignait qu’on s’engage dans un processus radicalement différent avec la création de la monnaie unique, dans quelque chose d’irréversible et que les peuples se retrouvent dépouillés de tout droit à s’exprimer sur la construction européenne, il avait compris avec un certain nombre d’années d’avance ce que nous connaissons aujourd’hui avec le Brexit et le populisme ».

Trois ans plus tard, devenu incontournable, Séguin qui soutient Chirac à l’élection présidentielle, se voit déjà Premier ministre. Finalement Alain Juppé sera choisi. Élu président de l’Assemblée nationale il décide alors de se consacrer à la modernisation de l’institution, puis devient premier président de la Cour des comptes en 2004.

Sa dernière bataille politique, avant de devenir premier président de la Cour des comptes en 2004, sera la mairie de Paris, qu’il perd face à Bertrand Delanoë. « Le pouvoir lui a toujours réellement échappé », confie Jean de Boishue qui longtemps travaillé à ses côtés. Est-ce que son caractère ombrageux, et son intransigeance faisaient peur ? Peut-être, mais ce n’est pas ce qu’en retient son ami : « Patron extrêmement dur », il dégageait quelque chose « d’intense » poursuit-il, avant de conclure : « il était chaleureux, c’est ce que Séguin a laissé dans le cœur des gens ».

 

Partager cet article

Dans la même thématique

Paris: Seance questions au gouvernement Assemblee nationale
8min

Politique

Travail le 1er mai : une réforme quasi enterrée, que ses défenseurs cherchent à réanimer

Face au risque de censure et sous la pression des syndicats, le gouvernement a repoussé sine die la proposition de loi sénatoriale sur le travail le 1er mai, tout en ouvrant des discussions. Une décision dénoncée par Gabriel Attal chez Renaissance. Côté LR, Bruno Retailleau propose aux présidents de l’Assemblée et du Sénat de convoquer eux-mêmes la commission mixte paritaire, pour relancer le processus parlementaire. Si Gérard Larcher « était prêt à étudier » la question, l’idée serait en « stand by » face aux hésitations de Yaël Braun-Pivet.

Le

Philippe Séguin : « il avait compris avec des années d’avance ce que nous connaissons aujourd’hui avec le Brexit et le populisme »
3min

Politique

Au nom du « soutien au peuple Vénézuélien », Gérard Larcher reçoit au Sénat la Prix Nobel de la paix et opposante María Corina Machado

Au lendemain de sa rencontre avec Emmanuel Macron, la lauréate du Prix Nobel de la paix María Corina Machado, figure de l’opposition vénézuélienne, est reçue mardi 14 avril par le président du Sénat Gérard Larcher. L’occasion d’échanger sur « les perspectives d’une transition pacifique et démocratique » au Venezuela plus de trois mois après la capture du président Maduro par les États-Unis.

Le

Philippe Séguin : « il avait compris avec des années d’avance ce que nous connaissons aujourd’hui avec le Brexit et le populisme »
3min

Politique

Après son arrivée chez Grasset, relié à Vincent Bolloré, Boualem Sansal assure ne « pas du tout » se rapprocher de l’extrême-droite 

Invité de la matinale de Public Sénat ce mardi 14 avril, Boualem Sansal est revenu sur son récent départ de Gallimard, son éditeur historique, vers Grasset, relié au milliardaire conservateur Vincent Bolloré. Interrogé sur ce choix et sur d’hypothétiques liens avec l’extrême-droite, l’écrivain franco-algérien assure ne « pas du tout » se rapprocher de ce camp politique et dit « picorer » ses idées « à droite » et « à gauche ».

Le

36071660134
5min

Politique

« La République a besoin de votre voix » : au Sénat, collégiens et lycéens dissertent sur la liberté d’expression lors d’un concours d’éloquence

Plusieurs dizaines de collégiens et lycéens, principalement originaires de Seine-Saint-Denis, se sont affrontés lors de la 8ème édition du Concours d'éloquence de la jeunesse, lundi 13 avril, au Sénat. L’occasion de philosopher sur les limites de la liberté d’expression et d’ « affirmer sa place dans la société », comme les y a invités le sénateur Ahmed Laouedj.

Le