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« Il manque 30 à 40 % de soignants en psychiatrie » : Dominique Simonnot alerte sur une prise en charge « défaillante » et « indigne » des patients

Les services de la Contrôleure générale des lieux de privation de liberté (CGLPL), dirigée par Dominique Simonnot, alertent sur les conditions d’accueil des patients dans les services d’urgences psychiatriques et hospitalières de l’Île-de-France, jugés « indignes ». Leurs recommandations ont été publiées ce jeudi 10 septembre au Journal officiel.
Chiara Carbonnet

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De mars à juillet dernier, la CGLPL a mandaté une équipe de six contrôleurs pour effectuer la première visite thématique des services d’accueil des urgences (SAU) ainsi que quatre équipes pour visiter l’infirmerie psychiatrique de la préfecture de police de Paris. Au total, quinze services d’urgences ont été contrôlés en Île-de-France, dont Cochin, Robert-Debré, Necker-Enfants malades, la Pitié-Salpêtrière, Kremlin-Bicêtre (Val-de-Marne) ou encore l’hôpital européen-Georges-Pompidou.

Dominique Simonnot pointe des dysfonctionnements graves tels qu’un temps d’attente trop long avant une hospitalisation, entre 20h et 40h, un manque saillant de personnel, des locaux non adaptés, des situations de rétentions arbitraires dans l’attente d’un placement en soins sans consentement ainsi que des contentions sans cadre légal.

Une prise en charge « défaillante »

Depuis 2019, le nombre de passage aux urgences pour des motifs psychologiques a augmenté. Selon le rapport de 2024 de la mission d’information sur la prise en charge des urgences psychiatriques de l’Assemblée nationale, cette hausse est de 21 % sur la période 2019-2023. Aussi, il pointait déjà les défauts du schéma organisationnel de l’offre de soin, en particulier sur la surcharge de travail aux urgences. Selon Dominique Simonnot, les principales causes de ces « défaillances » sont le manque de lits dans les services psychiatriques et le manque de soignants aux urgences. « Il manque 30 à 40 % de soignants en psychiatrie », assure-t-elle sur franceinfo ce matin. En effet, des postes médicaux et infirmiers sont vacants, et impliquent par conséquent des difficultés de prises en charge. Le personnel soignant déplore cette défaillance systémique qui peut devenir une source de risques psychosociaux pour les patients. Or, ces conditions découragent les professionnels à rejoindre ces services et expliquent les difficultés de recrutement : « Quand les personnes sont traitées de manière aussi indigne, les soignants ne veulent pas aller dans ces services », explique Emmanuelle Rémond, présidente de l’Union nationale de familles et amis de personnes malades et/ou handicapées psychique (Unafam).

Le manque de lits disponibles est également un point soulevé par ces contrôles. La configuration et la superficie des locaux des SAU sont majoritairement inadéquates pour garantir la dignité des conditions d’accueil. Certains patients s’assoient ou s’allongent sur le sol des couloirs des hôpitaux, parfois pendant plusieurs jours, à cause de l’absence de brancard ou de chaise. Depuis 2022, l’ARS d’Île-de-France a alors mis en œuvre une cellule d’appui à la recherche de lits d’hospitalisation en psychiatrie. Et l’analyse statistique comparative des indicateurs de cette cellule révèle une augmentation significative du nombre de patients concernés par une attente prolongée, soit 31,8 % entre les premiers semestres de 2025 et de 2026.

Une fois hospitalisés, ces patients sont parfois soumis à des pratiques de rétention ou de contention, sans consentement et sans qu’un cadre légal n’en définisse le contexte. Ces cas de figure se produisent généralement lorsque les soignants attendent une décision de soins de la direction ou lors d’une situation d’agitation du patient malade. Ils « se retrouvent contentionnés sur un brancard », témoigne Dominique Simonnot sur franceinfo, « attachés par cinq points : au ventre, aux chevilles et aux poignets ». Si certains services d’accueil des urgences possèdent des espaces d’isolement comme des boxes, la plupart n’ont d’autre choix que d’utiliser des kits de contention pour maintenir le patient sur un lit ou un brancard. Dominique Simonnot considère que ces situations représentent une atteinte aux droits fondamentaux des patients car ils sont privés de leur liberté d’aller et de venir. « Comment vous faites pour satisfaire vos besoins naturels ? », s’indigne la contrôleuse générale des lieux de privation de liberté.

Des rapports laissés sans suite

Alors même que la santé mentale a été désignée Grande Cause nationale pour les années 2025 et 2026, les derniers rapports sur ce sujet sont restés largement sans suite. Publié en juin 2025, un rapport d’information du Sénat sur l’état des lieux de la santé mentale depuis la crise du covid-19 soulignait déjà les difficultés des services d’urgences dans la prise en charge des patients. « Les services d’urgences se trouvent souvent saturés alors qu’ils ne sont pas en capacité de répondre à cette demande dans des conditions satisfaisantes », notait le rapport. En se rendant au sein du service d’urgence du centre hospitalier de Perpignan, les rapporteurs de cette mission d’information ont montré qu’un nombre important de patients souffrant de troubles psychiatriques attendaient sur des brancards. « Une telle situation se répète bien entendu dans de nombreux centres hospitaliers en France », poursuit-il.

Le rapport du Sénat propose alors plusieurs recommandations pour réduire la tension qui s’exerce sur les services d’urgence. Une des principales mesures porte sur l’amélioration des soins de proximité, notamment à travers la mise en avant des centres renforcés d’urgences psychiatriques (CRUP) ou encore le déploiement des filières psychiatriques des services d’accès au soin (SAS Psy), actuellement en expansion sur le territoire. Ce dernier, qui permet de répondre à des demandes de soins non programmés sans orienter les patients vers les urgences, doit cependant « encore se consolider et se généraliser ». « Seuls quinze départements en sont aujourd’hui pourvus », indique le document de la commission des affaires sociales du Sénat.

Suite à ces contrôles, la Contrôleure générale des lieux de privation de liberté a également transmis des recommandations en urgence aux ministres de la Santé, de l’Intérieur et de la Justice le 24 juillet dernier. Parmi elles : il s’agit de rendre proscrites les mesures de contention, former les soignants à des techniques alternatives ou encore améliorer la configuration des locaux des services d’accueil en urgences. Ces mesures « relatives à l’accueil, l’attente et l’orientation des patients à présentation psychiatrique dans les services d’accueil des urgences des hôpitaux de Paris et de la petite couronne », sont désormais publiées au Journal officiel. Dominique Simonnot n’a pour l’heure aucune réponse des ministères.

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