Comment va évoluer la population française dans les cinquante prochaines années ? Une nouvelle réponse a été apportée ce lundi 8 juin par l’Insee, qui présente ses projections démographiques d’ici 2070. Une opération que l’institut réitère tous les cinq ans.
Cette actualisation des scénarios dessine une France vieillissante, dont la population pourrait chuter plus vite que prévu sous l’effet de la baisse de la natalité. Pour arriver à ces résultats, les auteurs prolongent les tendances actuelles en matière de mortalité, de fécondité et de solde migratoire. On fait le point sur les principaux chiffres de l’étude.
Un pic de 70 millions d’habitants en 2037…
Si les tendances démographiques actuelles se poursuivent, la population française continuerait d’abord de croître : elle passerait de 69,1 millions d’habitants en 2026 à 69,8 millions en 2037, explique l’Institut national de la statistique. Cela correspondrait à une augmentation de 56 000 personnes en moyenne par an, soit un rythme de + 0,08 %, nettement inférieur à celui connu depuis plus de 50 ans, précise l’Insee.
Cette croissance de la population « tiendrait exclusivement au solde migratoire », soit la différence entre le nombre de personnes entrées et sorties du territoire. Le solde naturel, qui correspond à la différence entre les naissances et décès, resterait négatif comme il l’est depuis 2025.
… puis un reflux à 65,9 millions en 2070
A partir de 2037, le solde migratoire ne compenserait plus le déficit naturel de la population, qui commencerait donc à diminuer pour atteindre 65,9 millions d’habitants en 2070, un niveau comparable à celui de 2014. La population diminuerait à un rythme moyen de -118 000 personnes par an, soit -0,17 % par an. Au total, cela correspondrait à une perte de 3,9 millions d’habitants par rapport au pic envisagé en 2037.
« Dans le passé récent, on n’a pas d’exemple d’une décroissance de la population de cette ampleur », a relevé en conférence de presse Loup Wolff, responsable de l’unité des études démographiques et sociales de l’Insee.
Deux fois plus de seniors que de jeunes en 2070
Le scénario d’un recul de la population à horizon 2070 est seulement jugé « probable ». En revanche, son vieillissement est « certain », souligne l’Insee, ce qui s’explique notamment par les progrès en matière d’espérance de vie. Elle s’attend à une transformation de la structure de la population par âge, avec un « resserrement » de sa base, qui correspond au nombre de personnes les plus jeunes et un « élargissement » de sa partie supérieure, qui correspond au nombre de personnes plus âgées, explique Loup Wolff, comparant cette structure à une forme de « toupie ».
Car si les moins de 20 ans et les plus de 65 ans sont à peu près aussi nombreux aujourd’hui, les choses vont beaucoup évoluer. Résultat : dans le scénario envisagé, les plus de 65 ans seraient deux fois plus nombreux que les moins de 20 ans en 2070.
Le nombre de seniors passerait ainsi de 15,3 millions en 2026 à 21,1 millions en 2070, soit de 22 à 32 % de la population totale. Celui des moins de 20 ans reculerait de 15,5 millions à 10,7 millions, ils ne représenteraient plus que 16 % de la population. Ce qui représente une « transformation majeure de la démographie française », a souligné Loup Wolff.
Quatre fois plus de centenaires
Autre signe de vieillissement, la hausse du nombre de personnes âgées « serait essentiellement portée par celle des 80 ans ou plus ». Ils seraient près de 9 millions en 2070, contre 4,3 millions en 2026, ce qui est synonyme d’ « enjeux en termes de structures et d’accompagnement », a rappelé Loup Wolff.
Dans ce contexte, le nombre de centenaires pourrait être multiplié par quatre, entre aujourd’hui et 2070, passant de 37 000 à 160 000. Mais ils ne représenteraient alors que 0,24 % de la population, contre 0,05 % en 2026.
A noter, la pyramide des âges deviendrait plus équilibrée entre femmes et hommes, en particulier aux âges élevés. Ainsi, la part des hommes parmi les 80 ans ou plus serait de 44 % en 2070, contre 38 % en 2026.
1,45 enfant par femme à partir de 2028
L’Insee confirme aussi la poursuite de la baisse de l’indicateur de la fécondité, dans des proportions plus élevées qu’imaginées il y a cinq ans. L’hypothèse retenue est celle de 1,45 enfant par femme à partir de 2028, contre 1,56 enfant par femme à l’heure actuelle. L’hypothèse la plus basse projette même une dégringolade à 1,2 enfant à compter de 2030, alors que le scénario le plus optimiste dessine un chiffre de 1,7.
(Avec AFP)