A la suite d’une rencontre peu convaincante fin de semaine dernière avec le ministre de l’Éducation nationale, Édouard Geffray, les représentants des organisations lycéennes ont appelé à une grande mobilisation ce mardi 6 octobre dans toute la France. Malgré une volonté du gouvernement de donner des réponses aux lycéens, la colère est toujours présente et a gagné les rangs des syndicats et des enseignants. « Lycées en lutte », « jeunesse en feu », « la révolution est en marche », ces slogans sont brandis par les manifestants.
« On est dans le même bateau : ce qu’ils revendiquent, on le revendique aussi en tant que profs »
Les professeurs sont aussi au rendez-vous : « On a plein de professeurs qui sont avec nous. Un de nos professeurs est en train de manifester actuellement », explique une élève du lycée privé catholique Saint-Erembert à Saint-Germain-en-Laye. « On est, privilégiés on le sait, mais on soutient les autres lycées », ajoute-t-elle.
Déambulant avec leur pancarte, Lou L et Lou G, toutes deux professeurs manifestent pour les élèves tout en dénonçant les conditions de travail des professeurs. « Je suis d’accord avec leurs revendications : ils sont trop par classe et on n’a clairement pas assez de profs », déclare Lou L, professeur au lycée Jean Monnet à Franconville. « En spécialité, on est 35 et c’est invivable », poursuit-elle.
Pour sa collègue Lou G, les lycéens « ont mis le doigt sur des revendications que nous les profs on avait également. En tant que prof on le vit aussi : on a des classes surchargées ». « J’ai une classe de terminale générale qui est à 37 et des nouveaux élèves qui arrivent toutes les semaines », commente la professeur de philosophie. « On est dans le même bateau : ce qu’ils revendiquent, on le revendique aussi en tant que profs ».
Les lycéens comprennent d’ailleurs que les conditions de travail difficiles des enseignants : « les profs sont mal payés. (…) Faut que tout le monde se mobilise », explique Eliott, lycéen à Paris.
Protéger les lycéens
L’appel à la mobilisation des organisations lycéennes et de l’Union étudiante a été entendu par les syndicats et les politiques de gauche. Plusieurs partis à gauche et une intersyndicale de l’Éducation nationale – réunissant FSU, CGT, FO, CFDT, Unsa, Sud et Solidaires – ont rejoint le mouvement, en faisant de ce mardi une journée de grève. La présence des syndicats permet de donner un certain cadre aux mobilisations lycéennes. « Si on vient manifester c’est pour soutenir les lycéens dans leurs revendications, apporter une certaine sécurité mais aussi pour encadrer ce mouvement parce qu’ils n’ont pas toutes les habitudes que nous nous avons côté CGT », explique Luc, syndicaliste de la CGT. Venu de Dieppe pour soutenir le mouvement, le syndicaliste souhaite aussi protéger les lycéens de toute violence : « Nous sommes comme un cordon sanitaire de chaque côté pour assurer le bon déroulement de cette manifestation » car « il est hors de question de voir des jeunes se faire embarquer ».
En ce sens, la sénatrice PS Colombe Brossel se présente à la manifestation pas uniquement en tant que parlementaire mais aussi en tant qu’ « adulte » : l’idée est d’avoir une présence « responsable et pacifique pour qu’aucune violence n’ait lieu aujourd’hui » car « ce sont nos enfants qui manifestent ». « Nous avons tous été choqués par les violences que subissent certains lycéens. (…) On vient pour faire en sorte que les débordements n’aient pas leur place », poursuit-elle.
Dans la foule du cortège se trouvait également La France Insoumise. Au milieu des chants des manifestantes et manifestants, Gabriel Amard, nouveau sénateur LFI, apporte son soutien aux lycéens : « Je suis venu soutenir la jeunesse qui se mobilise dans la joie et la bonne humeur, comme vous l’entendez. Mais je suis aussi venu pour m’assurer que ça se passe bien pour eux. »
Pour le sénateur PS Rémi Cardon, lui aussi présent à la manifestation, l’enjeu est surtout d’apporter du soutien aux lycéens : « On vient avant tout pour les soutenir dans cette démarche de revendications ». Le sénateur comprend les revendications des lycéens qui pour certains ont des « locaux dégradés depuis des années », « il faut que ça cesse », déclare-t-il au micro de Public Sénat place de la République.
« On n’est pas le problème mais le résultat de vos décisions »
« Être lycéen aujourd’hui est une souffrance pour un grand nombre de jeunes. Ils ont raison de s’exprimer et d’interpeller le gouvernement », déclare la sénatrice PS Colombe Brossel. Elle témoigne alors de son désaccord vis-à-vis des décisions prises par le gouvernement pour calmer la colère des lycéens : « Ce n’est pas par une plateforme que les choses vont évoluer ». En effet, le gouvernement a mis en place une plateforme pour recueillir les revendications des lycéens. « Les cahiers de doléances on les a connus, à l’époque des Gilets Jaunes. Tout est écrit, il suffisait de les lire et de construire les réponses », continue-t-elle. Gabriel Amard, sénateur LFI, partage aussi ce constat : « On a déjà vu les cahiers de doléances sous la macronie qui finissent dans des tiroirs et prennent la poussière ». Selon lui, « les dix ans de macronisme y sont pour beaucoup. Les jeunes lycéens n’ont connu que ça : des coupes budgétaires, trop d’effectifs par classe, des enseignants pas remplacés… ». On voit d’ailleurs passer dans la manifestation plusieurs pancartes dénonçant les réformes du lycée et du bac : « On n’est pas le problème mais le résultat de vos décisions », aperçoit-on sur l’une d’entre elles.
A un peu plus de six mois de la présidentielle, qui verra certains des lycéens mobilisés voter pour la première fois, cette mobilisation s’étire dans un climat politique et social particulièrement tendu. « Il faut tourner la page de ces dix ans de macronisme et l’élection présidentielle qui s’avance va permettre de faire ça », conclut Gabriel Amard, qui recevra les syndicats lycéens demain après-midi au Sénat.