C’est un point du contre-budget présenté par le RN il y a quelques semaines qui est passé relativement inaperçu. Dans sa « stratégie pluriannuelle de redressement » des comptes publics, le parti de Jordan Bardella entend récupérer 2 milliards d’euros dès 2027 en « baissant les subventions de l’État aux associations ne relevant pas de l’intérêt général ». Cette baisse de dépenses est chiffrée à 3,7 milliards dès l’année suivante et jusqu’en 2031.
Selon les données du gouvernement, en 2023, l’ensemble des subventions publiques accordées à 1,3 million d’associations s’élevait à 23 milliards d’euros, dont 8,3 milliards pour l’État.
Le Rassemblement national a une position particulière pour définir les associations qui relèvent ou non de l’intérêt général. Invitée de Franceinfo, mercredi, Marine Le Pen a brocardé la « myriade d’associations d’extrême gauche politisées » qui gravitent « autour de LFI ». « Les subventions publiques, qu’elles soient municipales, régionales, départementales ou nationales, ne doivent pas aller à des associations politisées. Il n’y a que les associations apolitiques qui peuvent recevoir les subventions de l’État. Il faut arrêter le subventionnement des associations politiques », a-t-elle fait valoir.
Le Planning familial dans le viseur
Pour le Rassemblement national, les « associations politiques ou politisées » sont en premier lieu les associations qui ont appelé ou appellent à voter contre le parti. Les dizaines d’associations qui participeront, ce week-end, à Orléans, au village antifasciste pour marquer leur opposition au RN, qui y tient son congrès, sont prévenues. « En 2027, nous n’aurons pas la mémoire courte », confirme la sénatrice de Gironde et présidente du groupe Union nationale pour les territoires, Edwige Diaz, avant de citer spontanément le Planning familial, mais aussi la Ligue des droits de l’Homme. « Le Planning familial a un rôle dans la société mais sans neutralité politique, il devra faire sans les subventions de l’État », confirme-t-elle en se défendant de tenir une position conservatrice.
En juin dernier, le nouveau maire RN de Carpentras, Hervé de Lépinau, avait déjà coupé les subventions de sa ville au Planning familial après avoir relevé que l’association prenait ouvertement « fait et cause contre le Rassemblement national ».
Quid des syndicats ?
Concernant les aides publiques aux syndicats qui appellent à voter contre le RN, comme la CGT, la position du parti n’est pas encore tranchée car plus délicate, de crainte de se voir coller l’image d’un parti antisocial. En revanche, la défiscalisation des dons aux associations qui appellent à des « actions violentes », comme L214, sera supprimée, indique Edwige Diaz.
Conditionner les aides publiques à la neutralité d’une association n’est pas l’apanage du RN. En 2023, alors ministre de l’Intérieur, Gérald Darmanin avait déclaré devant la commission des lois du Sénat que les subventions de l’État accordées à la Ligue des droits de l’Homme « méritaient d’être regardées ». Il répondait à une interpellation du sénateur LR du Tarn-et-Garonne, François Bonhomme, qui s’était ému du rôle de la LDH lors d’une manifestation à Sainte-Soline contre les mégabassines. « La Ligue des droits de l’Homme est financée sur fonds publics. Il faut cesser de financer des associations qui mettent en cause gravement l’État […]. Ces associations n’ont rien à voir avec l’État de droit quoi qu’elles en disent », avait déclaré le sénateur.